J’en ai vu en sainte-piété, des séries et des documentaires à propos de sectes d’illuminés et de leurs leaders chevelus et sautés de la calotte.

L’Ordre du Temple solaire, le royaume de la Triple déesse, Raël et sa couette, les explorations systémiques assistées de L’échappée, les danseurs ultra chrétiens de TikTok ou les embrigadés de l’application Strava (blague !), c’est posé, coché, balancé. À la casa Dumas, le gourou se consomme comme un Guru : vite, au frais et avec quelques relents amers.

Dans cette pléthore de titres sur des fanatiques vivant dans des communautés isolées, il en ressort un terrifiant et diablement bien construit, soit Cult Massacre : One Day in Jonestown (Massacre de Jonestown : un jour dans l’histoire), offert en anglais avec sous-titres français sur la plateforme Disney+.

Les trois épisodes d’une heure du Massacre de Jonestown, produits par National Geographic, déboulent dans nos écrans comme un thriller hollywoodien, agrémenté d’une tonne d’images d’archives qui glacent le sang.

Comme son titre l’indique, la minisérie ne s’éparpille pas et se concentre sur la veille et le jour funeste du 18 novembre 1978, où plus de 900 adeptes du Temple du peuple, dirigé par le révérend Jim Jones, ont péri dans un suicide collectif, qui masquait en fait une quantité effarante de meurtres.

Les épouvantables vidéos de l’époque, tournées par un caméraman de NBC, montrent les centaines de corps étendus dehors près du pavillon principal de la secte, installée depuis 1974 dans la jungle équatoriale du Guyana, un petit pays du nord-est de l’Amérique du Sud.

Les soldats américains se pincent le nez en dénombrant les cadavres qui pourrissent au soleil, en majorité des femmes et des enfants. C’est extrêmement difficile à visionner.

Encouragés ou forcés par leur gourou paranoïaque, les disciples de Jim Jones ont avalé des verres de Kool-Aid au raisin mélangé avec du cyanure de potassium. Le documentaire ressort des enregistrements audio du dernier sermon de Jim Jones, le jour du massacre, alors qu’il ordonne à ses ouailles « d’accepter la mort dignement et de ne pas se coucher dans les larmes et l’agonie ». En arrière-plan, on entend le chaos et la panique qui gagnent les fidèles.

Car ceux qui ne buvaient pas le Kool-Aid préparé par leur chef spirituel étaient assassinés par la brigade rouge du Temple du peuple. De nombreux corps ont été découverts avec une seringue de cyanure plantée dans la nuque.

Les verres vides de Kool-Aid, le baril de jus mortel, les seringues, le poison, les cadavres, on voit presque tout dans le Massacre de Jonestown, comme si nous étions sur place, il y a 46 ans. Pourquoi ? Parce que la veille de l’hécatombe, un petit groupe de journalistes accompagnait le représentant du Congrès américain Leo Ryan, dépêché en Guyana pour enquêter sur le pasteur Jim Jones, qui retenait plusieurs familles contre leur gré (il avait confisqué les passeports de tous ses subalternes).

Deux reporters sur place en novembre 1978, Charles Krause du Washington Post et Tim Reiterman du San Francisco Examiner, témoignent aujourd’hui du cauchemar qu’ils ont vécu, et qui a bien failli les tuer, comme leur confrère Don Harris de NBC.

La délégation américaine n’était pas la bienvenue dans la commune utopique et socialiste de Jonestown, qu’environ 1000 disciples de Jim Jones ont bâtie dans un coin reclus du seul pays d’Amérique du Sud ayant l’anglais comme langue officielle. Devant les caméras, les adorateurs du Temple du peuple sourient, tapent des mains et chantent les louanges de leur Messie. Dès que le micro se ferme, plusieurs refilent des notes aux journalistes les suppliant de les libérer des griffes de Jim Jones.

Le retour à l’aéroport de la délégation américaine virera en film d’horreur. Encore ici, les caméras de NBC ont tout capté. Et c’est affreux. Le lendemain, un Jim Jones paranoïaque et drogué amorcera le massacre des membres de sa secte, à commencer par les bébés, qui recevaient du cyanure directement dans la bouche à l’aide d’une seringue sans aiguille.

Le gourou a été retrouvé, près de son trône, avec une balle dans la tête. S’est-il suicidé ? A-t-il été abattu ? Mystère.

La plupart des survivants qui se confient dans le Massacre de Jonestown apparaissent aussi dans les bandes vidéo tournées en 1978, avant que l’apocalypse se déclenche. Par contre, la minisérie documentaire n’explique pas tellement les origines du Temple du peuple, le fonctionnement interne de cette secte multiethnique ou ses méthodes de financement.

PHOTO FOURNIE PAR LA PRODUCTION

Le révérend Jim Jones

Fuyant le fisc, la presse et la police, Jim Jones a déménagé ses opérations religieuses de San Francisco à la campagne guyanaise, où le paradis promis deviendra tombeau pour ses fidèles, principalement des Noirs issus de milieux pauvres en Californie.

Le fils de Jim Jones, Stephan Jones, s’exprime longuement dans cette excellente production en ligne sur Disney+. Né dans la secte, il ne défend pas les idées maniaques de son paternel, au contraire.

Stephan Jones exhorte cependant les téléspectateurs à ne plus employer l’expression « boire le Kool-Aid », qui a été popularisée après la tuerie traumatique de Jonestown.

Boire le Kool-Aid signifie qu’une personne influençable croit en des idées farfelues sans jamais les questionner. Cette expression déshumanise les victimes de Jonestown, qui n’étaient pas folles, décérébrées ou cinglées. Ces gens ont été tués, insiste Stephan Jones.

Il a raison. Également, il faudrait préciser que ce n’est pas du Kool-Aid que les apôtres de Jones ont consommé, mais bien du Flavor Aid. Les images d’archives ne mentent pas (comme les hanches de Shakira).