Captant toute la lumière, l’émission Planter avec Marthe a poussé devant tous ses concurrents télévisuels du lundi soir. Devant Survivor et Sucré salé. Devant la finale des Chefs ! et celle des Traîtres. Devant toute ! dirait son animatrice avec son franc-parler coloré.

Le nouveau magazine horticole de TVA a rameuté 841 000 curieux dans la serre de Marthe Laverdière, tassant Sucré salé, vue par 745 000 adeptes, de la plus haute marche du podium. Une performance étonnante pour une émission estivale de jardinage ? Pas tant, non.

La popularité de Planter avec Marthe repose sur le charisme de sa présentatrice, une femme énergique, ricaneuse et, surtout, authentique. Marthe Laverdière ne se cache pas sous 14 épaisseurs de maquillage et n’enfile pas des vêtements griffés qui travestiraient sa personnalité du terroir, je l’écris sans aucun sarcasme ou malice.

Marthe se montre telle qu’elle est au quotidien, avec sa casquette rose qui se transforme en visière, son tablier brun et ses lulus grises attachées de façon nonchalante.

La télé québécoise compte peu de vedettes, comme Marthe Laverdière, qui s’affichent sans artifice, sans gants blancs (de jardinage). Son naturel traverse l’écran. Souvent, Marthe s’adresse directement à la caméra pour éliminer la barrière technique qui la sépare des gens à la maison.

Je ne suis pas son plus grand fan, je l’admets. Une demi-heure de cette haute intensité et de son flot ininterrompu de mots, c’est déjà beaucoup. C’est que Marthe Laverdière, comme Mariana Mazza, prend énormément de place, au détriment des invités qu’elle devrait mettre en valeur. Animer, c’est également écouter.

Je ne paierais pas, non plus, pour entendre les blagues de son spectacle d’humour Marthe Laverdière fait son show !, qui roule à guichets fermés partout au Québec. Marthe, c’est à dose homéopathique que je la consomme. En chronique culinaire à Bonsoir bonsoir !, ça se digère. Pendant un spectacle de 90 minutes, enfermé dans une salle, non merci.

Par contre, je comprends pourquoi le public aime autant cette horticultrice de 61 ans, originaire de la région de Bellechasse. La télé est un médium rigide et lourd, souvent pris dans un carcan de temps et d’image. Marthe Laverdière enfreint tous les codes. Elle mâche ses mots, parle super vite et très fort et se permet plusieurs vulgarités (insérez ici des gags de poche ou de graine).

PHOTO FOURNIE PAR RADIO-CANADA

Marthe Laverdière à Bonsoir bonsoir !, en compagnie de l’animateur Jean-Philippe Wauthier

Dans le premier épisode de Planter avec Marthe, elle a répété les mots « icitte », « enwèye », « ajète » (pour achète) et « fourrer ». Elle a utilisé l’adjectif inventé « iniment ». Elle a fait référence à ses seins comme à une tablette et a même donné des claques à son invité Guy Jodoin.

Ça passe parce que c’est Marthe Laverdière, une grand-maman comique, qui n’a aucune once de malice. Les téléspectateurs ont l’impression de la connaître parce qu’elle ressemble à leur cousine malcommode ou à leur mère verbomotrice.

Marthe incarne la revanche des régions à la télévision. La grande majorité des animateurs du petit écran vivent autour de Montréal. Ils s’expriment avec un accent urbain standard et gravitent dans le même cercle social de bobos. Pas Marthe Laverdière, plus à l’aise dans un potager qu’à prendre un pot au Rouge Gorge, le repaire des invités de Tout le monde en parle.

Ce n’est pas pour rien que L’amour est dans le pré prépare sa 13saison. Comme Marthe Laverdière, cette téléréalité de Noovo nous sort du Mile End et pointe ses caméras sur des gens sincères, sympathiques et naturels. Et c’est rafraîchissant.

Dans toute son intensité, Marthe Laverdière se permet un peu de douceur, notamment quand elle s’adresse à Minou, son amoureux des 42 dernières années, qui s’active derrière les caméras. Minou, c’est en fait Sylvain Talbot, qu’elle fréquente depuis l’école secondaire.

À la manière de Jean-Marc Parent, Marthe Laverdière raconte des histoires dans une langue simple et slaque, disons-le. On ne pardonnerait jamais autant d’écarts linguistiques à un animateur de 30 ans, que crucifierait Guy Fournier dans Le Journal de Montréal.

Ça passe parce que Marthe Laverdière ne prétend pas être parfaite et qu’elle assume ses défauts.

Dans sa nouvelle émission à TVA, Marthe se révèle bonne pédagogue quand elle explique les propriétés des différentes sortes de terre ou quand elle distille des conseils sur les meilleures plantes à déposer sur sa terrasse. Je prendrais plus d’infos pratico-pratiques de ce type, moins de cabotinage.

La télé ne place généralement pas des femmes de plus de 60 ans dans des émissions en heure de grande écoute. En plus, Marthe Laverdière a des cheveux blancs et des formes. Son visage n’est pas lisse comme une saucisse, non plus.

En théorie, Marthe ne devrait pas cartonner autant. Trop vieille, trop ringarde, trop régionale. En pratique, c’est tout ce qu’on lui reproche qui la rend aussi en vogue : son expérience, sa spontanéité et sa simplicité.

Marthe est comme la tante préférée dans une famille : accessible, pleine de bons conseils et vraiment tannante.

Je lévite

Avec Présumé innocent sur Apple TV+

Oui, comme le thriller de 1990 d’Alan J. Pakula avec Harrison Ford, mais revu en minisérie de huit heures. C’est une série juridique popcorn de David E. Kelley (Big Little Lies, The Lincoln Lawyer), bien construite, qui nous embobine dans une affaire d’adultère et de procès contaminé. À Chicago, l’efficace procureur Rusty Sabich (Jake Gyllenhaal) hérite du dossier du meurtre de sa collègue Carolyn Polhemus (Renate Reinsve). Rapidement, on découvre que Rusty, le père de famille exemplaire, couchait avec la victime Carolyn, ce qui propulse l’enquête dans des directions insoupçonnées, oui, votre honneur.

Je l’évite

Le remplissage à Survivor Québec

Comprenez-moi bien. J’adore Survivor (go Kassandre !). Reste que le contenu des deux dernières semaines a été trop dilué. Comme si l’émission se mettait déjà en mode bilan et qu’elle ralentissait, alors que la tension aurait dû grimper à quelques jours du grand couronnement. Oui, c’était émouvant de voir les derniers concurrents rencontrer leurs proches. Mais c’est encore plus excitant d’assister à des épreuves stressantes et des conseils de tribus mouvementés. Bref, moins de braillage et plus de chamaillage, s’il vous plaît.