Montage saccadé de l’heure de pointe à Los Angeles. Coucher de soleil en accéléré. Musique pop générique qui répète, en boucle, les mots « girlboss, money, Prada, bad bitch, work » !

Voiture de luxe qui rugit sur les collines de Hollywood. Agente amazone qui en descend. Gros plan sur des escarpins vertigineux.

Le sac à main Hermès vaut plus cher qu’une Toyota Yaris. Les verres fumés dévorent un visage lisse, jamais perlé de sueur. Une pancarte « visite libre » trône devant un cube de verre et d’acier. Prix suggéré : 14 millions.

Selling Sunset de Netflix (Du soleil à revendre, en version française) a imposé une esthétique et un format de « docusoap immobilier » qui ont été sauvagement copiés comme du Chanel sur Canal Street. Netflix manufacture maintenant à la chaîne des émissions clones de Selling Sunset : Buying Beverly Hills (Acheter Beverly Hills), Buying London (Acheter Londres) et bientôt Owning Manhattan, sans oublier les produits dérivés Selling the OC et Selling Tampa.

Toutes ces productions lustrées, et enrobées de bling-bling, mettent en vedette des courtières immobilières qui parlent d’argent de façon hyper décomplexée, limite vulgaire. Regardez mes chaussures griffées, ma robe Hervé Léger et mes rallonges fraîchement posées, je fais du fric et je ne vais pas m’en excuser, OK ?

D’une émission à l’autre, ces femmes d’affaires en Louboutin répètent systématiquement le même (faux) discours d’autonomisation. N’importe qui peut réussir, il suffit de travailler, travailler et travailler, pour citer Rihanna. Jeter une consœur sous les roues de l’autobus ou lui piquer ses clients ne nuit pas non plus.

Tout pour briller, écraser une rivalamie, amasser du fric et le dépenser furieusement pour montrer, toujours, que l’on est assis sur une montagne de billets verts encore plus géante.

Qu’il s’agisse de Selling Sunset (la meilleure du lot) ou de Buying London (la pire, argh), le scénario ne varie pas. Le patron de l’agence, toujours un homme bizarre aux dents en porcelaine blanche, invite ses courtières à visiter un palace à 24 millions. Qui héritera de cette inscription dotée d’une juteuse commission ? Les ongles manucurés avec soin sortent comme les crocs d’un vampire devant de la chair fraîche.

Tout de suite, la recrue de l’agence, qui vient d’obtenir son permis, lance : « Hum, je pense que j’ai un acheteur pour cette magnifique piaule, laissez-moi consulter mon petit carnet de milliardaires. » Divulgâcheur : personne n’arrive à vendre ces maisons construites par des gens ayant peu de goût pour l’architecture.

Au bureau, la plus déterminée (ou la plus vertueuse ?) se distanciera de ses collègues assoiffées de potins croustillants. « Désolée, les filles, moi, je suis ici pour faire des bidous, par pour créer du drame. »

IMAGE TIRÉE DE L’ÉMISSION SELLING SUNSET

L’esthétique de l’émission Selling Sunset mise beaucoup sur le glamour hyper décomplexé de ses protagonistes.

Dans la scène suivante, un 5 à 7 post-boulot, cette même personne salira la réputation d’une camarade après avoir enfilé trop de « skinny margaritas ». Cet accrochage banal sera rejoué, décortiqué et suranalysé pendant au moins six épisodes.

Autre classique du docusoap immobilier : le voyage de renforcement d’équipe. Le patron amène ses troupes au Mexique ou à Dubaï pour ressouder les liens et explorer de nouveaux marchés. Évidemment, la chicane pogne après cinq minutes, rythmée par une trame sonore plus intense que celle des quatre cavaliers de l’Apocalypse.

Inévitablement, il y a une courtière qui sort de la campagne (salut, y’all !) et qui découvre la jungle urbaine, entourée de hyènes qui convoitent la couronne de la reine des abeilles. Ce personnage naïf et enthousiaste perdra ses illusions au rythme accéléré de ses humiliations.

En ligne depuis une semaine, Buying London de Netflix ne procure aucunement le même plaisir superficiel que Selling Sunset.

Le patron de l’agence londonienne en vedette y est peu intéressant. La vilaine de service joue faux. Les disputes, manifestement scénarisées, s’articulent autour de niaiseries encore plus futiles que ce à quoi Netflix nous a habitués.

Le seul point intéressant de Buying London, c’est la possibilité de fouiner dans les résidences les plus huppées des quartiers chics de Londres.

Buying Beverly Hills ne s’avère guère mieux. L’émission s’inscrit dans le vaste univers – comme celui de Marvel – des Real Housewives, car elle suit Mauricio Umansky, propriétaire de The Agency et futur ex-mari de Kyle Richards, la plus connue des épouses de Beverly Hills. Verdict ? Meilleur que Buying London, nettement inférieur à Selling Sunset.

Il n’y a rien de mieux que la recette originale. Selling Tampa, au secours, a été un flop total. Aucun intérêt là-dedans, c’était franchement raté. Par contre, j’ai bien aimé la troisième saison de Selling the OC (Du soleil à revendre : Orange County), qui se déroule en bordure des plages ensoleillées de Californie. Les villas y sont spectaculaires et les prises de bec, nucléaires.

Dans chacun des épisodes de Selling the OC, impossible de rater ces éléments : des surfeurs en action, une autoroute embouteillée, un barman qui brasse vigoureusement un cocktail, un zoom sur une piscine à débordement et une robe flash au décolleté plongeant. Que serait un docusoap immobilier sans ce néo-féminisme qui se cogne au bon vieux matérialisme ?

Je lévite

Avec Serge Denoncourt à Bonsoir bonsoir !

PHOTO PHILIPPE BOIVIN, ARCHIVES LA PRESSE

Serge Denoncourt

Après une looongue absence, le « méchant » et sarcastique Serge Denoncourt a passé son mardi soir à Bonsoir bonsoir ! avec Jean-Philippe Wauthier et c’était savoureux. Il est baveux, Serge Denoncourt, mais il est capable de recevoir des vacheries avec beaucoup d’autodérision et plusieurs gorgées d’Aperol Spritz. Son ton baveux et corrosif, jamais déplacé, amène l’émission dans une zone semblable à celle de La journée (est encore jeune) à la radio de Radio-Canada. L’honnêteté de Serge Denoncourt – il déteste les contes de Simon Boulerice – est aussi rafraîchissante que payante.

Je l’évite

La pub radiophonique de « banane, banane, banane »

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, ARCHIVES LA PRESSE

Après que les auditeurs se soient plaints, la réclame de Recyc-Québec sur l’importance de composter a été modifiée.

Dans la première version, qui a beaucoup roulé au 98,5 FM, l’annonceur répétait le mot banane vingt fois. Vingt. Mautadites. Fois. Il y avait de quoi devenir complètement zinzin. Les auditeurs se sont plaints (avec raison) et 24 heures plus tard, la réclame de Recyc-Québec sur l’importance de composter a été modifiée. Le mot banane n’y est prononcé que cinq fois. Merci, mais trop tard. Le mal est fait. Et l’agence lg2 ne gagnera pas de prix pour cette pub de banane, banane, banane, banane…