L’auteur à succès Harlan Coben a trouvé de lui-même la critique que j’avais publiée mardi de la minisérie Stay Close (Ne t’éloigne pas) de Netflix, adaptation de son roman éponyme paru en 2012.

Publié le 26 janvier

Je n’avais pas identifié – ou tagué, en bon français – le prolifique romancier américain de 60 ans dans mon gazouillis. D’où mon premier étonnement quand il s’est mis à me répondre publiquement et gentiment sur Twitter. Wow ! Quelqu’un gère efficacement les comptes de réseaux sociaux de M. Coben, ai-je alors pensé. C’est brillant, bien exécuté, bravo.

Ma stupéfaction a décuplé quand j’ai reçu un long message privé de Harlan Coben, très détaillé, dans la boîte de réception de mon compte Twitter. Voyons donc. Voir que le maître du polar a pris le temps d’écrire à un journaliste inconnu d’un média qu’il ne lit jamais, publié dans une langue qu’il ne maîtrise pas. Ça ne se peut pas.

Mais si. Il s’agissait bel et bien du populaire écrivain, qui a vendu plus de 75 millions d’exemplaires de ses livres, traduits en 25 langues. En bon français, j’ai capoté. Harlan Coben, moi, long message bienveillant, échange super sympathique en privé par la suite, c’était irréel.

Car on parle ici de Harlan Coben, qui a signé un juteux contrat de plusieurs millions avec Netflix pour adapter 14 de ses bouquins sur une période de cinq ans. Cet auteur-scénariste, père de quatre enfants, croule sous l’argent et les projets et il me parle ? La tête m’a enflé pendant quelques minutes, on ne va pas se mentir ici.

Imaginez. Harlan Coben, qui vit au New Jersey, tenait à éclaircir une invraisemblance que j’avais notée dans mon papier.

Non seulement M. Coben avait lu toute ma chronique, passée au tamis de Google Translate, m’a-t-il précisé, mais il voulait clarifier le fameux point de confusion géographique impliquant le personnage pivot de Cassie/Megan. Aucun sens, tout ça. Continuons.

De nombreux fans de Stay Close, la série de Netflix la plus regardée dans le monde, ont relevé cette anomalie, qui a entaché la crédibilité du thriller. Danseuse nue au club Vipers, Cassie (Cush Jumbo) s’évanouit dans la nature et réapparaît sous les traits de Megan, 17 ans plus tard, avec trois enfants à la maison. Le hic ? On jurerait que Megan vit à 15 minutes d’auto de son ancienne vie. N’importe qui aurait donc pu reconnaître l’héroïne, n’importe quand.

PHOTO NETFLIX

Le personnage de Cassie/Megan, interprété par Cush Jumbo

Maintenant, voici l’explication directement du clavier de Harlan Coben. « Cassie s’est enfuie, a rencontré Dave, a fondé une famille, s’est sentie en sécurité, n’a jamais commis d’acte illégal et a probablement déménagé pour se rapprocher de la mère de Dave. Peu importe, elle traverse un énorme pont toutes les fois qu’elle se rend au Vipers. Quand elle sort de l’auto, il fait souvent noir, comme lorsqu’elle rencontre le détective Broome sur le quai », a expliqué l’auteur de Ne le dis à personne, Dans les bois et Intimidation.

Selon Harlan Coben, Cassie/Megan vit à au moins une heure de voiture du club Vipers. « Est-ce que nous aurions dû la montrer au volant plus longtemps ? Ç’aurait été ennuyeux. Aurions-nous dû montrer plus souvent le gros pont ? Même moi, j’en avais assez de voir ce pont », a poursuivi Harlan Coben dans une série de messages que nous avons échangés sur Twitter mardi et mercredi.

Le bout de la conversation qui m’a cependant jeté à terre est celui-ci : « Mon commentaire n’est pas une attaque, c’est ma faute comme auteur, j’aurais dû être plus clair », s’est-il excusé.

Vraiment, ce Harlan Coben est humble, généreux et ouvert à la critique. Je l’ai aimé encore plus à ce moment-là. Au Québec, je me fais envoyer promener pour des trucs pas mal moins graves, par des gens pas mal moins influents, je dirais.

Plusieurs lecteurs m’ont signalé que Harlan Coben interagit régulièrement avec ses « amis » sur Facebook. Qu’il est super sympathique quand on le croise dans un salon du livre. Cela témoigne d’un grand respect envers ses fans.

Harlan Coben, qui a connu Dan Brown (Da Vinci Code) dans une fraternité universitaire, dit que ma chronique est apparue dans son fil Twitter par hasard. Contacte-t-il souvent les journalistes qui analysent son travail ? Jamais, répond-il. Serait-ce alors le début d’un nouveau polar qui pourrait s’appeler : Reste loin, mais assez proche, à propos de deux hommes – un écrivain célèbre et un journaliste bas de gamme – qui vivent dans deux pays différents et qui se découvrent un passé commun très louche sur l’internet ? Je lirais ça, moi.

Trois séries de Harlan Coben sur Netflix

The Stranger (Intimidation)

Riche avocat, père de deux ados, le bon Adam (Richard Armitage) reçoit la visite d’une étrangère à casquette, qui lui révèle que sa conjointe lui a menti toute sa vie. Et tout part en vrille.

The Innocent (Innocent)

Le repenti Mateo Vidal (Mario Casas) sort de prison après avoir purgé une peine de quatre ans pour homicide involontaire. Ce jeune avocat a refait sa vie avec une femme qui cache encore plus de secrets que lui. Oups.

Safe (Sécurité)

Un chirurgien veuf (Michael C. Hall), qui habite une banlieue cossue, se lance dans une grande enquête pour retrouver sa fille disparue. Il découvre, surprise ! que ses voisins si aimables ont des côtés vraiment sombres.