Même si je préfère la télé qui brasse, qui grince et qui secoue, je comprends totalement pourquoi les téléspectateurs optent souvent pour des séries réconfortantes, peuplées de personnages bienveillants, qui ne tombent pas sous les balles d’un tireur fou.

Publié le 4 déc. 2021

L’heure bleue, c’était ça. Au secours de Béatrice aussi. Les moments parfaits, qui cherche encore son rythme, creuse également ce sillon de bonté et de « pur bonheur », l’équivalent français du « feel good ». Ces émissions doudous réchauffent le cœur et nous enveloppent dans leurs images lumineuses, bercées par de la musique folk de type café de Brooklyn.

La grande nouveauté du Club illico, qui s’appelle Nous, suit ce courant de télé douce et attachante. Il s’agit d’un téléroman choral à la Yamaska (des mêmes producteurs) qui suit des vingtenaires ainsi que leurs parents, avec plusieurs secrets familiaux à la clé. Club illico a mis en ligne les six premiers épisodes jeudi et six autres suivront le 20 janvier.

Constat après avoir visionné trois heures de Nous ? C’est très lent. Peut-être trop. Le premier épisode de Nous, s’il avait été diffusé à l’antenne de TVA, n’aurait pas tant accroché de fans.

La distribution étincelle, la réalisation de Yannick Savard (Piégés) en jette, mais, mais, mais, il manque un gros appât pour nous accrocher.

L’offre en rafale sauvera Nous du grand décrochage, je pense. Rendu au troisième épisode, après plusieurs circonvolutions, la série nous attrape enfin dans ses filets. Mais que s’est-il passé au printemps 1997 pour que deux familles aimantes soient toujours bouleversées 24 ans plus tard ? C’est le fil rouge du récit de Dominick Parenteau-Lebœuf (Salmigondis, Toc, toc, toc).

Nous renvoie à un immeuble industriel du quartier Saint-Henri – le Northern Fixtures – qui a été reconverti en lofts et en bureaux. Comme l’enseigne de Northern Fixtures a été délavée par le temps, il ne reste que les lettres NOUS bien visibles, d’où son petit surnom : l’immeuble Nous.

PHOTO FOURNIE PAR CLUB ILLICO

Chanel Mings, Nicolas Fontaine, Laetitia Isambert, Kevin Ranély et Marianne Fortier sont les jeunes vedettes de la série Nous.

Cinq vingtenaires se croiseront dans les corridors de cet édifice bien spécial. Il y a Camille (Marianne Fortier), une étudiante en médecine dentaire qui rentre d’un voyage de quatre mois en Amérique du Sud. Il y a le barista Thibaud (Kevin Ranély) toujours fauché. Il y a la DJ et musicienne Margaux (Laetitia Lambert). Il y a Anaïs (Chanel Mings), future architecte et apprentie tireuse de tarot. Et il y a Alexis (Nicolas Fontaine), employé des serres urbaines et artiste qui fait des miniatures à la Karine Gibouleau.

Au deuxième épisode, ces cinq jeunes adultes de 23 ans se retrouvent coincés dans l’ascenseur de leur immeuble et découvrent qu’ils sont tous nés autour de la même date, en juin 1997, au même hôpital. Coïncidence ? Sûrement pas.

La série Nous flirte avec l’ésotérisme, car la cartomancienne Anaïs possède des dons de voyance, que lui a transmis sa grand-mère (Monique Spaziani). Pour l’instant, ce volet surnaturel ne se cogne pas trop aux intrigues hyperréalistes de l’œuvre. La ligne reste cependant mince, notamment quand Anaïs a des visions, ça pourrait devenir bizarre ou incongru.

Les parents dans Nous portent la lourdeur de l’histoire. En apparence, Élise Guilbault et Marc Béland forment un couple de bobos montréalais unis et amoureux. Elle est orthodontiste et lui, ingénieur. Leur fille Camille habite dans le même duplex qu’eux et elle songe à reprendre le cabinet de dentisterie de la famille.

Sauf qu’un drame couve. Le personnage d’Élise Guilbault a un lien secret et douloureux avec celui de Macha Limonchik, qui se meurt d’un cancer. L’une veut sortir le méchant, l’autre pas. Et ça les gruge.

Parmi les autres acteurs de Nous, vous verrez Louis Champagne, Patrick Goyette, Louise Latraverse, Philippe Thibault-Denis, Isabelle Vincent, Jean-Moïse Martin, Ted Pluviose, Luc Guérin et Myriam Leblanc. Du gros calibre.

Parenthèse sur Myriam Leblanc : maudit qu’elle est bonne en mère endettée dans Toute la vie à Radio-Canada. Pour la finale automnale de mardi, qui a été percutante à souhait, elle a encore volé la vedette avec son personnage de magouilleuse et de manipulatrice mal engueulée. Elle est formidable.

Maintenant, est-ce que Nous vaut notre temps d’écoute, alors que l’offre sur les plateformes abonde ? Ça dépend de votre humeur. Si vous cherchez un suspense solide ou une série qui vous scotchera à l’écran, ce n’est vraiment pas pour vous.

Il n’y a pas de vilain, de tout-croche ou de maniaque dans Nous. Donc, si vous préférez relaxer devant votre télé avec une tasse de thé, Nous comblera vos besoins de cocooning, bien enroulé dans une couverture chaude.