Aaah, le tout-inclus. Un lieu magique construit autour d’un hôtel dont le nom contient invariablement une combinaison des mots Playa, Riviera, Costa ou Laguna.

Publié le 10 juill. 2021

Où ailleurs dans le monde retrouve-t-on autant de vacanciers qui ne sortent pas de leur chambre sans leur tasse Thermos de chez Tim Hortons ? Remplis-moi ça, mon brave. Enwèye, jusqu’au bord ! Pis sois pas cheap sur le rhum-coco, c’est gratis ! Insérez ici un rire gras.

Honnêtement, je m’ennuie de ce microcosme aux parfums d’Ombrelle FPS 30 et de friture de buffet dit international. À quel autre endroit pouvons-nous assister, dans la même journée, à un spectacle hommage à ABBA, à une tombola simili-mexicaine sur la place centrale et à une classe d’aquaforme beuglée dans une langue incompréhensible ? Nulle part ailleurs qu’au Playa Grande Laguna Principe Riviera. Ou quelque chose du genre.

Ces voyages tout compris nous alimentent en anecdotes qui se racontent encore des décennies plus tard. Comme la fois où Martin s’est fait faire des tresses dans le « poil de chest ». Maudit qu’on a ri. Et Linda qui n’arrêtait pas de répéter : « Dos cervezas, mi amigo. » Le fun qu’on a eu, toi.

C’est bien beau rigoler, mais qui va se lever à 5 h 30 demain pour aller réserver des chaises sur la plage ?

L’hôtel dépeint dans l’excellente comédie dramatique The White Lotus, de HBO, n’est pas du genre à organiser des soirées casino pour sa clientèle fortunée. L’endroit regorge de fleurs fraîches, de meubles en teck (oubliez la résine de synthèse blanche) et de bouteilles de Veuve Clicquot.

PHOTO FOURNIE PAR HBO

Jolene Purdy et Murray Bartlet dans la comédie dramatique The White Lotus

En apparence, tout étincelle au White Lotus, érigé sur une magnifique plage d’Hawaii. Le personnel sourit à pleines dents, les invités vivent le rêve dans un décor spectaculaire. Mais en grattant un tout petit peu, le vernis s’écaille. Et les façades s’effondrent.

Cette minisérie de six épisodes, offerte à partir de dimanche à 21 h sur Crave+ et jeudi à 21 h sur Crave Super Écran, a été un gros coup de cœur. C’est à la fois léger et profond, ensoleillé et noir, mais surtout drôle et tragique. Ça parle de choses superficielles qui se transforment en crises existentielles.

Non, il ne s’agit pas d’une histoire classique de misère des riches, mais bien d’une étude de mœurs pour adultes, qui ont des problèmes d’adultes. Et ça met en vedette une brochette d’acteurs formidables, dont Connie Britton, Jennifer Coolidge et Steve Zahn.

En plus, il y a un mystère à élucider de type Big Little Lies. Dans les premières minutes, on apprend en effet qu’une personne – non identifiée – est morte au White Lotus. La série remonte alors dans le temps et nous suivons les employés de l’établissement ainsi que les vacanciers pendant une semaine très chargée.

Nous y rencontrons une famille très friquée dont la mère (Connie Britton) dirige une entreprise similaire à Google. Son mari (Steve Zahn) ne vit pas super bien dans son ombre. Leur fille aînée, étudiante à l’université, lit Nietzsche et représente la frange hyper blasée de la génération Z, tandis que le cadet, un ado renfermé, vit scotché à ses écrans.

La famille friquée arrive au White Lotus sur le même bateau qu’un jeune couple en lune de miel. Elle est journaliste pigiste (comprendre : pauvre) et lui, agent immobilier dont les parents paient tout pour lui. La cerise sur ce gâteau sucré s’appelle Tanya (Jennifer Coolidge), une femme excentrique venue sur l’île de Maui pour répandre les cendres de sa mère.

Le directeur de l’hôtel se décarcasse pour plaire à tous ces gens VIP et pas toujours polis. Lui aussi craque lentement. Son air guilleret masque un côté sombre.

Cette semaine sous les palmiers débouchera sur des guerres psychologiques, des trips de drogue, de la jalousie, des remises en question professionnelles ou personnelles et des révélations surprenantes. Et quelqu’un meurt, souvenez-vous.

The White Lotus aborde une tonne de sujets chauds – dont la lutte des classes – à coups de répliques grinçantes. C’est vraiment, vraiment très bon. Et ça donne le goût de vider son compte bancaire pour partir en excursion de surf.

Parlant de vacances, je vous abandonne lâchement pour quelques semaines, le temps de remplir mon sac à blagues.

En terminant, n’oubliez jamais cette règle cardinale quand vient le temps d’acheter un forfait dans le Sud : plus il y a d’étoiles, moins il y a de colons qui hurlent « Buenos nachos la gang ».