La libération de Britney Spears, qui a passé 13 ans sous la tutelle de son père, pourrait se transformer en une importante bataille judiciaire, croit Samantha Stark, réalisatrice des documentaires coups de poing Framing Britney Spears et Controlling Britney Spears, avec qui La Presse s’est entretenue.

Publié le 5 janvier
Anabelle Nicoud Collaboration spéciale

Britney libérée, Britney vengée ? L’année 2021 aura marqué un tournant majeur dans la longue bataille menée par l’interprète de Baby One More Time pour se libérer de la tutelle de son père. Mais l’histoire n’en restera pas là : le 19 janvier, la question de la gestion des finances de l’artiste qui a vendu 100 millions d’albums en 20 ans de carrière sera à nouveau discutée devant un tribunal de Los Angeles.

« Je ne crois pas que la fin de la tutelle soit la fin de l’histoire, Britney a répété encore et encore qu’elle voulait poursuivre ceux qui ont profité de sa tutelle. Elle pourrait lancer une enquête ou lancer une poursuite, même si la tutelle est terminée », croit Samantha Stark, jointe à New York en décembre dernier.

Journaliste vidéo pour le New York Times, Samantha Stark a réalisé et produit deux documentaires coups de poing en 2021 sur la tutelle de Britney Spears, Framing Britney Spears et Controlling Britney Spears. Tous deux ont allumé, puis nourri une vague de soutien d’une ampleur inédite en faveur de la chanteuse de Work Bitch et du mouvement #FreeBritney.

PHOTO ARCHIVES THE NEW YORK TIMES

Samantha Stark

Le concept original, c’était vraiment de revoir la couverture médiatique de Britney Spears à la lumière de #metoo. On avait vraiment l’impression qu’au début des années 2000, les médias se sont acharnés sur elle.

Samantha Stark, journaliste vidéo au New York Times

Britney qui conduit avec son fils sur les genoux, Britney qui se rase la tête, Britney qui attaque la voiture d’un paparazzi avec un parapluie… « On a tous vu les mêmes images, mais elles avaient très peu de contexte », croit aujourd’hui Samantha Stark.

L’entourage de la sensation pop de la fin des années 1990 la décrit pourtant comme une jeune femme ambitieuse, en plein contrôle de sa carrière, très engagée dans les décisions artistiques, loin de la « bimbo lâchée lousse » décrite par les tabloïds imprimés et en ligne.

« On s’est rendu compte à quel point le récit public de son histoire était faux. »

PHOTO MARIO ANZUONI, ARCHIVES REUTERS

Des supporteurs de Britney Spears ont célébré la décision d’un tribunal de Los Angeles de suspendre la tutelle de la star le 29 septembre dernier.

#FreeBritney

Dans le cadre de ses recherches, l’équipe du documentaire a rencontré les membres du mouvement #FreeBritney. Mobilisé en faveur de la levée de la tutelle sous laquelle Britney Spears a été placée contre son gré en 2008, le groupe soupçonné d’aimer un peu trop les théories du complot avait, jusqu’à la sortie de Framing Britney Spears, une influence très marginale.

Ils nous ont pourtant posé une question fondamentale : comment une personne qui est sous tutelle peut-elle rapporter des millions de dollars ? Parce qu’on est le New York Times, le public nous a suivis quand on a nous-mêmes posé cette question.

Samantha Stark, journaliste vidéo au New York Times

Entre 2008 et 2019, Britney Spears a en effet poursuivi une carrière prolifique : elle a participé à une émission de télévision, a sorti quatre albums, est partie autant de fois en tournée mondiale et a fait une résidence à Las Vegas qui a généré, selon Forbes, des revenus de 137 millions US.

Lisez l’article de Forbes

Révélations

Tout au long de l’année 2021, les révélations troublantes sur la vie de Britney Spears se succèdent. On apprendra notamment que la chanteuse est espionnée dans sa chambre à coucher, que son père surveille toutes ses communications, ou encore que son ex-gérante a financé des campagnes anti-LGBTQ grâce aux revenus générés par l’artiste, pourtant une figure de proue de la diversité sexuelle.

Lisez un article du New York Times sur l’ex-gérante de Britney Spears

« J’ai été complètement surprise par la réaction du public. J’avais peur qu’on la voie à nouveau comme une blague, alors que la réaction a été complètement différente, avec beaucoup de gens désolés pour elle », dit Samantha Stark.

Le témoignage-choc de 23 minutes livré par une Britney Spears « déprimée » et « traumatisée » devant le tribunal de Los Angeles en juin dernier a accéléré l’effondrement de sa tutelle, qui a été levée officiellement en novembre. Restent aujourd’hui des questions majeures sur la gestion des finances de l’artiste par ses tuteurs, soupçonnés d’avoir largement profité de leur statut légal.

« Le cas de Britney Spears met en lumière ce système de tutelle en général, dans lequel les gens qui prennent des décisions sont aussi rémunérés pour leurs services, souligne Samantha Stark. Tant que la tutelle continue, ils font de l’argent. Le cas de Britney est unique parce qu’elle donnait des spectacles et faisait des millions de dollars. C’est un cas unique, mais avec un conflit d’intérêts évident pour les tuteurs. »

Nouvelle ère

À 40 ans, Britney Spears n’est plus l’écolière sexy dont tout le monde remettait en cause la virginité, ni la jeune sex-symbol dénigrée par les tabloïds, ni la femme harcelée par les paparazzis. En 2021, la réhabilitation de l’icône pop fait aussi cheminer bien des femmes de sa génération.

« J’ai le même âge que Britney, dit Samantha Stark. Je me souviens de la manière dont elle était traitée dans les années 2000. C’était normalisé de penser qu’elle méritait d’être humiliée. Comment ça a affecté notre développement comme femmes ? C’est une bonne question. 

« Au final, notre façon de traiter les célébrités, c’est aussi la façon dont on se traite les uns les autres. C’est pour ça qu’on peut se sentir interpellés par le cas de Britney. »

Framing Britney Spears et Controlling Britney Spears sont offerts en anglais et en français sur Crave.

La fin de la tutelle de Britney Spears

Février 2021 : sortie du documentaire Framing Britney Spears, réalisé par Samantha Stark

Mars 2021 : Britney Spears demande que son père se retire de sa tutelle.

Juin 2021 : Britney Spears s’adresse au tribunal de Los Angeles. L’enregistrement audio (COVID-19 oblige) de son plaidoyer de 23 minutes devient rapidement viral et défraie la chronique. Britney Spears y affirme qu’elle souhaite avoir un enfant avec son partenaire, mais que ses tuteurs lui imposent la contraception.

Juillet 2021 : à la suite du vibrant plaidoyer de la star pop, la société Bessemer Trust quitte la tutelle afin de respecter les vœux de cette dernière. Sam Ingham, avocat nommé par la cour et qui aura représenté Britney Spears pendant sa tutelle, cède sa place à un nouvel avocat, choisi cette fois par la chanteuse, Mathew Rosengart. Celui-ci demande la fin de ce « cauchemar kafkaïen ».

PHOTO VALERIE MACON, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Le nouvel avocat de Britney Spears, Mathew S. Rosengart, s’adresse aux médias à la sortie du tribunal, en juillet dernier.

Août 2021 : Mathew Rosengart demande d’avoir accès aux documents financiers des 13 dernières années. Son père, Jamie Spears, demande à son tour de se retirer de la tutelle.

Septembre 2021 : sortie du documentaire Controlling Britney Spears, aussi réalisé par Samantha Stark.

Novembre 2021 : le tribunal de Los Angeles met un terme à la tutelle de Britney Spears.

PHOTO CHRIS PIZZELLO, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Des supporteurs de Britney Spears célèbrent la fin de sa tutelle à Los Angeles.

Décembre 2021 : Britney Spears retrouve le contrôle de ses finances et de sa fortune, estimée à 60 millions de dollars. Jamie Spears demande à la chanteuse de continuer à payer ses frais d’avocats, selon Variety. Une « abomination », dénonce l’avocat de cette dernière.

Avec l’Agence France-Presse, The New York Times et Variety