Véronique Cloutier revient au jeu dans la comédie L’œil du cyclone, dès le 18 février dans la section Véro.tv de la plateforme Tou.tv Extra. Discussion sur la prise de parole, et ses conséquences.

Publié le 13 févr. 2021
Marc Cassivi
Marc Cassivi La Presse

Marc Cassivi : Je m’intéresse à ta prise de parole. Je remarque que depuis un an, tu t’en permets plus. Ça vient avec son lot de commentaires...

Véronique Cloutier : La pandémie, ce n’est pas une raison pour faire des menaces de mort ! [Rires] Tu sais que je suis rendue dans le grand réseau de pédophilie mondiale [selon des conspirationnistes] ?

M.C. : Ah bon ? Je ne savais pas ça !

V.C. : Oui, oui ! Ça a l’air que je cache des enfants dans le sous-sol de ma pizzéria. Les adeptes du Pizzagate, je les ai sur le dos depuis l’été dernier. Je ne me suis pas aidée en faisant un gag relativement inoffensif sur Lucie Laurier aux Gémeaux. Je disais qu’on pouvait repenser les titres d’émissions en lien avec la COVID-19. Lâcher prise était devenue l’histoire de la vie de l’agent de Lucie Laurier. On m’en tient encore beaucoup rigueur, sur mes plateformes.

M.C. : Quand on reçoit des messages haineux, est-ce qu’on y pense à deux fois avant de s’exprimer de nouveau ?

V.C. : La réponse honnête, c’est que ça dépend des fois. On a tous nos humeurs, notre degré d’énergie qui varient d’une semaine à l’autre, d’une saison à l’autre. Il y a des affaires pour lesquelles je suis prête à aller au front, peu importe les conséquences. Je suis prête à vivre avec et je l’assume. Mais il y en a d’autres pour lesquelles je me dis que le prix à payer n’en vaut pas la peine. Je ne me fais pas museler ou congédier ! C’est un prix humain à payer : celui de ma quiétude.

M.C. : La virulence des commentaires peut te gâcher un samedi de congé...

V.C. : Parfois, ça ne me tente pas de gérer ça. C’est un peu comme lorsqu’on décide de répondre à des insultes sur les réseaux sociaux. Des fois, on ignore, des fois, on masque. Des fois, on bloque et des fois, on répond parce que ça nous amuse. Pas nécessairement pour se défendre, mais pour mettre en relief l’absurdité d’un commentaire. Des fois, j’avoue aussi que c’est par pur désir de répondre à des accusations que je n’accepte pas.

M.C. : Lesquelles ?

V. C. : Les insultes sur mon physique, je suis vraiment passée par-dessus. Les gens qui disent que je n’ai pas de talent, je n’ai pas de problème avec ça. Je n’accepte pas des accusations graves. Comme justement lorsqu’on dit que je fais partie de « l’État profond », le Deep State, et les réseaux de pédophilie. Au début, tu en ris, tellement tu trouves ça ridicule. Tu te demandes sur quelle planète vivent ces gens. Puis à un moment donné, tu es rendue à 1400 commentaires du même genre.

M.C. : Ils vivent à plusieurs sur cette planète...

V.C. : Ils ne sont pas seuls ! C’est une infime minorité, mais quand ils s’y mettent tous en même temps, la quantité est un peu intimidante. Ça ne donne rien de répondre. Il faut lâcher prise. Je l’ai vécu avec cette histoire-là. L’autre chose que je n’accepte pas, c’est la médisance et les accusations de ceux qui remettent en question l’intégrité et le bien-fondé de notre fondation [pour les adultes autistes]. On fait ça pour les bonnes raisons. On donne beaucoup de temps, d’énergie, d’argent. Il y a des soucis, des inquiétudes, des réflexions, même de l’insomnie dans le cas de mon époux [Louis Morissette]. Je n’accepte pas qu’on dise qu’on fait ça pour épargner de l’impôt.

M.C. : Dans ce temps-là, tu réponds aux gens ?

V.C. : Je préfère leur répondre individuellement que de publier un statut qui décuple l’attention sur ce qu’ils prétendent. Il y a ceux qui s’excusent, ceux qui effacent leur message, et ceux qui vont t’obstiner à la mort. Peu importe ce que tu dis, tu n’auras jamais raison.

M.C. : Je n’ai pas tort quand je remarque que tu oses dire des choses que tu ne disais pas avant ? Tu sembles t’être défaite du côté plus lisse de ta personnalité publique. Tu te permets d’être plus toi-même, sans trop de filtres. Jusqu’où tu te le permets ?

V.C. : Oui, c’est vrai qu’il y a eu un virage. Je ne serai jamais une grande militante engagée pour quoi que ce soit. Je demeure qui je suis. Sauf qu’en vieillissant, tu assumes plus tes opinions. Tes valeurs et tes priorités se précisent. Et vient un moment où tu te dis : si ça vous choque, ça vous choque ! Si ça vous dérange comment je suis, ne me suivez plus. Je suis rendue là, mais ça s’est fait graduellement. Ça a commencé avec les Bye bye, et des textes plus grinçants, ce que je ne faisais pas du tout publiquement auparavant. Ce n’est pas moi qui les ai écrits, mais il a fallu que je les assume. Ça m’a ouvert une porte, puis après, il y a eu le spectacle de scène [Les Morissette]. C’est différent parce que les gens paient pour te voir.

M.C. : T’intéresses-tu toujours autant à ton niveau de notoriété et de popularité auprès du public ? Penses-tu qu’il est affecté par ta prise de parole ? Je sais que vous aviez déjà fait un sondage à ce sujet-là, Louis et toi...

V.C. : On l’a fait juste une fois avant l’émission Le verdict, qui est née de cette démarche. Le contexte était particulier. Souviens-toi, c’était au milieu des années 2000, je sortais d’un gros scandale familial. C’est sûr que je cherchais un peu à savoir où j’en étais et où je m’en allais.

M.C. : Quand tu animes une émission comme L’ombre et la lumière [sur Tou.tv Extra] et que tu parles à des gens connus qui ne le sont plus ou le sont moins, tu parles aussi de ta préoccupation de rester dans la lumière...

V.C. : Pour moi, c’était naturel et incarné – même si je n’aime pas trop ce mot-là – parce que c’est quelque chose qui m’habite depuis toujours. J’ai grandi dans ce milieu-là. Je trempais dedans. Et comme beaucoup de jeunes filles ou de jeunes garçons de mon âge, j’étais fascinée par ça. Je voulais être connue, je voulais être dans la télé. Je ne savais pas trop ni pourquoi ni comment, mais je voulais me faire reconnaître. Je voulais passer dans le 7 jours ! [Rires] Mon rêve, c’était de faire la première page du Filles d’aujourd’hui. Cette reconnaissance et cette affection du public, et le soutien aussi quand ça va moins bien, tout ça est important. Mais pour moi, il y a avant tout le sentiment de faire partie de la gang. C’est ça qui manque le plus aux gens qui ne font plus ce métier-là. Quand je vais faire le bilan de ma vie professionnelle, je vais me rendre compte que j’ai fait beaucoup de choix par désir d’appartenir à un groupe.

M.C. : Serais-tu capable de vivre sans ?

V.C. : Si je n’avais pas le choix ! Quitter par choix, pour moi, en ce moment, ce n’est pas une option. Je vais rester dans ce milieu. J’ai 46 ans, c’est tout ce que j’ai connu. Mais suis-je capable de me passer du regard des gens ? Oui. Ça, je me rends compte que oui. J’arrête tout l’été pour être avec mes enfants depuis qu’ils sont petits. Je ne fais pas d’émissions ni d’entrevues et je m’aperçois chaque fois à quel point il y a un calme qui s’installe intérieurement chez moi. Ça ne me manque pas de faire parler de moi sur les réseaux sociaux. Mais il faut que tout s’arrête pour que je m’en rende compte.

M.C. : Parce qu’en temps normal, ce n’est pas ça. Tu es prise dans l’engrenage du regard médiatique...

V.C. : Dans la série L’ombre et la lumière, plusieurs artistes font la comparaison avec la drogue. France Castel dit à la fin que ça n’a rien à voir, et je comprends très bien ce qu’elle veut dire, mais je comprends aussi l’image de la drogue. Parce que c’est aussi ça. Quand je suis moins présente sur les réseaux sociaux, parce que je n’ai pas de bande-annonce à promouvoir ou de première page de magazine à publier, je reçois moins de commentaires. Oui, c’est un engrenage. Quand tu publies quelque chose, tu génères des réactions. Et tu te ramasses aussi avec des publications sur Monde de stars, En vedette, Sac de chips, qui reprennent tes statuts. Ça fait boule de neige. Quand tu ne publies rien, la machine s’arrête. Et tu ne ressens pas compulsivement le besoin d’aller lire ce qui s’écrit sur toi. C’est là que tu te rends compte que tu es bien quand il ne se passe rien. Je parle pour moi. Parce que c’est plus fort que moi : je vais lire les commentaires et je suis prise dans cette espèce de cercle vicieux.

M.C. : Comme tu t’exprimes plus librement sur des sujets délicats, les réactions sont plus virulentes ? Tu évites certains sujets ?

V.C. : À cause de mon historique de vie, il y a des sujets sur lesquels je n’ai pas envie de m’exprimer parce que ça va me revenir en pleine face de façon quatre fois plus violente. Ça ne me tente pas d’aller là. Mais sur Instagram, par exemple, depuis l’année dernière, j’ai commencé à prendre plus position sur le racisme, le féminisme, la diversité corporelle, la grossophobie. Je suis beaucoup plus consciente de ces grands enjeux-là. Je lis et je m’informe à plus de sources, je diversifie le type de comptes Instagram auxquels je suis abonnée. J’ai ouvert mes horizons, j’essaie d’apprendre et de mieux comprendre, en toute humilité. Et quand je publie quelque chose, pour revenir à ce que je te disais au début de la conversation, j’assume ce qui vient avec. Mais je réalise que peu importe ce que tu dis, même en étant irréprochablement bien intentionnée, il y aura toujours des gens qui trouveront à redire. Il faut vivre avec ! Je l’accepte.