Cinq façons d’aborder différemment l’exposition Paysages rêvés d’Andō Hiroshige.

Le Musée des beaux-arts de Montréal présente jusqu’au 8 septembre les estampes d’Andō Hiroshige. Si la beauté des œuvres est frappante, on peut aussi aborder cette exposition de différentes façons, ces représentations de la vie du Japon du XIXsiècle étant très porteuses de sens.

Comme un livre d’histoire

Si on voit 55 œuvres graphiques au premier regard en entrant dans les salles du Musée des beaux-arts, on se rend vite compte qu’il s’agit aussi (et peut-être surtout) de 55 histoires.

Ces Cinquante-trois étapes du Tōkaidō (car il y a le début et la fin, donc 55 estampes au total) montrent les relais que faisaient les voyageurs sur la route qui sépare Tokyo (Edo) et Kyoto. La distance d’environ 500 kilomètres se franchissait à pied.

« C’était un moyen de contrôle pour le shogun. Le temps que ces politiciens et leurs suites passaient sur la route, ils ne préparaient pas une révolution pour renverser le pouvoir », dit Laura Vigo, conservatrice de l’art asiatique du Musée des beaux-arts.

La conservatrice a rédigé des notes explicatives pour pratiquement toutes les estampes. Cela nous guide dans la visite, puisque ces notes racontent des histoires. Parfois très réalistes, d’autres fois complètement fantasques. « La cartographie réaliste n’existait pas au Japon, précise la conservatrice. Tout était imaginaire. C’est l’évocation, l’esthétique. »

Les estampes font partie de la collection du Musée, qui les a acquises il y a plus de 50 ans.

Comme du placement de produit

« La publicité a été inventée au Japon, durant la période Edo », lance Laura Vigo, qui démontre que cette série d’Andō Hiroshige en est une illustration éloquente. « Le placement de produit se fond dans les estampes », dit-elle, précisant tout de même que les visiteurs ne verront pas, par exemple, les noms de cosmétiques dans l’une des scènes. « Les éditeurs faisaient ça, poursuit-elle, parce qu’il fallait vendre toutes sortes de produits. »

« C’est le début de la société de consommation comme on la connaît aujourd’hui », dit la conservatrice.

Les marchands d’Edo avaient donc déjà compris que ces illustrations étaient un très bon moyen pour, plus ou moins subtilement, montrer leurs enseignes et leurs produits.

Takenouchi Magohachi, l’éditeur d’Hiroshige, était très sensible à ce que la classe mercantile voulait. Il demandait parfois des changements au créateur ou à l’imprimeur lorsqu’une estampe ne se vendait pas assez. « Hiroshige pouvait dans ce cas changer la composition selon ce que la clientèle voulait », précise Laura Vigo.

Comme un guide de voyage

Bien que certains pèlerins aient parfois fait le voyage, la route du Tōkaidō était conçue pour les samouraïs puisque le déplacement était long et laborieux. Hiroshige lui-même venait de la classe des samouraïs – ce qui lui donnait une certaine liberté financière.

PHOTO CHRISTINE GUEST, FOURNIE PAR LE MUSÉE DES BEAUX-ARTS

Shinagawa, lever du soleil, gravure sur bois de fil. Le bleu utilisé vient de l’Allemagne, importé au Japon. Hiroshige l’utilisait pour éveiller l’intérêt de ses clients.

Pour les autres qui ne pouvaient même rêver de faire ce chemin, les estampes permettaient de voir du pays. « C’était un peu comme feuilleter le National Geographic », illustre Laura Vigo.

Les estampes étaient imprimées en 15 000 exemplaires. Hiroshige en a fait une par semaine pour cette série.

« Durant la période Edo, le Japon était le pays avec le plus haut taux d’alphabétisation du monde. Tout le monde lisait. L’industrie de l’édition était extrêmement développée », précise Mme Vigo.

Comme de l’artisanat

Le concept de l’art n’existait pas au Japon, avant qu’il y soit amené par les Occidentaux, explique Laura Vigo. Andō Hiroshige était considéré comme un artisan, au sens noble du terme.

« L’idée de l’art est un concept extrêmement eurocentrique, explique la conservatrice. Ça n’était pas perçu ainsi au Japon ou en Asie. C’est un concept qui a été appliqué en Asie extrême-orientale seulement à partir de l’ingérence coloniale du XIXe siècle. »

Pour la petite histoire : certains exemplaires de ces estampes célébrées au musée aujourd’hui étaient à l’époque utilisés comme papier d’emballage pour des bols de céramique…

Comme une leçon d’histoire

Si vous faites la visite de l’exposition en prenant le temps de lire toutes les explications qui accompagnent les images, ce que nous vous recommandons de faire, vous apprendrez énormément sur le Japon de l’ère Edo.

PHOTO CHRISTINE GUEST, FOURNIE PAR LE MUSÉE DES BEAUX-ARTS

Les estampes montrent parfois des paysages imaginaires. Ici, Kanbara, neige de nuit en est un bon exemple puisque… il ne neige pas à Kanbara.

« Je voulais que les visiteurs regardent et comprennent la scène sans aller dans l’analyse formelle classique », explique Laura Vigo, archéologue de formation et conteuse de son état. Pour cela, la conservatrice a inclus des anecdotes afin que les visiteurs puissent atteindre un niveau de compréhension impossible autrement.

Par exemple, qui savait que la poudre blanche qu’utilisaient alors les geishas contenait du plomb ? Tristement, l’utilisation du métal en tuait une partie avant même qu’elles atteignent la vingtaine.

« Les gens vont sortir en connaissant plus le Japon et le contexte social et politique de l’époque. »

L’exposition Paysages rêvés d’Andō Hiroshige est présentée au Musée des beaux-arts de Montréal jusqu’au 8 septembre

Consultez la page de l’exposition sur le site web du Musée des beaux-arts