Première exposition des célébrations du 15anniversaire de la Fondation Phi, Dévoilements narratifs regroupe des photographies de l’artiste visuel Stan Douglas, qui représentera le Canada à la 59Biennale de Venise. Des photos issues d’un énorme travail de mise en scène effectué tant en Angola qu’à Vancouver pour reconstituer des pages d’histoire.

Publié le 19 février
Éric Clément
Éric Clément La Presse

Stan Douglas est un des artistes visuels canadiens les plus marquants des 20 dernières années. Fasciné par la photographie, il utilise aussi la vidéo, la musique, la littérature et le théâtre pour évoquer des préoccupations sociales, procédant, comme vous allez le voir à Phi, à des reconstitutions de scènes historiques.

« Stan Douglas a passé les 30 dernières années à se consacrer à un travail d’exploration, de fabrication et de compréhension de l’image, de son pouvoir notamment », dit Cheryl Sim, commissaire de l’exposition. On décrit l’artiste de Vancouver – qui vit aussi à Los Angeles – comme un archéologue de l’histoire récente de l’humanité, un artiste soucieux d’évoquer les défis auxquels nous faisons face.

PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

Cheryl Sim, commissaire de l’exposition, devant deux des photographies du corpus Penn’s Station’s Half Century

« Les recherches que je fais sont une manière de comprendre l’histoire à travers le prisme d’évènements culturels ou sociaux, dit-il en entretien sur Zoom. Le travail que je produis après ces recherches est une synthèse de ces compréhensions, une façon de revisiter le passé en prenant différentes façons de le faire. »

La devise du Québec sied bien à Stan Douglas. Sa démarche est une certaine façon de ne pas oublier tout en célébrant la mémoire avec un regard nouveau et esthétique qui force à la réflexion.

Se souvenir et redécouvrir des évènements, même locaux, peut être important car leur portée ou leur signification peut être universelle. Je l’ai constaté en voyageant.

Stan Douglas, artiste visuel

Artiste international

PHOTO EVAAN KHERAJ, FOURNIE PAR PHI

Stan Douglas

L’aura de Stan Douglas dépasse nos frontières. L’artiste de 61 ans a déjà exposé son travail en solo au Centre Pompidou, à Paris, à la Serpentine Gallery de Londres, au musée Haus der Kunst de Munich, au Pérez Art Museum de Miami ou encore au Studio Museum in Harlem, à New York.

Avant qu’il n’aille présenter sa nouvelle installation dans les Giardini, à Venise le 23 avril, Stan Douglas expose à Phi deux corpus photographiques, dont le dernier, Penn’s Station’s Half Century, est une commande d’un organisme de développement économique de New York. Les photos originales ont été insérées dans le nouveau Moynihan Train Hall, ouvert il y a un an près de l’ancienne gare Penn Station.

Il s’agit d’une série qui rend hommage à cette ancienne gare, un magnifique édifice de style beaux-arts relié au réseau ferroviaire et qui fut construit entre 1905 et 1910, puis démoli dans la controverse en 1963 pour accueillir deux tours commerciales et le Madison Square Garden.

PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

Trois photographies du corpus Penn’s Station’s Half Century

Les neuf photographies de Stan Douglas mettent en scène des évènements qui s’y sont déroulés entre 1914 et 1957. Des histoires locales choisies à la suite d’une recherche documentaire. Deux photos relatent ainsi une anecdote survenue en mars 1914 alors qu’une tempête de neige avait cloîtré les passagers dans la gare.

Parmi eux, Bert Williams, chanteur et comédien qui fut le premier Afro-Américain à réaliser un film. Pour faire oublier aux voyageurs le stress qu’ils enduraient, il avait improvisé un spectacle avec d’autres artistes qui faisaient partie des passagers reclus. Dans les deux photos, on voit ainsi des saxophonistes, des jongleurs ou encore un marionnettiste, et Bert Williams chantant au milieu des escaliers.

  • 2 March 1914, 2021, impression numérique chromogène montée sur aluminium, 68 po x 118 ½ po

    PHOTO STAN DOUGLAS, FOURNIE PAR PHI

    2 March 1914, 2021, impression numérique chromogène montée sur aluminium, 68 po x 118 ½ po

  • 22 April 1924, 2021, impression numérique chromogène montée sur aluminium, 68 po x 118 ½ po

    PHOTO STAN DOUGLAS, FOURNIE PAR PHI

    22 April 1924, 2021, impression numérique chromogène montée sur aluminium, 68 po x 118 ½ po

  • 20 June 1930, 2021, impression numérique chromogène montée sur aluminium, 68 po x 78 ¾ po

    PHOTO STAN DOUGLAS, FOURNIE PAR PHI

    20 June 1930, 2021, impression numérique chromogène montée sur aluminium, 68 po x 78 ¾ po

  • 7 August 1934, 2021, impression numérique chromogène montée sur aluminium, 68 po x 118 ½ po

    PHOTO STAN DOUGLAS, FOURNIE PAR PHI

    7 August 1934, 2021, impression numérique chromogène montée sur aluminium, 68 po x 118 ½ po

  • 20 June 1944, 2021, impression numérique chromogène montée sur aluminium, 68 po x 78 ¾ po

    PHOTO STAN DOUGLAS, FOURNIE PAR PHI

    20 June 1944, 2021, impression numérique chromogène montée sur aluminium, 68 po x 78 ¾ po

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Une autre photographie montre le syndicaliste noir Angelo Herndon montant, en août 1934, les escaliers de la gare sous les applaudissements de la foule. Libéré, il avait auparavant été arrêté parce qu’on avait trouvé chez lui des ouvrages « communistes ».

Ces photographies de Stan Douglas sont des photomontages réalisés sur ordinateur. Il a utilisé des photos d’archives et orchestré ses mises en scène avec 400 figurants dans l’Agrodome de Vancouver. Comme sur un plateau de cinéma, avec des professionnels travaillant dans l’industrie du cinéma, explique Stan Douglas.

Disco Angola

Le deuxième corpus, Disco Angola, est une mise en parallèle de deux éléments historiques. D’abord, la guerre d’indépendance des Angolais contre les colons portugais, de 1961 à 1975. Et une incursion dans le New York des salles de bal en 1974. Cheryl Sim propose sur quatre étages la juxtaposition d’une photo résultant d’une scénographie réalisée en Angola en 2012 par Stan Douglas et d’une photo faite la même année pour recréer l’ambiance disco du Club Versailles dans les années 1970. Des paires de photos à regarder de près, tant les détails sont la marque de Stan Douglas, comme celle de Kent Monkman.

PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

Deux photographies du corpus Disco Angola

Une des paires associe une image de jeunes militaires angolais s’adonnant à la capoeira, cet art martial brésilien découlant de techniques de combat ayant eu cours en Angola avant le début de l’esclavage, et une photo de jeunes New-Yorkais – Latinos, queers, Noirs, etc. – se trémoussant au son du disco. Deux aspects d’une même volonté d’émancipation, d’un même espoir de libération. Avec la musique comme langage commun. La musique étant un intérêt particulier pour Stan Douglas, qui fut DJ dans sa jeunesse.

  • Club Versailles, 1974, 2012, impression numérique chromogène montée sur aluminium, 60 po x 89 ¾ po

    PHOTO STAN DOUGLAS, FOURNIE PAR PHI

    Club Versailles, 1974, 2012, impression numérique chromogène montée sur aluminium, 60 po x 89 ¾ po

  • Capoeira, 1974, 2012, impression numérique chromogène montée sur aluminium, 56 po x 84 po

    PHOTO STAN DOUGLAS, FOURNIE PAR PHI

    Capoeira, 1974, 2012, impression numérique chromogène montée sur aluminium, 56 po x 84 po

  • Coat Check, 1974, 2012, impression numérique chromogène montée sur aluminium, 47 ½ po x 71 ¼ po

    PHOTO STAN DOUGLAS, FOURNIE PAR PHI

    Coat Check, 1974, 2012, impression numérique chromogène montée sur aluminium, 47 ½ po x 71 ¼ po

  • Checkpoint, 1975, 2012, impression numérique chromogène montée sur aluminium, 52 po x 119 ½ po

    PHOTO STAN DOUGLAS, FOURNIE PAR PHI

    Checkpoint, 1975, 2012, impression numérique chromogène montée sur aluminium, 52 po x 119 ½ po

  • Exodus, 1975, 2012, impression numérique chromogène montée sur aluminium, 71 po x 101 ½ po

    PHOTO STAN DOUGLAS, FOURNIE PAR PHI

    Exodus, 1975, 2012, impression numérique chromogène montée sur aluminium, 71 po x 101 ½ po

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En entrevue, Stan Douglas maintient le suspense quant au nouveau corpus qu’il dévoilera à Venise, où il a déjà exposé des œuvres en 1990, 2001, 2005 et 2019. Mais jamais en solo au pavillon canadien de la Biennale. « Je suis très heureux de m’y rendre avec l’aide extraordinairement généreuse du Musée des beaux-arts du Canada », dit-il.

En attendant d’éventuelles gondoles, rien de mieux que de se rendre à Phi pour apprécier ses œuvres qui rappellent que le passé construit le présent. Pourvu qu’on se souvienne...

Consultez le site de la Fondation Phi