Dans Saint-Henri, un grand atelier silencieux continue d’être le refuge créateur du peintre Claude Tousignant, âgé de 88 ans. Fasciné par la lecture, son occupation principale, il trouve encore un peu d’énergie pour créer… Nous l’avons rencontré.

Publié le 28 août 2021
Textes : Éric Clément
Textes : Éric Clément La Presse
Photos : Alain Roberge
Photos : Alain Roberge La Presse

L’atelier

  • Vue de l’atelier de Claude Tousignant

    PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

    Vue de l’atelier de Claude Tousignant

  • Dans la série brosses et pinceaux !

    PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

    Dans la série brosses et pinceaux !

  • Espace des esquisses…

    PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

    Espace des esquisses…

  • Beau désordre !

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    Beau désordre !

  • Les tests de couleurs

    PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

    Les tests de couleurs

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On passe sous une porte de garage légèrement remontée. Et là, pas d’auto, que des pots ! De la peinture, des solvants, toutes sortes de produits recouvrent tables et comptoirs de cette première pièce de l’atelier de Claude Tousignant. Sur un grand mur, des œuvres sont accrochées. Puis, on pénètre dans la pièce suivante, l’atelier principal du maître des Plasticiens. Là où il crée. Un immense local découpé en plusieurs espaces réservés à des activités et des rangements particuliers, notamment de ses tondi (œuvres circulaires) rangés les uns à côté des autres. Un capharnaüm dans lequel sa fille Zoé aimerait bien mettre son nez ! Pour mettre un peu d’ordre et nettoyer le plancher ! Le peintre n’est pas dérangé par cette apparence de désordre. C’est son antre ! Il est impressionnant. On y sent toute l’activité créatrice de Claude Tousignant.

Les souvenirs

  • Claude Tousignant, le penseur

    PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

    Claude Tousignant, le penseur

  • Un tondo de Claude Tousignant lors d’une vente de Sotheby’s en 2012

    PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE

    Un tondo de Claude Tousignant lors d’une vente de Sotheby’s en 2012

  • Accélérateur chromatique 96-10-68, 1968, Claude Tousignant, acrylique sur toile, 243 cm. Collection particulière.

    PHOTO ARCHIVES LA PRESSE

    Accélérateur chromatique 96-10-68, 1968, Claude Tousignant, acrylique sur toile, 243 cm. Collection particulière.

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Quand Claude Tousignant plonge dans ses souvenirs, il évoque son séjour en France en 1951-1952. Les natures mortes et abstractions françaises d’après-guerre ne l’avaient pas charmé. « C’était plus dynamique ici. Je me suis tout de suite intéressé à la peinture non figurative, à Montréal. Molinari m’avait conseillé d’aller voir l’exposition La matière chante des Automatistes [en 1954]. C’est tout à fait ce que je voulais voir. » Il a toutefois peu fréquenté les Automatistes, plus âgés que lui. « J’ai eu une copie de Refus global, mais je me la suis fait subtiliser ! Une histoire de fille ! Les deux ont disparu, en plus d’un chandail ! » Il se rappelle ses voyages à New York, y découvrant les nouvelles tendances. Sa rencontre, au MOMA, en 1962, avec le peintre Barnett Newman, dont les œuvres minimalistes confirment son goût pour une peinture non figurative. N’en déplaise au peintre et critique d’art Rodolphe de Repentigny ! « Il a été très dur quand j’ai exposé à l’Échouerie, appelant mes tableaux… des panneaux. C’était ma première exposition. Mais il n’était pas le seul. Beaucoup de mes amis ne sont alors pas restés mes amis ! »

La création

  • La plus récente œuvre de Claude Tousignant

    PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

    La plus récente œuvre de Claude Tousignant

  • Des œuvres dans l’atelier

    PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

    Des œuvres dans l’atelier

  • Une œuvre de Claude Tousignant, dans son atelier

    PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

    Une œuvre de Claude Tousignant, dans son atelier

  • Datant de 1970, la sérigraphie Clair-Obscur a été exposée dans le département de médecine nucléaire de l’hôpital Maisonneuve-Rosemont.

    PHOTO FOURNIE PAR LA COLLECTION DE LA FONDATION DE L’HÔPITAL MAISONNEUVE-ROSEMONT

    Datant de 1970, la sérigraphie Clair-Obscur a été exposée dans le département de médecine nucléaire de l’hôpital Maisonneuve-Rosemont.

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Claude Tousignant a réalisé ce tableau pour sa fille Zoé au printemps dernier. Une œuvre aux qualités optiques évidentes. Comme pour ses tondi, il a d’abord effectué des essais de couleurs pour rendre sa peinture géométrique esthétique et attirante. Pour le peindre, il est venu à son atelier une fois par semaine. « Et ça fatigue, dit-il. Je suis plus fatigué qu’avant. Je veux donc faire des tableaux plus petits. Je n’ai pas trop perdu la main, mais je manque de courage ! Je suis vieux. » Il dit ne pas beaucoup aimer l’art actuel. « Je me mets à parler comme un vieux, dit-il en riant. J’allais au Belgo avant, mais j’étais toujours déçu alors j’ai décidé de laisser faire. C’est une autre génération. Celle des enfants gâtés à qui on a dit qu’ils savaient faire de beaux dessins. Et qui ont continué de croire qu’ils sont des génies. En tout cas, c’est pas de mes affaires ! »

Une autre expo

  • Claude Tousignant dans son atelier

    PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

    Claude Tousignant dans son atelier

  • La réserve de tondi de Claude Tousignant

    PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

    La réserve de tondi de Claude Tousignant

  • Vue de l’atelier

    PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

    Vue de l’atelier

  • Claude Tousignant à sa table de travail

    PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

    Claude Tousignant à sa table de travail

  • Claude Tousignant à la galerie Art Mûr en 2016

    PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE

    Claude Tousignant à la galerie Art Mûr en 2016

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En bonne forme (il a reçu ses deux doses de vaccin), Claude Tousignant connaît des vicissitudes de son âge. Il a du mal à rester debout longtemps. Sa marche est plus hésitante. Mais il veut continuer à produire et à montrer son travail. Sa dernière expo remonte à 2017, à la galerie Christopher Cutts, à Toronto. Il a vendu quelques toiles pendant la pandémie, mais pas beaucoup, dit-il. Toutefois, il espère en vendre à l’occasion de sa prochaine expo, en octobre, dans le hall de l’édifice Québecor, dans le Vieux-Montréal. « S’il n’y a pas un autre confinement », dit-il. Claude Tousignant se réjouit de constater que ses œuvres continuent d’être exposées dans les musées et vendues à des prix record dans les salles de vente. « J’aime beaucoup les compliments ! », dit-il.

Documentaire de Zoé

  • Claude Tousignant et sa fille, Zoé

    PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

    Claude Tousignant et sa fille, Zoé

  • Claude Tousignant

    PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

    Claude Tousignant

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Zoé Tousignant a réalisé son premier documentaire sur son père pendant la pandémie. Elle l’a filmé dans son atelier en train de travailler. Elle espère présenter son film à une édition ultérieure du Festival international du film sur l’art. Claude Tousignant a aimé l’expérience. « Mais c’est fatigant de se laisser filmer, car je n’ai pas toujours envie de travailler et là j’étais un peu forcé ! dit-il. Je suis devenu casanier ! Je préfère lire. J’adore la philosophie, notamment Michel Onfray. »