L’artiste Eddy Firmin a mis sur pied une biennale internationale d’art contemporain consacrée aux artistes noirs, a appris La Presse. Baptisée Af-Flux et organisée à Montréal, la première édition de la biennale aura lieu du 11 septembre au 11 décembre. Le cœur de l’évènement, qui allie conférences et expositions, sera la galerie Art Mûr où exposeront une quinzaine d’artistes, soit plus de la moitié des invités.

Alexandre Vigneault
Alexandre Vigneault La Presse

L’idée d’un évènement consacré aux artistes afrodescendants était dans l’air depuis longtemps, dit Eddy Firmin, commissaire d’Af-Flux – Biennale transnationale noire, l’un des très rares évènements du genre dans le monde. Elle s’est concrétisée dans la foulée d’une invitation lancée par Rhéal Lanthier, de la galerie Art Mûr.

Au printemps 2020, le codirecteur du lieu de diffusion situé rue Saint-Hubert a en effet proposé à Eddy Firmin d’organiser une exposition d’artistes afrodescendants pour souligner le 25anniversaire de la galerie.

« On a pris la balle au bond. Il y a eu énormément de discussions, mais ça s’est fait naturellement », dit Eddy Firmin, qui a poussé pour la mise sur pied d’un évènement récurrent plutôt que d’une présentation unique. « Rhéal a tout de suite embrassé le projet d’en faire une biennale. »

« Mon expérience en tant que galeriste me montre que les projets récurrents renforcent l’intérêt », confirme Rhéal Lanthier, qui a aussi contribué à lancer la Biennale d’art contemporain autochtone (BACA).

L’idée est de rejoindre le plus de monde possible et en répétant l’évènement, on agrandit l’auditoire.

Rhéal Lanthier, copropriétaire de la galerie Art Mûr

Qu’Af-Flux soit une biennale est « essentiel » aux yeux de l’artiste visuelle Cécilia Bracmort. « Ce n’est pas la première fois que des artistes se regroupent, mais chaque fois, ça s’efface, dit-elle. Cette biennale va permettre de braquer les projecteurs sur des artistes à long terme. Je crois que c’est nécessaire pour que la présence des artistes et leurs pratiques soient connues et reconnues. »

L’identité en question

Af-Flux se donne pour mandat d’interroger les identités transnationales à travers des créateurs issus de toute la diaspora africaine qui font l’expérience dans leur quotidien et leur histoire de ce que c’est que d’être Noir ailleurs qu’en Afrique.

Les artistes afrodescendants de partout sur la planète constitueront le bassin au sein duquel la biennale puisera pour sélectionner ses exposants.

PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, LA PRESSE

Eddy Firmin, commissaire d’Af-Flux – Biennale transnationale noire

L’idée est de lier toutes ces existences hors du continent africain.

Eddy Firmin, commissaire d’Af-Flux – Biennale transnationale noire

« On ne va pas inviter des artistes qui vivent et travaillent en Afrique, mais on va inviter des artistes africains qui vivent et travaillent ailleurs et font l’expérience de la transnationalité. »

L’un des points d’ancrage de la biennale est d’ailleurs le bossale, figure de l’esclave d’Afrique amené vers les Amériques et, par extension, ses descendants qui contribuèrent, selon l’argumentaire de la biennale, « à dessiner les contours des premières identités transnationales ».

En mettant l’accent sur l’identité et les trajectoires identitaires, Eddy Firmin souhaite mettre de l’avant la richesse de l’expérience des artistes afrodescendants d’un peu partout sur la planète, montrer en quoi elle est individuelle et en quoi elle est collective.

Une direction artistique qui convient parfaitement à Cécilia Bracmort. « Je parle beaucoup de mes couches identitaires dans mon travail », dit l’artiste montréalaise, qui a des racines françaises et antillaises.

Toutes les diversités

Lors de cette première présentation, Af-Flux portera aussi attention aux artistes femmes et créateurs LGBTQ+, qui sont doublement minorisés. Le Musée des beaux-arts de Montréal accueillera ainsi une performance de l’artiste multidisciplinaire Kama La Mackerel. La collaboration du MBAM à cette première présentation d’Af-Flux s’inscrit dans le souci de l’institution de redonner « à toutes les diversités » la place qui leur revient.

« Quand je dis ça, je parle non seulement de diversité de personnes – ce qui est essentiel à notre époque –, mais aussi de diversité de types d’art qu’on présente », dit Mary-Dailey Desmarais, conservatrice en chef, précisant que l’institution qu’elle dirige souhaite « repousser les frontières » de sa programmation en présentant davantage d’arts vivants et de pratiques artistiques comme la danse et la performance.