Premier solo dans la région métropolitaine pour l’artiste de Québec Fanny Mesnard, invitée à la salle Alfred-Pellan de la Maison des arts de Laval. Une magnifique exposition sur la nature et les couleurs de la vie comme celles de nos rêves d’enfant. Accompagnée d’une brillante réflexion de Suzanne Joos sur l’architecture et l’étalement urbain.

Éric Clément
Éric Clément La Presse

La muséologue et directrice de la salle Alfred-Pellan, Jasmine Colizza, a découvert le travail de Fanny Mesnard à la Manif d’art de Québec. Vivement impressionnée, elle l’a invitée pour un solo. Ondes élastiques – Les faunes s’agitent dans l’épaisseur du bois est une expo qui peut s’appréhender de bien des façons, ce qui la rend accessible aux amateurs d’art de tous âges, dont les plus jeunes, qui seront émerveillés par les œuvres évocatrices de cette artiste figurative de Québec.

Par son approche de la nature, de l’écologie et de la mythologie, Fanny Mesnard séduit notre cœur d’enfant. En découvrant ses œuvres, on pense au Douanier Rousseau, à Saint-Exupéry et aux contes et légendes qui ont façonné l’imaginaire de nos jeunes années. C’est avec des jeunes, d’ailleurs, qu’elle a démarré ce corpus, organisant une performance de danse avec des enfants.

PHOTO CATHERINE LEFEBVRE, COLLABORATION SPÉCIALE

Fanny Mesnard devant divers motifs représentés dans ses œuvres

Les enfants ont une façon très libre de bouger. Ils ne sont pas dans l’autoreprésentation comme nous le sommes en tant qu’adultes.

Fanny Mesnard

Les enfants costumés ont dansé et l’artiste a utilisé des photos et des vidéos de leurs mouvements pour créer les quatre dessins délicats situés à l’entrée de l’exposition. Mais aussi pour ses peintures, costumes et magnifiques sculptures en céramique. Des pieds de grenouille, des « mains » de pieuvre, un monstre-bactérie à doigts multiples, des masques de renard-belette ou de chouette. Des excroissances que les enfants auraient pu porter durant leur performance.

PHOTO CATHERINE LEFEBVRE, COLLABORATION SPÉCIALE

Quatre dessins de Fanny Mesnard exécutés sur deux couches de papier transparent

En étant attentif, on distingue dans ses œuvres des allusions à cette nature qui nous enveloppe dès qu’on sort des villes, et qu’on connaît si peu dans ses détails. S’approcher tout près des peintures de cette artiste s’apparente à se baisser et à observer, genoux au sol, un parterre de mousse à chevreuil ou la base humide d’un bouleau au printemps, où animaux et randonneurs viennent s’abreuver.

La peintre nous immerge ainsi dans un monde à la fois fantaisiste et réel, avec des créatures de toutes sortes, des masques, une exploration du territoire, luxuriant ou laurentien. « La façon dont on représente la nature d’un bout à l’autre du monde est souvent la même, dit-elle. C’est fascinant. Ça convoque l’universel et le respect. »

  • Vue de l’exposition de Fanny Mesnard

    PHOTO CATHERINE LEFEBVRE, COLLABORATION SPÉCIALE

    Vue de l’exposition de Fanny Mesnard

  • La bibitte de Fanny Mesnard, sorte de monstre-bactérie aux multiples doigts…

    PHOTO CATHERINE LEFEBVRE, COLLABORATION SPÉCIALE

    La bibitte de Fanny Mesnard, sorte de monstre-bactérie aux multiples doigts…

  • Une salle consacrée à de jeunes créateurs avec une exposition de leurs dessins réalisés sur la notion du rituel

    PHOTO GUY L’HEUREUX, FOURNIE PAR LA MAISON DES ARTS DE LAVAL

    Une salle consacrée à de jeunes créateurs avec une exposition de leurs dessins réalisés sur la notion du rituel

  • Quelques exemples de dessins exposés

    PHOTO GUY L’HEUREUX, FOURNIE PAR LA MAISON DES ARTS DE LAVAL

    Quelques exemples de dessins exposés

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La commissaire Manon Tourigny a accompagné Fanny Mesnard dans son processus de création. « Dans cette production de Fanny, il y a un beau travail sur la gestuelle, dit-elle. Des motifs reviennent d’une œuvre à l’autre comme un vocabulaire esthétique propre. »

La commissaire et l’artiste ont publié, grâce à la Maison des arts, un livret qui accompagne l’expo. Un bestiaire des faunes y est illustré et commenté, et permet de se connecter aux fantasmagories éclairées de Fanny Mesnard.

Suzanne Joos

Avant de quitter la Maison des arts, allez admirer Architectures impossibles, travail fouillé de Suzanne Joos présenté à proximité de l’entrée. L’artiste montréalaise, passionnée de cartographie imaginaire, a réalisé, à l’encre et à l’aquarelle, une œuvre murale découlant de ses travaux sur rouleaux réalisés en atelier selon le procédé de cadavres exquis.

  • Les rouleaux de Suzanne Joos

    PHOTO CATHERINE LEFEBVRE, COLLABORATION SPÉCIALE

    Les rouleaux de Suzanne Joos

  • Détail de l’œuvre murale de Suzanne Joos

    PHOTO CATHERINE LEFEBVRE, COLLABORATION SPÉCIALE

    Détail de l’œuvre murale de Suzanne Joos

  • Détail de l’œuvre murale de Suzanne Joss

    PHOTO GUY L’HEUREUX, FOURNIE PAR LA MAISON DES ARTS DE LAVAL

    Détail de l’œuvre murale de Suzanne Joss

  • Suzanne Joos

    PHOTO CATHERINE LEFEBVRE, COLLABORATION SPÉCIALE

    Suzanne Joos

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Il s’agit de dessins improvisés, exécutés à la règle, au compas et au stencil, montrant un plan de ville imaginaire. Un regard critique sur la frénésie immobilière et l’étalement urbain. L’artiste a travaillé petit à petit, pendant neuf jours, n’effaçant jamais rien et notant régulièrement avec un tampon la date « de son passage ». Une œuvre murale réussie qui, de loin, fait penser à une abstraction ou à une constellation. De près, l’œuvre devient faussement architecturale, avec l’apparence de maisons, de rangs et de lots contigus.

Comme pour celui de Fanny Mesnard, voici un art sensible, en faveur d’une nature protégée et d’un développement raisonné du territoire. Et révélateur de cet amour des détails qui éclaire la vie et préserve de l’irrationnel.

Informations : Maison des arts de Laval