(Vienne) Le chanteur et peintre autrichien Arik Brauer, représentant de l’École viennoise du « réalisme fantastique », est décédé dimanche à l’âge de 92 ans, laissant derrière lui une œuvre prolifique.

Publié le 25 janv. 2021
Agence France-Presse

« J’étais heureux avec ma femme, ma famille, mon art et ma forêt viennoise. Mais on ne vit qu’un temps, entre deux éternités où l’on n’existe pas » : tels furent ses derniers mots selon une déclaration de sa famille, citée lundi par la presse locale.

Né en 1929 à Vienne dans une famille d’artisans juifs, son enfance a basculé quand les Nazis ont annexé l’Autriche en 1938.

Si son père est mort dans un camp de concentration, lui a survécu en se cachant. Pendant la « Nuit de cristal », le vaste pogrom mené les 9 et 10 novembre 1938 par les nazis contre les Juifs, il a trouvé refuge chez le gardien de l’atelier de cordonnier de son père.

Ces deux journées de violences antisémites firent au moins 30 morts en Autriche, tandis que quelque 7800 personnes étaient emprisonnées et 4000 déportées vers le camp de concentration de Dachau.

Après la guerre, Arik Brauer étudie aux Beaux-arts de Vienne avant de partir s’installer à Paris avec sa femme, Naomi, où le couple gagne sa vie en chantant.

De retour à Vienne au milieu des années 1960, il devient l’une des figures majeures du courant viennois du « réalisme fantastique », aux côtés d’Ernst Fuchs ou de Rudolf Hausner. Ses œuvres mêlent couleurs vives, attention aux détails et références bibliques.

Il est aussi réputé en Autriche pour sa carrière de musicien compositeur, privilégiant des paroles en dialecte viennois.

Arik Brauer, artiste touche-à-tout, s’est aussi intéressé à l’architecture, au graphisme et avait conçu en 1975 des décors et costumes pour l’Opéra de Paris.

Partageant sa vie entre l’Autriche et Israël, il a reçu de nombreux prix et récompenses non seulement pour son art, mais aussi pour sa défense de la démocratie et des droits de l’homme, un rôle salué lundi sur Twitter par le président autrichien Alexander Van der Bellen.

Quand on lui demandait s’il pouvait imaginer ne pas travailler comme artiste, il répondait dans une de ses dernières entrevues à l’hebdomadaire allemand Die Zeit : « je ne peux l’imaginer que si je n’existe plus, et même là je ne m’arrêterai pas ».