Une 8e édition de MURAL, le festival montréalais d’art urbain, avec ses très courus spectacles musicaux extérieurs, ne pouvait être envisagée dans sa formule habituelle à cause de la COVID-19. L’évènement a donc été transformé en MURAL Estival, qui se déroulera de façon restreinte autour du boulevard Saint-Laurent, mais aussi sur l’internet. Et pas seulement pendant 11 jours, mais durant tout l’été !

Éric Clément Éric Clément
La Presse

Le festival MURAL survivra à la pandémie, assure Pierre-Alain Benoît, son directeur général. « Du côté budgétaire, ç’a été un exercice périlleux, dit-il. Au départ, on pensait reporter MURAL en août ou en septembre, ce qui aurait permis d’éviter des pertes de revenus, mais on s’est rendu compte que c’était impossible. »

L’organisation a donc décidé de concevoir MURAL Estival, un mélange d’activités extérieures et de programmes virtuels, étalé du 21 juin au 20 septembre, ce qui permet de planifier l’évènement au fur et à mesure, contrairement aux précédentes éditions, en s’ajustant à la réalité sanitaire.

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

La murale de Pantone réalisée près du 3527, boulevard Saint-Laurent, dans le cadre de Mural 2016.

Pas de concert public

L’aire d’activités de MURAL (entre la rue Sherbrooke et l’avenue du Mont-Royal, d’une part, puis la rue Saint-Denis et l’avenue du Parc, d’autre part) est conservée, mais les interventions y seront réduites et concentrées non loin de la zone habituelle des spectacles musicaux.

Il n’y aura aucun rassemblement public, donc aucun concert extérieur ouvert à tous. En revanche, entre 5 et 10 artistes créeront des œuvres murales tout au long de l’été puisque cette activité solitaire ne présente aucun danger sanitaire. Les noms de ces muralistes seront annoncés lors d’un lancement en juin.

PHOTO PATRICK SANFAÇON, ARCHIVES LA PRESSE

La murale de l’artiste mexicain Smithe peinte sur un mur de la rue Clark, à Montréal, en juin 2018 durant le festival MURAL.

Corridart

MURAL Estival créera plusieurs infrastructures d’aménagement urbain appelées Corridart (un clin d’œil à l’évènement éponyme de 1976) pour permettre aux visiteurs de déambuler en toute sécurité sur le boulevard Saint-Laurent, en respectant la nécessaire distanciation physique, tout en regardant des œuvres créées sur des panneaux mobiles.

Ces aménagements, qui ressemblent aux corridors sanitaires déjà implantés dans certaines rues de Montréal, seront prochainement définis plus précisément, en tenant compte de la stratégie retenue par l’administration de la mairesse Valérie Plante.

Ils permettront à plus d’artistes de s’exprimer sur plus de surfaces. Un premier tronçon de Corridart ira, sur le boulevard Saint-Laurent, de la rue Prince-Arthur à l’avenue des Pins. « On travaille avec la Société de développement du boulevard Saint-Laurent, l’arrondissement et la Ville pour planifier notre intervention, dit Pierre-Alain Benoit. L’idée de MURAL Estival est d’avoir un crescendo afin qu’au mois d’août, on puisse concentrer un maximum d’activités autant physiques qu’en ligne. »

Programme numérique

Si MURAL a été très actif en ligne ces dernières années – ce qui a favorisé sa réputation internationale – cette année, le virtuel sera à son paroxysme. Les œuvres murales de cet été seront documentées sur le site du festival.

PHOTO FOURNIE PAR MURAL ESTIVAL

WEIGHT//Day 1670. Une création récente (avril) de Fvckrender faisant partie d’œuvres que l’artiste a commencé à créer il y a plus de 4 ans après s’être donné le défi de produire une œuvre numérique par jour. Photo fournie par MURAL Estival

« Idéalement, on aimerait proposer des outils technologiques un peu plus développés pour que les gens puissent faire des visites virtuelles autonomes des murales, dit Pierre-Alain Benoit. Dans un futur rapproché, on aimerait proposer des captations à 360 degrés et de la réalité augmentée. »

MURAL Estival diffusera des conférences, des entrevues d’artistes en direct sur Instagram et des performances extérieures. « Il est possible qu’on puisse diffuser des concerts sans public avec un environnement visuel intéressant, un concept qu’on appelle les concerts-tableaux, avec de la musique et de l’art visuel en même temps », dit M. Benoit.

PHOTO FOURNIE PAR MURAL ESTIVAL

L’affiche officielle de MURAL Estival réalisée par l’artiste numérique Fvckrender (Frédéric Duquette).

Les concerts qui avaient pris une grande place au sein de la programmation de MURAL ces dernières années ne seront pas en reste, qu’ils soient gratuits ou payants. « On veut d’abord bien évaluer les plateformes de diffusion que l’on pourra utiliser, que ce soit Zoom, Yoop ou Instagram, dit M. Benoit. Mais c’est sûr qu’il y aura de la musique, surtout en août et en septembre. »

50 artistes

Entre les muralistes, les artistes des Corridart et ceux en ligne, Pierre-Alain Benoit pense qu’une cinquantaine d’artistes participeront à MURAL Estival. Mais il n’y aura pas d’artistes étrangers sur place. « Par contre, on réservera une place en ligne à ceux qu’on avait choisis pour cette édition, dit M. Benoit. On travaille sur différents projets pour les mettre en valeur. »

Signature

L’identité visuelle de MURAL Estival est signée par Frédéric Duquette, alias Fvckrender. Un artiste québécois de réputation internationale qui provient de l’univers numérique, donc parfaitement en phase avec l’édition de cette année. Partageant son temps entre Montréal, Vancouver et Los Angeles, il a fondé Fvckrender Studio et collabore régulièrement avec des artistes internationaux.

  • Œuvre originale de Fvckrender utilisée pour créer l’identité visuelle
de MURAL Estival.

    PHOTO FOURNIE PAR MURAL ESTIVAL

    Œuvre originale de Fvckrender utilisée pour créer l’identité visuelle
de MURAL Estival.

  • IMMORTAL//Day 1685. Œuvre numérique de Fvckrender placée par l’artiste sur son site Instagram le 12 mai dernier.

    PHOTO FOURNIE PAR MURAL ESTIVAL

    IMMORTAL//Day 1685. Œuvre numérique de Fvckrender placée par l’artiste sur son site Instagram le 12 mai dernier.

  • MULTIPLE//Day 1660. Œuvre numérique de Fvckrender placée par l’artiste sur Instagram le 16 avril dernier avec la mention « Feeling calm and stress free right now how about you ? ».

    PHOTO FOURNIE PAR MURAL ESTIVAL

    MULTIPLE//Day 1660. Œuvre numérique de Fvckrender placée par l’artiste sur Instagram le 16 avril dernier avec la mention « Feeling calm and stress free right now how about you ? ».

  • IRIDESCENT KING//Day 1605. Œuvre numérique de Fvckrender placée par l’artiste sur Instagram le 21 février dernier.

    PHOTO FOURNIE PAR MURAL ESTIVAL

    IRIDESCENT KING//Day 1605. Œuvre numérique de Fvckrender placée par l’artiste sur Instagram le 21 février dernier.

  • PAISIBLE//Day 1592. Œuvre numérique de Fvckrender placée par l’artiste sur Instagram le 7 février dernier.

    PHOTO FOURNIE PAR MURAL ESTIVAL

    PAISIBLE//Day 1592. Œuvre numérique de Fvckrender placée par l’artiste sur Instagram le 7 février dernier.

  • STANDING//Day 1578. Œuvre numérique de Fvckrender placée par l’artiste sur son site Instagram le 23 janvier dernier.

    PHOTO FOURNIE PAR MURAL ESTIVAL

    STANDING//Day 1578. Œuvre numérique de Fvckrender placée par l’artiste sur son site Instagram le 23 janvier dernier.

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« En partenariat avec les créateurs montréalais de Silent Partners Studio, il a orné les scènes de Calvin Harris, des Backstreet Boys et de Katy Perry, dit Pierre-Alain Benoit. À Los Angeles, il travaille régulièrement avec Flying Lotus, l’un des plus grands producteurs de musique expérimentale. »

L’artiste numérique, qui a fait des visuels pour le musicien Louis Futon, la chanteuse Viktoria Modesta et le DJ Damian Lazarus, réalisera cet été sa première murale avec le festival et présentera des créations virtuelles.

PHOTO ANNE GAUTHIER, ARCHIVES LA PRESSE

Les quatre mousquetaires de l’agence LNDMRK qui ont fondé le festival MURAL en 2013, Nico Munn Rico, Alexis Froissart, André Bathalon et Yan Cordeau, sont toujours au sein de l’organisation dont la direction est assurée par Pierre-Alain Benoit depuis 2015.

L’élaboration d’un MURAL Estival adapté à la situation créée par la pandémie démontre l’intention de ses organisateurs de survivre, dit Pierre-Alain Benoit.

« On pense qu’on va rebondir. L’important est de ne pas rester inactif. Comme disent les Anglais, “adapt or die”. Je pense que c’est d’autant plus vrai dans le contexte qu’on vit actuellement. On essaie donc de faire œuvre utile, de s’intégrer à ce qui se passe en ce moment et d’en faire partie. Faire travailler nos artistes, soutenir la relève et continuer de donner des sourires aux Montréalais qui verront les murales arriver les unes après les autres… »

> Consultez le site du festival Mural