Les œuvres oniriques de David Elliott sont de retour sur les cimaises à Montréal avec une exposition de petits dioramas à la galerie Nicolas Robert. Des boîtiers-collages consacrés pour la plupart à la création artistique et exprimant quelques réminiscences de l’artiste montréalais.

Éric Clément Éric Clément
La Presse

En 2012, David Elliott avait exposé au Musée régional de Rimouski, sous le titre La chambre enchantée, de grandes œuvres qui donnaient l’illusion d’être faites avec des papiers découpés. Il s’agissait en fait de peintures à l’huile et à l’acrylique faussement tridimensionnelles, avec une esthétique du collage qu’il explore depuis belle lurette, jouant sur des ombrages qui donnent de la profondeur à ses trompe-l’œil.

Finalement, il a été au bout de son idée. Il s’est emparé du principe de ses petites maquettes qu’il réalisait comme modèles préliminaires de ses peintures et a créé ce nouveau corpus, Septième ciel. Constitué de petits boîtiers en bois dans lesquels il raconte des histoires détaillées au moyen du collage juxtaposé de petits bouts de papier imprimé. Avec une grande force théâtrale, comme pour les peintures de sa série Parade présentée chez Joyce Yahouda en 2013.

  • Al Green with Black Cat, 2019, David Elliott, collage avec papier imprimé, carton, carton mousse, bois et acrylique, 20 cm x 18 cm.

    PHOTO FOURNIE PAR LA GALERIE NICOLAS ROBERT

    Al Green with Black Cat, 2019, David Elliott, collage avec papier imprimé, carton, carton mousse, bois et acrylique, 20 cm x 18 cm.

  • Folk Singer, 2019, David Elliott, collage avec papier imprimé, carton, carton mousse, bois et acrylique, 33 cm x 25 cm.

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    Folk Singer, 2019, David Elliott, collage avec papier imprimé, carton, carton mousse, bois et acrylique, 33 cm x 25 cm.

  • Mélies, 2019, David Elliott, collage avec papier imprimé, carton, carton mousse, bois et acrylique, 24 cm x 24 cm.

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    Mélies, 2019, David Elliott, collage avec papier imprimé, carton, carton mousse, bois et acrylique, 24 cm x 24 cm.

  • Summer of 73, 2019, David Elliott, collage avec papier imprimé, carton, carton mousse, bois et acrylique, 25 cm x 28 cm.

    PHOTO FOURNIE PAR LA GALERIE NICOLAS ROBERT

    Summer of 73, 2019, David Elliott, collage avec papier imprimé, carton, carton mousse, bois et acrylique, 25 cm x 28 cm.

  • Writer, 2019, David Elliott, collage avec papier imprimé, carton, carton mousse, bois et acrylique, 38 cm x 41 cm.

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    Writer, 2019, David Elliott, collage avec papier imprimé, carton, carton mousse, bois et acrylique, 38 cm x 41 cm.

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Le changement d’échelle choisi par David Elliott découle aussi du fait qu’il est plus limité dans ses mouvements, comme il se déplace en fauteuil roulant. Mais, plus petits, ces boîtiers-collages offrent la même profusion d’idées, d’intimité et de références au passé comme à l’histoire de l’art. Un modèle qui permet au visiteur de donner son propre sens à ce qu’il regarde, chaque boîtier-collage étant riche de références.

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Broadcast, 2019, David Elliott, collage avec papier imprimé, carton, carton mousse, bois et acrylique 29 cm x 46 cm

La plupart des dioramas sont des évocations de la scène culturelle et médiatique d’une époque révolue exprimées dans la tradition du théâtre d’ombres et des cabinets de curiosité. Comme Broadcast, par exemple, avec la mise en scène d’un animateur radiophonique d’une autre époque, coincé entre de vieux téléviseurs et un téléphone à cadran. Ou encore Folk Singer, qui nous montre une chanteuse qu’on imagine new-yorkaise devant une affiche de L’opéra de quat’sous, comédie de Bertolt Brecht et Kurt Weill créée en 1928.

Dans Al Green with Black Cat, l’artiste rend hommage au chanteur soul américain, faisant état des conditions de vie modestes de sa famille (matelas posé sur le sol) et illustrant les années 70 avec un vieux tourne-disque et ce papier peint vintage au design géométrique tellement caractéristique de l’époque hippie.

Dans le même ordre d’idées, il honore le saxophoniste américain Albert Ayler – qui s’est suicidé en 1970 après une carrière en dents de scie – avec son boîtier Man with Red Saxophone (For Albert Ayler).

David Elliott évoque aussi le cinéma muet avec Mélies, diorama sur l’art de l’illusion et le réalisateur Georges Méliès, notamment à son Voyage dans la lune. Les affres de l’écriture sont aussi envisagées par l’artiste sexagénaire, avec Writer : une machine à écrire, un vieux bureau en bois et l’espace réduit d’une écrivaine dans un demi-sous-sol à peine éclairé.

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Record Hound, 2019, David Elliott, collage avec papier imprimé, carton, carton mousse, bois et acrylique, 25 cm x 28 cm

Record Hound visite les années 60 et 70, avec des pochettes de disques d’Aretha Franklin, King Crimson, Van Morrison, Miles Davis, Patti Smith ou Bob Dylan. Des souvenirs visiblement chers à David Elliott, qui teinte la plupart de ses œuvres des éléments les plus précieux de sa mémoire. Cela semble évident dans Summer of 73 ou peut-être Balcony.

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Balcony, 2019, David Elliott, collage avec papier imprimé, carton, carton mousse, bois et acrylique, 20 cm x 30 cm

D’autres œuvres comme Studio with Money Bag and Lawn Chair ou Studio with Ghetto Blaster and Cat suggèrent esthétiquement des décors de théâtre avec une accumulation de détails qui élaborent une histoire qu’on peut essayer de déchiffrer.

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Studio with Money Bag and Lawn Chair, 2019, David Elliott, collage avec papier imprimé, carton, carton mousse, bois et acrylique, 25 cm x 76 cm

Dans ces boîtiers, le chat et les dés à jouer reviennent souvent, comme on l’avait constaté dans des œuvres précédentes. Des clins d’œil à l’univers personnel de David Elliott, empreint de poésie, d’imaginaire et de nostalgie.

À la galerie Nicolas Robert jusqu’au 14 mars

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