(Paris) La fille d’un collectionneur spolié par les nazis a saisi la justice française pour obtenir l’annulation d’un accord conclu avec un musée américain et la restitution d’une toile de Camille Pissarro, qui doit repartir aux États-Unis à l’été 2021.

Agence France-Presse

Léone-Noëlle Meyer, 80 ans, demande l’invalidation d’une transaction signée en 2016 avec la Fondation de l’Université d’Oklahoma, dans le but de faire don du tableau La bergère rentrant des moutons, peint en 1886, au musée d’Orsay, a indiqué son avocat.

Cette huile sur toile impressionniste, qui appartenait à son père adoptif Raoul Meyer depuis les années 1930, a été confisquée en février 1941 par les nazis.

À la fin de la Seconde Guerre mondiale, elle a été expédiée en Suisse, acquise par un marchand d’art puis par le couple de collectionneurs Aaron et Clara Weitzenhoffer, qui la lèguent en 2000 à l’Université de l’Oklahoma, pour le musée Fred P. Jones qui lui est rattaché.

Mme Meyer, dont le père a dirigé les Galeries Lafayette et qui a elle-même présidé le conseil de surveillance du groupe, a retrouvé la trace du tableau au début des années 2010 et engagé une action en restitution devant la justice américaine.

À l’issue de négociations, un accord a finalement été signé le 22 février 2016. Il prévoyait que le titre de propriété soit transféré à Mme Meyer et que, après cinq ans d’exposition en France, une rotation soit assurée tous les trois ans entre la France et les États-Unis.

Mme Meyer devait aussi faire don du tableau de son vivant à une institution artistique en France, agréée par le musée américain. Or, le musée d’Orsay, qui expose actuellement la toile, a refusé cette donation, estimant que la rotation était trop contraignante.

Le tableau est censé repartir aux États-Unis le 16 juillet 2021.

« Madame Meyer se bat pour le droit de faire don de ce tableau au musée d’Orsay. Nous espérons que l’université de l’Oklahoma ne se réfugiera plus derrière des artifices de procédure », a déclaré à l’AFP son avocat, Ron Soffer.

« Les milliers de membres et d’amateurs d’art impressionniste » du musée et de l’université américaine « sont surpris et déçus », a réagi leur avocat français, Olivier de Baecque.

« Attachés à cette œuvre, promise à un retour tous les trois ans », ils « expriment leur confiance dans la justice française », a-t-il poursuivi. « Ce partage » du tableau « symbolise le dialogue des publics et des cultures auquel le musée entend inlassablement contribuer ».

Une première audience est prévue le 8 décembre à Paris pour placer le tableau sous séquestre. Puis, le 19 janvier, Mme Meyer demandera au tribunal la restitution « pleine et entière » de l’œuvre, en vertu de l’ordonnance du 21 avril 1945 sur les biens spoliés.

La justice française a récemment tranché le sort d’un autre Pissarro spolié, La cueillette des pois : le 1er juillet, la Cour de cassation a validé définitivement sa restitution aux descendants du collectionneur Simon Bauer.

Le 30 septembre, c’est la cour d’appel de Paris qui a ordonné le retour de trois toiles du peintre fauviste André Derain entre les mains des héritiers du galeriste parisien René Gimpel, à qui elles avaient été arrachées sous l’Occupation.