(Montréal) Au lendemain du congédiement de Nathalie Bondil, la crise au Musée des beaux-arts de Montréal a connu d’autres rebondissements mardi.

Luc Boulanger Luc Boulanger
La Presse

En mode contre-attaque, l’ex-conservatrice en chef et directrice générale de l’institution conteste les raisons avancées par le conseil d’administration du musée pour justifier son renvoi. Le communiqué publié lundi faisait état, entre autres, d’un environnement de travail devenu « toxique », d’allégations de harcèlement psychologique par des employés et d’une rupture de confiance entre la directrice et le C. A.

Jointe par La Presse, Mme Bondil qualifie de « mensonge », de « lynchage » et de « salissage » de réputation l’information qui circule à son sujet sur la place publique.

Ça n’a pas de sens ! J’ai l’impression d’être traitée comme une voleuse ! On a même coupé ma ligne téléphonique mardi matin… alors que je parlais au téléphone !

Nathalie Bondil

L’ex-patronne du MBAM estime payer le prix pour les « questions » qu’elle a posées sur le processus de sélection de la nouvelle directrice de la conservation, nommée par le C. A. du Musée. Selon Mme Bondil, ce processus favorisait Mary-Dailey Desmarais, qui travaille au MBAM depuis 2014. « C’est une conservatrice très qualifiée, mais qui manque d’expérience pour ce poste “senior”. C’est de l’ingérence et un manque de transparence du C. A. dans le processus de recrutement », estime-t-elle.

Au dire de Mme Bondil, il faut repenser « l’ingénierie du musée » pour régler les questions de gouvernance. « Il y a beaucoup de confusion dans les rôles de la direction et de la présidence. Depuis son arrivée à la tête du C. A. [en avril 2019], Michel de la Chenelière est omniprésent et vient tous les jours au musée. Il peut voir comme de l’insubordination ce que le président d’avant trouvait normal. »

Interrogée à propos de la détérioration du climat de travail et du recours à une firme externe pour enquêter sur celui-ci, Mme Bondil affirme que la direction a toujours collaboré et tenté de trouver des solutions aux problèmes.

Il y a 400 employés. Le musée est en expansion. Le rythme de travail est intense. Certains projets sont plus difficiles à réaliser que d’autres. Bien sûr, il peut y avoir des conflits internes, des tensions. Or, je n’ai été visée, à titre personnel, par aucune plainte ni [aucun] grief.

Nathalie Bondil

« C’est vrai que j’en mène large, que je prends beaucoup de place. Mais c’est parce que je suis là depuis longtemps », dit celle qui a travaillé au MBAM pendant 21 ans, dont 13 ans à la direction.

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Mary-Dailey Desmarais

Un grand projet en péril ?

L’onde de choc se fait aussi sentir à l’extérieur du MBAM, y compris à la Fondation Riopelle, qui a un projet important avec le musée dont l’avenir est remis en question.

Pour souligner le 100e anniversaire de la naissance de Jean Paul Riopelle, la Fondation Riopelle prévoit de rapatrier des collections d’œuvres du célèbre peintre à Montréal. Le gouvernement du Québec s’est d’ailleurs engagé à soutenir financièrement ce projet d’une « aile Riopelle » au MBAM pour rendre ces collections accessibles au public. Or, ce projet de 20 millions était mené de concert avec Mme Bondil.

La directrice de la Fondation Riopelle, Manon Gauthier, s’est dite « extrêmement préoccupée » par la situation : « Actuellement, nous avons plus de questions que de réponses, déplore-t-elle. Avant de prendre une décision pour la suite des choses, on veut être rassurés sur l’avenir et les plans du Musée. »

Alors que la crise battait son plein, Nathalie Bondil avait reçu le soutien ferme de la ministre de la Culture et des Communications, Nathalie Roy. Mardi, après l’annonce de son congédiement, la ministre a mis un bémol. « C’est une décision qui appartient au conseil d’administration du Musée des beaux-arts de Montréal, et j’en prends acte. Le MBAM a sa propre structure de gouvernance, et le gouvernement du Québec n’a pas à s’immiscer dans sa gestion interne. Il s’agit tout de même d’un dur coup pour le Musée.

“Je salue Mme Bondil pour sa vision artistique qui aura indéniablement contribué à faire du Musée des beaux-arts de Montréal une institution réputée dans le monde muséal.”

Assemblée générale avec les membres du Musée

À l’initiative de la Corporation du MBAM, une pétition a aussi été mise en ligne. Elle avait récolté plus de 1200 signatures mardi soir. La Corporation réclame la tenue d’une assemblée extraordinaire des membres, conformément aux règlements du Musée, pour obtenir des explications du président du conseil d’administration. Elle demande aussi la réalisation d’un audit externe, en collaboration avec le ministère de la Culture et des Communications du Québec, sur le climat de travail au musée et sur sa gouvernance. Mardi après-midi, le président du C. A., Michel de la Chenelière, a accusé réception de la demande, qu’il soumettra aux membres du conseil d’administration.

En entrevue à la matinale d’ICI Première, le président du C. A. a tenté de se faire rassurant mardi : “Le Musée existe depuis 160 ans. Il n’est pas près de s’effondrer.” Un sentiment que partage aussi Nathalie Bondil : “Le Musée est une grande et vieille dame de la rue Sherbrooke qui est passée à travers bien d’autres crises.”

C’est probablement le seul point d’entente entre les deux…