Rendue virtuelle à cause de la pandémie, la foire d’art contemporain Papier 2020 a généré moitié moins de revenus qu’en 2019, mais les galeristes joints par La Presse estiment que l’évènement a été réussi. Les professionnels ont quand même hâte de retrouver, en 2021, une vraie foire avec des amateurs d’art en chair et en os !

Éric Clément Éric Clément
La Presse

Organisatrice de Papier, l’Association des galeries d’art contemporain (AGAC) est satisfaite de l’achalandage généré sur l’internet, soit 18 000 visiteurs uniques. « D’autant que la durée moyenne de présence sur papiermontreal.com a doublé par rapport à l’an passé, avec 4 min 35 s au lieu de 2 minutes », dit Catherine Lafranchise, cheffe de projets à l’AGAC.

La déception réside plus dans les ventes d’œuvres d’art, qui ont totalisé 710 000 $ au lieu de 1,5 million en 2019. Comme l’an dernier, la moitié des acheteurs (48 %) était de nouveaux adeptes de Papier, ce qui démontre la capacité de renouvellement de l’évènement. Quelque 69 % des ventes provenaient de collectionneurs privés, le reste d’institutions publiques.

Maintes collections corporatives et publiques ont acquis des œuvres cette année, dont celles de la Banque Nationale, d’Hydro-Québec, du Musée national des beaux-arts du Québec, du Musée d’art contemporain de Montréal (MAC), de Desjardins et de la Caisse de dépôt et placement du Québec. Le Cercle des jeunes philanthropes du Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM) a aussi acquis deux œuvres.

« L’équipe de l’AGAC a fait une belle job, dit Christine Redfern, directrice de la galerie Ellephant. On a vendu à de nouvelles personnes et à des institutions. Le MBAM nous a acheté une œuvre d’Adam Basanta. » Même son de cloche pour le galeriste Nicolas Robert, qui a vendu des œuvres à la Banque Nationale, au MAC et à des collectionneurs privés.

PHOTO FOURNIE PAR LE MUSÉE DES BEAUX-ARTS DE MONTRÉAL

72 % _Match : Barnett Newman, Dyonisius, 1949, 2018, Adam Basanta, peinture numérique scanner, impression à jet d’encre sur toile. MBAM, en cours d’acquisition. Fonds du Cercle des jeunes philanthropes, fonds Marie-Solange Apollon, fonds MAndré Dufour, fonds Hamelys.

Hugues Charbonneau est également satisfait. « Nous avons vendu des œuvres importantes à Papier, dit-il. Pensons au grand tableau St Jack 1, de Manuel Mathieu, qu’on reverra bientôt au MBAM pour son solo Survivance, ou encore son œuvre The Entrance, qui fera partie de l’exposition RELATIONS : la diaspora et la peinture, à Phi cet été. Signe que Papier arrive à maturité. »

Même si ses ventes ont représenté « le sixième » de l’édition précédente, André Laroche, de la galerie Laroche Joncas, se réjouit d’avoir vendu « à Toronto » des œuvres du Montréalais d’origine albertaine Sean Montgomery et une œuvre d’Anna Torma « à Québec ».

  • St Jack 1, 2018, Manuel Mathieu, techniques mixtes sur toile

    PHOTO GUY L’HEUREUX, FOURNIE PAR LA GALERIE HUGUES CHARBONNEAU

    St Jack 1, 2018, Manuel Mathieu, techniques mixtes sur toile

  • The Entrance, 2019, Manuel Mathieu, techniques mixtes sur toile

    PHOTO FOURNIE PAR LA GALERIE HUGUES CHARBONNEAU

    The Entrance, 2019, Manuel Mathieu, techniques mixtes sur toile

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« Nous avons fait des ventes intéressantes, comparables aux années précédentes, dit Virginie Riopel, adjointe du galeriste René Blouin. Nous avons vendu à des clients déjà établis et à de nouveaux clients, ce qui est vraiment super. L’équipe [de l’AGAC] a été très aidante et a proposé une formule très pertinente dans le contexte. »

PHOTO FOURNIE PAR L’AGAC

Pétales fuyants XI, François Lacasse, représenté par la galerie René Blouin (qui fusionnera avec la galerie Division le 1er juillet).

Pour sa première expérience à Papier, la galerie C.O.A. a vendu toutes les œuvres de l’artiste MissMe et deux grandes œuvres colorées de Valérie Gobeil, recrue récente de Jean-Pascal Fournier, propriétaire de la galerie. Mais seulement lors de la soirée VIP. Pour le reste de la foire, il n’a rien vendu.

« Je n’avais aucune attente, mais, à ma grande surprise, on a conclu quelques ventes qui n’auraient pas eu lieu normalement, dit le galeriste Christian Lambert. Évidemment, on a hâte de revenir à un contexte normal. » « Tous les tableaux accompagnés de visuel et de biographie ont trouvé preneur, se réjouit de son côté le galeriste Yves Laroche. Nous donnons un A+ à l’AGAC ! »

La foire a forcé des galeries à faire preuve d’imagination. « En utilisant le commissariat de notre présentation à Papier, nous avons créé notre première expo virtuelle 3D, intitulée Île Déserte, dit Julie Côté, directrice de la galerie Projet Pangée. Nous avons vendu à des collectionneurs fidèles de Montréal et une série d’œuvres de Laurence Veri au MAC. »

> Consultez le site de Projet Pangée

Québec

Trois galeries de Québec, Galerie.a, Michel Guimont et Galerie 3, ont apprécié l’expérience. « Dès le premier week-end, la foire a été un vrai succès pour nous, dit Anne D’Amours Mc Donald, fondatrice de Galerie.a. Nous avons fait beaucoup de ventes, assez pour poursuivre notre croissance. »

PHOTO FOURNIE PAR L’AGAC

Capture d’écran d’une page du site de la foire Papier 2020 montrant une œuvre de Nathalie Thibault, représentée par la Galerie.a

« Les organisateurs ont fait un travail remarquable, ajoute Michel Guimont. Le site web et l’application de l’AGAC sont des outils intéressants et faciles à utiliser, et nous espérons que les “kiosques virtuels” seront à nouveau disponibles sur le site web de la foire l’an prochain. »

« Quel travail remarquable de l’AGAC ! ajoute Norbert Langlois, de Galerie 3. Nous y avons vécu une nouvelle expérience stimulante. »

Les employés du galeriste Simon Blais ont senti avec Papier que les amateurs avaient soif d’art en ce moment. « Économies accumulées et qui ne pourront être dépensées en voyages ? Ils ont regardé trop longtemps leurs murs blancs pendant trois mois ? Nous sentons une frénésie chez les clients », dit son assistante Catherine Léonard.

Déception

Des déceptions, il y en a eu quand même à Papier 2020. Jacqueline Hébert Stoneberger, de la galerie Beaux-arts des Amériques, a fait le tiers des ventes de 2019. Le galeriste Pierre-François Ouellette n’a récolté que deux acheteurs. « L’AGAC a fait tout ce qu’elle pouvait dans les circonstances, dit-il. Nous avons hâte à une foire physique ! »

« Virtuelle, Papier 2020 ne pouvait être que l’ombre d’elle-même, dit le galeriste Robert Poulin. Rien n’aurait su remplacer une foire véritable avec 15 000 visiteurs. Mais je suis reconnaissant à l’AGAC pour ses efforts chevaleresques. » « Nous avons été extrêmement impressionnés par la résilience et la détermination de l’AGAC », ajoute la galeriste Emily Robertson.

PHOTO FOURNIE PAR L’AGAC

The Wolf and The Lamb 2, Carol Wainio, représentée par la galerie Paul Petro Contemporary Art, à Toronto

L’an prochain, quoi qu’il arrive, Papier 2021 aura un volet numérique significatif, dit Mme Lafanchise, car les changements opérés cet année l’ont été pour du long terme. Tant mieux pour Elyse Jacobson, de la galerie Feheley Fine Arts, de Toronto, qui a participé à plusieurs activités sur Zoom, « bien organisées et intéressantes », dit-elle. « Même si ce n’est pas comme rencontrer réellement des personnes. Nous avons fait la connaissance de nouveaux clients, et c’était le but. Mais on préférerait revenir à une foire physique en 2021 ! »