Le marché de l’enchère d’art avait amorcé un virage numérique bien avant la pandémie de COVID-19. Mais la crise a amplifié le phénomène. Les ventes en ligne se multiplient et fonctionnent bien, les encanteurs s’associant avec des marchands d’art. 

Éric Clément Éric Clément
La Presse

Les ventes aux enchères en salle vont-elles disparaître ? Sans doute pas, mais la crise de la COVID-19 montre que les ventes en ligne carburent et évitent aux maisons d’enchères de perdre contact avec les vendeurs comme avec les collectionneurs. 

Des ventes en salle sont déjà programmées pour juillet à l’étranger, notamment à Hong Kong. Au Canada, la maison québécoise BYDealers prévoit organiser sa prochaine vente en salle cet automne à Montréal. Et la torontoise Heffel pense bien pouvoir tenir sa vente « du printemps » le 15 juillet. Même si peu de monde risque d’y assister, ce n’est pas grave pour Heffel, puisque 80 % des revenus de ses encans en salle proviennent d’achats faits au téléphone, précise David Heffel, président de la maison de vente aux enchères Heffel. 

PHOTO FOURNIE PAR HEFFEL

David Kenneth John Heffel, président de la maison de vente aux enchères Heffel

Mais la nouveauté, c’est l’association des encanteurs et des galeries d’art. Sotheby’s a annoncé un tel partenariat à Londres il y a une semaine. Au Canada, Heffel l’a organisé dès le mois de mars. Pour l’encanteur torontois, il s’agit d’une première et il l’a réalisée… au Québec. 

Heffel s’est en effet associé avec Simon Blais pour vendre en ligne les œuvres d’art optique de l’exposition Espaces optiques que le galeriste montréalais devait présenter dans sa galerie du 19 mars au 2 mai. Des œuvres de Rita Letendre, Denis Juneau, Jacques Hurtubise, Claude Tousignant, Guido Molinari, Yves Gaucher ou encore Jean-Paul Jérôme. 

Avec Heffel, il a repris ce portefeuille d’œuvres auquel il a ajouté quelques créations de la modernité québécoise (Ferron, Riopelle, McEwen) et cela a donné Op Art, qui a débuté en ligne le 23 avril et qui durera jusqu’au 14 mai. 

> Visitez l’exposition en ligne

« Ça permet aux gens de voir l’expo que personne n’aurait vue, dit Simon Blais. Et Heffel a des clients partout dans le monde, alors c’est très intéressant de se servir d’un tel relais. »

Nous respectons Simon Blais qui travaille fort et nous sommes honorés de faire un partenariat avec lui, car son professionnalisme est exceptionnel.

David Heffel, président de la Maison Heffel

Heffel a investi 1,5 million depuis deux ans pour moderniser ses ventes en ligne. « Nous sommes des pionniers pour la vente en ligne, dit David Heffel. Nous avons commencé cette stratégie en septembre 1999 ! À l’époque, notre seul compétiteur était Sotheby’s. » 

BYDealers

Forcé d’annuler sa vente en salle du 17 mai, Marc-Antoine Longpré, fondateur de la maison d’enchères montréalaise BYDealers, l’a convertie en une vente en ligne qui aura lieu du 28 mai au 18 juin. 

  • Forum stellaire, 1977, Serge Lemoyne

    PHOTO FOURNIE PAR BYDEALERS

    Forum stellaire, 1977, Serge Lemoyne

  • Élégie criblée de vert, 1986, Jean McEwen

    PHOTO FOURNIE PAR BYDEALERS

    Élégie criblée de vert, 1986, Jean McEwen

  • Mirage, 1966, Marcel Barbeau

    PHOTO FOURNIE PAR BYDEALERS

    Mirage, 1966, Marcel Barbeau

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Mais il a proposé lui aussi à ses galeries d’art affiliées d’utiliser la plateforme de BYDealers pour vendre leurs œuvres. Il a d’abord fait affaire avec la galerie ontarienne Œno, située dans le comté de Prince Edward. 

La première vente avec Œno, Paysages et art figuratif canadien, terminée le 28 avril, s’est bien déroulée. 

Il y avait 56 œuvres et on a récolté 270 000 $, ce sont de beaux revenus pour cette galerie qui a dû, comme d’autres, fermer ses portes.

Marc-Antoine Longpré, cofondateur de la maison BYDealers

BYDealers a lancé une deuxième vente avec Œno, il y a une semaine. Des œuvres abstraites assez récentes. Et une autre vente d’art européen, notamment, débute cette semaine avec la galerie Miriam Shiell Fine Art, de Toronto. 

  • Oxen in Spring Three Legs, Maud Lewis, huile sur panneau,
29,9 cm x 33 cm, vendue 24 000 $

    PHOTO FOURNIE PAR BYDEALERS

    Oxen in Spring Three Legs, Maud Lewis, huile sur panneau,
29,9 cm x 33 cm, vendue 24 000 $

  • March in the Birch Woods, Alexander Young Jackson, détrempe sur panneau, 73,7 cm x 99 cm, vendue 33 000 $

    PHOTO FOURNIE PAR BYDEALERS

    March in the Birch Woods, Alexander Young Jackson, détrempe sur panneau, 73,7 cm x 99 cm, vendue 33 000 $

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Si, pour Heffel, la collaboration avec la galerie Simon Blais était atypique, pour BYDealers, la collaboration avec les marchands d’art est dans ses gènes. Et la maison montréalaise donne carte blanche aux galeries qui veulent utiliser son site pour vendre des pièces de leurs stocks. 

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

Le cofondateur de la maison d’enchères BYDealers,
 Marc-Antoine Longpré

« Les galeries s’occupent de tout, dit Marc-Antoine Longpré. Les photos, les rapports de condition des œuvres, la facturation, les envois, etc. Actuellement, la meilleure chose à faire est de travailler autrement et d’être créatif. » 

« BYDealers s’est adapté très vite, dit Simon Blais. C’est une stratégie intelligente et efficace, même s’ils n’ont pas la même pénétration de marché qu’Heffel. Marc-Antoine est jeune et il est en train de bâtir sa crédibilité. J’ai vendu pour la première fois des œuvres chez lui l’automne dernier. » 

Optimisme 

La crise ne semble pas avoir freiné l’engouement des collectionneurs. Marc-Antoine Longpré ne sent pas que le marché de l’art est dans une grave crise financière. Heffel a constaté une légère progression de ses ventes ces dernières semaines. Les œuvres à vendre en ligne en avril sur le site d’Heffel étaient, mercredi dernier, à 70 % vendues. 

« Pour certains collectionneurs, c’est une nécessité [d’acheter], dit David Heffel. L’œuvre est un refuge et permet de rêver. » 

Simon Blais raconte qu’un de ses clients fidèles, actuellement confiné à l’étranger, lui a acheté deux des œuvres qui devaient être vendues en ligne avec Heffel. Le galeriste est donc optimiste et estime que le marché va s’adapter à la crise. 

« À l’AGAC [l’Association des galeries d’art contemporain], on rêvait depuis des années de faire une plateforme, sorte d’Artnet québécois, peut-être que ça finira par se faire pour aider les galeries à passer à travers la crise », dit-il. 

> Consultez le site de la maison Heffel

> Consultez le site de la Galerie Simon Blais

> Consultez le site de la maison BYDealers (en anglais)