(Itu) Empêché de peindre dans la rue par le coronavirus, le Brésilien Eduardo Kobra, un des muralistes les plus reconnus au monde, se reconvertit dans les actions solidaires en préparant de nouveaux projets depuis son atelier.

Paula RAMON
Agence France-Presse

Un changement radical pour cet artiste qui a peint dans plus de 40 pays l’an dernier.

« Je n’ai jamais été aussi tranquille », admet-il auprès de l’AFP, confiné à son domicile d’Itu, petite localité située à 100 km de Sao Paulo, sa ville natale.

Vêtu de noir, coiffé d’un chapeau de la même couleur, il offre un contraste vivant avec ses œuvres multicolores.

« Je travaille dans la rue, je suis un peintre qui dépend de la rue. Je dois repenser totalement ma façon de créer », confie l’artiste de 44 ans célèbre pour la fresque monumentale conçue pour les Jeux olympiques de Rio en 2016.

Cette fresque de 15 mètres de haut et 170 de long, intitulée Ethnies, représente des visages d’hommes et femmes de peuples traditionnels des cinq continents.

PHOTO MAURO PIMENTEL, AGENCE FRANCE-PRESSE

Eduardo Kobra est célèbre pour avoir peint la fresque monumentale conçue pour les Jeux olympiques de Rio en 2016. Intitulée Ethnies, celle-ci mesure 15 mètres de haut et 170 de long.

Son nouveau projet, Coexistence, est également une ode à la diversité.

Cette fresque peinte dans son atelier représente cinq enfants en prière des cinq continents et de cinq religions : le christianisme, le bouddhisme, le judaïsme, l’islam et l’hindouisme.

L’idée est de la reproduire sur la façade d’une ville quelque part dans le monde, après le confinement.

Mais en attendant, il a décidé de lancer une campagne pour recueillir des dons destinés aux personnes les plus vulnérables face à la COVID-19, en concevant une série de sérigraphies numérotées qui seront tirées au sort ce vendredi 1er mai.

Aide aux sans-abris

Pour participer, il faut acheter un kit comprenant des aliments et autres produits de première nécessité qui seront distribués aux sans-abris à Sao Paulo.

Plus 11 000 kits d’une valeur de 22,5 réais (environ 6 $) chacun ont déjà été financés.

PHOTO NELSON ALMEIDA, AGENCE FRANCE-PRESSE

Coexistence représente cinq enfants en prière des cinq continents et de cinq religions : le christianisme, le bouddhisme, le judaïsme, l’islam et l’hindouisme.

La distribution sera assurée par l’ONG IKMR (« Je connais mes droits », en anglais) et la Compagnie des Arts Nissi.

« Si nous, qui avons un toit, nous sommes acculés, nous avons peur, imaginez ceux qui vivent dans la rue », dit Kobra, qui a grandi dans un quartier populaire de Sao Paulo.

« Ça ne sert à rien d’être reclus si on ne s’occupe pas de notre prochain », poursuit-il.

Toujours souriant et avenant, son visage se tend quand il évoque la vulnérabilité d’une grande partie de la population brésilienne face au coronavirus, qui a fait 5446 morts, selon le dernier bilan officiel.

La situation est préoccupante dans ce pays de 210 millions d’habitants, où le président d’extrême droite Jair Bolsonaro n’a cessé de minimiser la pandémie et de remettre en cause les mesures de confinement prises par les gouverneurs des États.

« Aucun pays n’est épargné. On voit les hommes politiques se battre entre eux, mais il y a tout de même une petite mobilisation (de la société civile) en faveur des quartiers les plus pauvres », souligne-t-il.

« Ce sont les gens simples qui font marcher le Brésil. C’est le moment pour que notre pays s’occupe d’eux, sans mesurer les efforts pour leur venir en aide », conclut le muraliste aux milliers d’œuvres sur des murs du monde entier, y compris la plus grande fresque au monde, à Sao Paulo.