La galerie d’art René Blouin, en activité depuis 1986 à Montréal, fusionne avec la galerie Division de l’homme d’affaires, mécène et collectionneur Pierre Trahan, fondateur du centre d’arts Arsenal art contemporain. Une association qui était en préparation depuis sept mois et qui n’est donc pas la conséquence de la crise actuelle.

Éric Clément Éric Clément
La Presse

René Blouin a commencé son aventure de galeriste il y a près de 35 ans. Arrivant en fin de carrière à l’âge de 70 ans, il demeure très actif sur le marché de l’art, bénéficiant des acquis de l’expérience et de ses nombreux contacts. Comme il aime à dire, ce n’est pas le nombre de personnes qui entrent dans une galerie d’art qui est important mais c’est de connaître les bonnes personnes !

« Je suis en confinement depuis le 14 mars et j’ai quand même réussi à réaliser quatre ventes, notamment des œuvres de Matthew Feyld et de Marie-Claire Blais, dit-il. Beaucoup de galeries se sont regroupées dans un seul espace, un peu partout dans le monde, depuis deux ans. Cette convergence, avec Pierre Trahan, de forces différentes est intéressante, car tenir une galerie, seul, c’est lourd financièrement. Et à mon âge, il faut savoir gérer ses énergies ! Pierre est très dynamique alors cette nouvelle direction me rend optimiste. »

René Blouin est très heureux de pouvoir travailler avec Pierre Trahan. « C’est phénoménal le chemin que Pierre a fait depuis dix ans avec l’Arsenal, dit-il. C’est impressionnant. »

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Pierre Trahan, lors d’une vente aux enchères en 2018 à Montréal.

De son côté, Dominique Toutant, le directeur de la galerie Division, ne tarit pas d’éloges sur René Blouin. « René a une réputation d’excellence. Il a en partie éduqué nos goûts. De pouvoir retravailler avec lui, c’est un rêve. »

Pierre Trahan et René Blouin entretiennent des liens amicaux depuis des années. Quand Pierre Trahan a racheté en 2010 un vieux hangar à bateaux de Griffintown pour le transformer en un centre international d’art contemporain, c’est René Blouin qui lui a suggéré de l’appeler l’Arsenal.

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Vue de l’installation de la première exposition de la galerie Division, en mai 2011 à l’Arsenal, avec des œuvres de l’artiste américaine Allison Shulnik.

« On s’en allait à Ottawa voir une expo, avec sa conjointe Anne-Marie, et il me parlait de son projet, dit René Blouin. Je trouvais que c’était un peu espiègle de faire un clin d’œil à Venise en convertissant un hangar à bateaux en lieu artistique comme l’Arsenale, à Venise. Et puis ce nom de l’Arsenal peut se comprendre dans plusieurs langues alors Pierre l’a adopté. »

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Une sculpture, Building Bridges, de l’artiste italien Lorenzo Quinn, installée dans le quartier de l’Arsenale, à Venise, lors de la dernière biennale d’art contemporain, en mai 2019.

René Blouin apprécie beaucoup la droiture de Pierre Trahan. « C’est très rare de trouver une telle pureté chez un homme, dit-il. Il déplace beaucoup de choses et c’est formidable de pouvoir s’arrimer à cette espèce de canal d’énergie et cette volonté de sortir les œuvres du Québec pour diffuser nos bons artistes. C’est un plus, ce rayonnement pour les artistes. C’est la première fois qu’on a, à Montréal, dans les arts visuels, un homme d’affaires si déterminé à faire une différence avec le niveau de qualité des idées et pas seulement au niveau économique. »

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La foire Papier 2019 se déroulait à l’Arsenal, dans le quartier Griffintown.

Dans un premier temps, la galerie Blouin-Division, qui sera située au 2020, rue William, conserve les artistes des deux galeries. René Blouin a un portefeuille de 20 artistes, notamment Geneviève Cadieux, Mona Hatoum, Arlene Shechet, Pierre Dorion, Sarah Stevenson, Pascal Grandmaison, Kiki Smith et Marie-Claire Blais. La galerie Division a de solides pointures avec Michel de Broin, Nicolas Baier, Caroline Monnet, Chloe Wise, Wanda Koop, Michael Dumontier, Niel Farber, Julie Favreau, Simon Hughes, Scott McFarland ou encore Maskull Lasserre.

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Pierre Dorion, de l’écurie René Blouin !

La fusion va permettre aux deux entités de faire du développement international avec plus de souplesse. La galerie Division a étendu en peu d’années son influence au-delà de nos frontières, Pierre Trahan participant à des expositions, des foires et des événements d’arts autant à Los Angeles, Mexico, Miami, New York, Dallas, Chicago, Cologne qu’à Bruxelles.

« Les artistes que je représente vont avoir accès au magnifique espace de la galerie Division à Toronto, dit René Blouin. Même chose à New York. On va donc continuer leur diffusion à l’extérieur de Montréal. Les meilleures conditions sont réunies. »

René Blouin serait très heureux si la fusion pouvait générer de solides revenus. « Ça me ferait le plus grand honneur, car ce n’est pas dans mes projets de faire de l’argent, dit-il en riant. Et je n’en ai pas fait ! Je me suis un peu comporté comme un millionnaire qui fait des expos que je croyais importantes ! »

René Blouin croit en la force de Montréal dans le domaine des arts visuels. « Montréal est un petit marché, mais quand on se compare avec des villes de sa taille, on a bien plus de lieux de diffusion, de centres autogérés et de galeries privées. Il n’y a juste qu’à regarder Lyon. Ce n’est pas la même vivacité qu’à Montréal. »

Même si elle n’est pas liée à la fusion, la pandémie permet de planifier l’ouverture de la nouvelle galerie. René Blouin va pouvoir déménager son matériel dans l’édifice de l’Arsenal avant que la population ne puisse revenir dans les galeries d’art. D’autant que la crise pourrait bien, dans un premier temps, orienter les projets de la galerie Blouin-Division plutôt vers la scène locale et la diffusion sur le web.

« On navigue un peu dans la brume actuellement », dit Dominique Toutant. « Il y a toujours des choses formidables qui se passent avec les crises, ajoute René Blouin. Il faudra faire les choses différemment. Je crois en la créativité et en la force de l’art. Le monde des affaires va aussi devoir se réinventer en étant plus écolo et plus raisonnable. Alors c’est excitant ! »