Comme les autres musées, le Musée des beaux-arts de Montréal songe à sa réouverture. L’établissement a mis sur pied un comité de relance et de déconfinement pour adapter le musée à la nouvelle réalité. « Il y aura un avant et un après, c’est très clair, non seulement pour les employés, mais aussi pour les visiteurs », a confié sa directrice générale, Nathalie Bondil, dans un entretien avec La Presse

Éric Clément  Éric Clément 
La Presse

Mme Bondil pense que les activités normales des musées pourraient ne reprendre que d’ici 10 à 12 mois, même si une réouverture partielle pourrait intervenir dans quelques semaines. Elle s’attend à ce que le public ne se précipite pas dans les musées, dans un premier temps. D’abord parce que le déconfinement sera progressif, par secteurs d’activités, régions et tranches d’âge, les enfants étant déconfinés plus rapidement, car ils sont moins à risque. Puis parce que les contraintes sanitaires limiteront la fréquentation.

La directrice générale du MBAM entrevoit d’ailleurs que les musées n’accueilleront plus les visiteurs sans contrôler leur nombre et que la fourniture des billets ne sera plus la même. « Il y aura peut-être des sens de circulation dans les salles d’exposition, dit Nathalie Bondil. On doit réfléchir pour que le musée rouvre dans des conditions sanitaires rassurantes. » 

PHOTO ROBERT SKINNER, ARCHIVES LA PRESSE

Nathalie Bondil, directrice générale du MBAM

Tant qu’on n’aura pas trouvé de vaccin, on ne pourra pas revivre de la même façon, estime-t-elle. « La société dans laquelle on vivra à la reprise sera différente d’avant le vendredi 13 mars. Il faudra être résilient et inventif. D’ailleurs, pour les Chinois, crise veut dire occasion. En termes de solidarité, beaucoup de choses sont en train de se mettre en place. Il faudra positionner la culture comme un service essentiel, nos artistes étant nos enchanteurs du quotidien. »

Des avenues pour l’action sociale

La vision humaniste dont le MBAM a fait sa signature est déjà réputée dans le monde entier. L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et le Conseil international des musées ont reconnu l’action sociale originale du MBAM, qui prend tout son sens en cette période de confinement généralisé. Son volet éducatif et d’art-thérapie est très actif actuellement.

Notre positionnement sur le mieux-être explose actuellement sur les réseaux sociaux. On a enregistré une hausse de 96 % des abonnements à notre page Facebook. Toutes nos ressources en ligne fonctionnent bien, notamment Éduc’Art, actuellement utilisée par le ministère de l’Éducation. Ça, c’est génial !

Nathalie Bondil, directrice générale du MBAM

La plateforme Éduc’Art, un outil pédagogique en ligne pour les écoliers, explore, par l’entremise de la collection du musée, des thèmes tels que la liberté, le corps ou la diversité culturelle. Elle connaît une croissance fulgurante. Elle compte aujourd’hui quelque 17 000 utilisateurs, dont 89 % s’y sont branchés depuis le 14 mars. L’application mobile du musée, qui comprend des parcours muséaux et des audioguides, a également enregistré une augmentation de 230 % des téléchargements sur l’App Store et de 3000 % sur Google Play.

PHOTO FOURNIE PAR LE MBAM

Scène d’un atelier de la Ruche d’art, une des activités d’art-thérapie du MBAM

L’art-thérapie fonctionne aussi très bien. « Le MBAM a un projet qui s’en vient pour des grossesses en confinement, dit Mme Bondil. On a en ce moment de belles occasions pour positionner le musée encore plus dans le sens auquel je crois profondément, soit le vivre-ensemble et le mieux-être de notre société. » 

PHOTO IVANOH DEMERS, ARCHIVES LA PRESSE

Des élèves souffrant de déficience intellectuelle de l’école Irénée-Lussier ont exposé leurs œuvres à l’Atelier international d’éducation et d’art-thérapie Michel de la Chenelière, au MBAM, en 2017.

Financement

Les musées communiquent beaucoup entre eux ces temps-ci, échangeant des idées et évoquant des façons de s’adapter à cette crise sanitaire inédite.

« Je discute avec des directeurs en France, au Canada et au Québec, dit Nathalie Bondil. La principale question en ce moment, c’est comment occuper le personnel avec le télétravail. Et comment on va relancer nos musées. »

Cet intense tour d’horizon lui a permis de constater une grande diversité des répercussions de la pandémie d’un musée à l’autre, les musées privés encaissant un impact beaucoup plus fort.

En février, le MBAM avait défini un budget de 40 millions pour son année fiscale en cours. Un budget historique pour le musée montréalais, mais qui est tombé à l’eau avec le coronavirus. Le MBAM a dû rompre, fin mars, les contrats de ses employés temporaires liés à la clientèle, car ils n’avaient plus de travail. Et les employés permanents ont vu leur salaire réduit (ils reçoivent 80 % de leur salaire pour quatre jours de travail).

Cela dit, la Subvention salariale d’urgence du gouvernement fédéral a donné une bouffée d’oxygène aux musées. « Les différents conseils des arts apportent aussi du soutien, tout comme le ministère de la Culture et des Communications du Québec, en devançant l’attribution des subventions de façon rapide pour nous donner de la trésorerie », dit Nathalie Bondil.

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

Les expositions de Manuel Mathieu, Survivance, et de Caroline Monnet, Ninga Mínèh, au MBAM ont dû être reportées.

Les expositions du MBAM prévues en 2020, notamment celle sur le post-impressionnisme qui devait débuter le 28 mars, ont été reportées et non annulées. Nathalie Bondil pense que le numérique permettra aux musées de faire une belle transition avant un retour à la normale. Mais même si l’offre en ligne risque d’être fortement accrue, la directrice ne pense pas qu’elle remplacera les visites en chair et en os.

« L’être humain est un animal social. L’art est lié à l’émotion et à l’expérimentation, donc les visites dans les musées se poursuivront. Le numérique pourra préparer la visite et la compléter, mais ne s’y substituera pas », estime-t-elle.