(Gand) Un ciel plus transparent, des couleurs plus franches, des dizaines de détails révélés au grand jour : la restauration de la pièce maîtresse de L’Agneau mystique, joyau de l’art flamand, est enfin achevée.

Françoise MICHEL
Agence France-Presse

« Le paysage de l’Agneau mystique s’est ouvert ! Joyeux, ensoleillé », s’est exclamée mardi la responsable de la restauration, Hélène Dubois, lors de la présentation à la presse du registre inférieur du retable peint par les frères Van Eyck. La restauration l’a débarrassé des vernis et des surpeints accumulés au fil des siècles.

Le tableau central de ce registre, l’Agneau de Dieu adoré par les fidèles, a donné son nom au retable du XVe siècle.

« On a retrouvé la virtuosité et la finesse » de l’œuvre, estime l’experte de l’Institut royal du patrimoine artistique de Belgique.

La rénovation, effectuée au musée des beaux-arts de Gand depuis trois ans et visible derrière une vitre par les visiteurs, fait suite à celle des panneaux extérieurs menée entre 2012 et fin 2016 et précède celle du registre supérieur qui doit commencer en 2021.

Un labeur extrêmement précis, effectué au scalpel et sous microscope, pour retrouver la splendeur originelle du polyptyque, qui comprend au total 20 peintures, pour une hauteur de 4,4 mètres sur 3,4.

Cette technique a été préférée aux solvants, trop agressifs, pour enlever des surpeints très anciens, remontant au 16e siècle, avec le risque d’endommager la peinture.

La restauration a révélé le sens de l’observation de Hubert Van Eyck qui a commencé le tableau et de son frère Jan qui l’a achevé 12 ans plus tard en 1432 : les pieds gonflés des pèlerins, la poussière sur leurs souliers, les gouttes d’eau d’une fontaine, des empreintes sur le sable, le reflet du soleil sur une armure…

Quatre oreilles

Et elle a permis que l’animal retrouve son authenticité et sa splendeur.

Des repeints l’avaient affublé d’une paire d’oreilles supplémentaires. Ses oreilles originales ont été révélées dans les années 50 lors d’une restauration, mais les anciennes n’avaient pas pu être enlevées. Résultat jusqu’en 2016, l’agneau avait quatre oreilles.

« L’enlèvement des repeints a totalement modifié sa physionomie. Il avait une tête de mouton, ses yeux étaient sur le côté. En enlevant les repeints, on a découvert des yeux qui regardaient droit devant eux. Il a aujourd’hui une présence physique et un regard qui interpelle le fidèle, le spectateur. Il a retrouvé sa force d’interpellation », raconte l’une des restauratrices, Marie Postec, comparant les Van Eyck à des « Vinci du nord ».

Le seul dégagement des surpeints de la tête de l’agneau a demandé deux semaines de travail au scalpel, millimètre par millimètre. Treize restaurateurs, dont des spécialistes de la polychromie et du bois ont travaillé trois ans sur cette partie du retable.

Les panneaux restaurés retourneront fin janvier à la Cathédrale Saint-Bavon de Gand où ils seront exposés dans une cage de verre.

La date exacte du transfert est gardée secrète pour des raisons de sécurité, préoccupation légitime puisque l’un des panneaux du retable, celui des Juges intègres, volé par un sacristain en 1934, n’a jamais été retrouvé. L’une des nombreuses mésaventures de l’œuvre, confisquée sous Hitler et mise à l’abri dans une mine de sel autrichienne avant que les Américains ne le récupèrent.

La restauration du registre supérieur-qui représente notamment le Christ-Roi entre la Vierge et Jean le Baptiste-commencera début 2021. Elle sera précédée par une grande exposition Jan Van Eyck du 1er février au 30 avril 2020 au musée des beaux-arts de Gand, point d’orgue de l’année Van Eyck avec l’ouverture d’un centre de visiteurs à la cathédrale.

« Cette troisième phase sera la plus difficile. Il y a énormément de repeints et de brocarts en relief en feuille d’étain très abîmé », avertit Hélène Dubois. Une nouvelle aventure pour le chef-d’œuvre.