Décernés par la Ville de Montréal et l’Association des galeries d’art contemporain, les prix Pierre-Ayot et Louis-Comtois 2019, ainsi que le Prix de la diversité en arts visuels du Conseil des arts de Montréal, font preuve d’originalité et de diversité cette année. Ils récompensent en effet des artistes moins connus de la scène montréalaise des arts visuels : Milutin Gubash, Nadège Grebmeier Forget et Maria Ezcurra.

Éric Clément Éric Clément
La Presse

Le prix Louis-Comtois honore, chaque automne, un artiste à mi-carrière qui s’est distingué dans le domaine de l’art contemporain à Montréal. Cette année, les trois finalistes étaient des artistes anglophones nés à l’extérieur du Québec mais solidement ancrés à Montréal : le sculpteur originaire de l’Ontario David Armstrong Six, l’artiste multidisciplinaire karen elaine spencer, connue pour ses performances et née en Colombie-Britannique, et Milutin Gubash, artiste hors norme d’origine serbe arrivé au Canada dans sa prime jeunesse. 

Et c’est Milutin Gubash qui a remporté le prix, doté d’une bourse de 7500 $. Le jury a visiblement souhaité souligner le charme non conformiste de cet artiste de talent qui a fêté ses 50 ans cette année et qui creuse sans relâche la question de l’identité dans une démarche pour le moins singulière.

Une quête qu’il exprime avec un mélange d’humour et de gravité, au moyen de la photographie, de la vidéo, de la performance et de la sculpture. Il y a deux ans, Milutin Gubash avait, par exemple, participé à l’exposition Géopoétique, organisée par le Centre culturel Stewart Hall, à Pointe-Claire. Il y avait suspendu quelques-unes des lampes-sculptures qu’il avait fabriquées avec des objets recyclés, une création conçue avec la collaboration de membres de sa famille habitant en Serbie.

Les lampes ne manquaient pas d’humour, mais cet humour n’était pas gratuit. Ce vieux saladier en plastique, ces ustensiles de cuisine et ces autres objets du quotidien exprimaient une réflexion sur les conditions de vie. La réutilisation de ces objets, une habitude reliée à la survie dans de nombreux pays dont la Serbie, prenait un sens grave. « Pour parler aussi d’une réalité économique et sociale », avait dit Milutin Gubash à La Presse.

N’ayant pas son pareil pour aborder des thèmes universels avec une approche banale à première vue, Milutin Gubash déverse dans son art à la fois son histoire et celle de ses proches avec un regard unique et stylé où se mêlent la fierté, la nostalgie, voire une grande solitude d’âme. 

Cet artiste a exposé en solo aux États-Unis, en Europe et au Canada, notamment au Musée d’art contemporain de Montréal, au Musée d’art de Joliette, dans les galeries Trois Points et Joyce Yahuda, à l’Art Gallery of Alberta et au Musée de Voïvodine, à Novi Sad, en Serbie. Ses vidéos ont été diffusées en France, en Allemagne, en Espagne, en Angleterre et au Mexique.

Prix Pierre-Ayot 

Diplômée en arts visuels et médiatiques de l’UQAM (2009) et commissaire d’exposition, Nadège Grebmeier Forget a remporté le prix Pierre-Ayot (doté d’une bourse de 5000 $) qui souligne la qualité de la production d’un ou d’une artiste de moins de 35 ans.

Cette artiste qui pratique depuis 10 ans l’art de la performance multidisciplinaire (installation, photographie, vidéo, dessin et collage) était en compétition avec de grosses pointures, soit Caroline Monnet (qui a exposé à la Biennale du Whitney Museum cet été) et Guillaume Adjutor Provost, lauréat de la bourse Claudine et Stephen Bronfman. 

Fascinée par les projets interdisciplinaires d’art actuel, Nadège Grebmeier Forget a incarné de nombreuses œuvres pour d’autres artistes tels que Teresa Margolles, Dana Michel, Olivia Boudreau ou Karl Lemieux. Elle a collaboré avec des collectifs ou associations en arts vivants tels que l’Agora de la danse, l’OFFTA ou PME-ART. Elle a participé à des événements artistiques au Canada, notamment à Corner Brook (Terre-Neuve), à Toronto et au Québec (Optica, à Montréal, Musée d’art contemporain des Laurentides et Musée régional de Rimouski) ainsi qu’à Houston, aux États-Unis, et en France (Marseille, Rouen et Pont-en-Royans). 

Mariz Ezcurra

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, ARCHIVES LA PRESSE

Maria Ezcurra en février dernier, au sein de son installation Synapse, présentée au Centre culturel de Notre-Dame-de-Grâce, à Montréal

Enfin, le Prix de la diversité en arts visuels a été décerné mercredi par le Conseil des arts de Montréal à l’artiste et commissaire Maria Ezcurra.

Montréalaise née en Argentine mais ayant grandi au Mexique dès 1978, à cause de la dictature du général argentin Jorge Rafael Videla, Maria Ezcurra crée un art engagé qui évoque la mémoire, le genre, la condition féminine, l’histoire, la culture, la migration et les normes sociales. En février dernier, elle avait exposé son installation Synapse au Centre culturel de Notre-Dame-de-Grâce, à Montréal.

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