(Québec) Artiste québécois de la contre-culture et de l’avant-garde, Cozic (formé de Monic Brassard et d’Yvon Cozic) connaît (enfin) la consécration avec la rétrospective que lui consacre le Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ) jusqu’au 5 janvier. Un hommage à la grande liberté et à la poésie de ce duo d’artistes unique au Canada.

Éric Clément Éric Clément
La Presse

Quand on commence la visite de l’exposition Cozic. À vous de jouer, on passe littéralement au sein de l’installation Jongle-Nouilles, une forêt de tubes en vinyle suspendus que le duo avait présentée en 1970 au Musée d’art contemporain de Montréal. Une œuvre qui symbolise à merveille l’univers de Cozic : original, immersif et ludique. 

Lauréat du prix Paul-Émile Borduas en 2015, Cozic est l’un des artistes contemporains canadiens les plus originaux et le seul duo ayant traversé avec brio les époques, des années 60 à nos jours.

Monic Brassard et Yvon Cozic se sont rencontrés en 1960 à l’École des beaux-arts de Montréal. Près de 60 ans plus tard, ils créent encore, bousculant, sans arrogance, les règles établies de l’art contemporain avec des propositions qui remettent souvent en question la notion même d’œuvre d’art. Ils ne sont d’ailleurs représentés par aucune galerie d’art commerciale. 

On est des enfants de 1968 et de cette grande permission que les gens se donnaient à l’époque.

Yvon Cozic

Le duo a côtoyé bien des courants de l’art, depuis le pop art jusqu’à l’arte povera, en passant par le post-minimalisme. Il s’est nourri des idées de la Révolution tranquille et du vent de fraîcheur d’Expo 67 pour se doter d’une identité propre, rejetant les diktats de l’académisme et donnant une belle bouffée d’oxygène aux arts visuels, dès la fin des années 60. 

Avec ses sculptures colorées disposées au sol ou suspendues. Avec son usage de matériaux industriels et banals comme le polystyrène, le vinyle, la fourrure synthétique et les tissus. Pour créer des œuvres inattendues et, en même temps, critiquer la société du jetable, de l’éphémère et du trivial.

L’exposition du MNBAQ comprend une demi-douzaine de sections qui explorent les différentes étapes de la carrière de Cozic. Les œuvres plus anciennes rappellent le talent de couturière de Monic Brassard. Coudre, c’est unir et rassembler, mentionnait avec justesse l’historien de l’art Laurier Lacroix dans la monographie consacrée à Cozic, publiée en 2017. 

Rassembler, c’est aussi inviter à participer, et l’exposition rappelle que Cozic adore transmettre des perceptions de l’art autrement que par le regard. On peut ainsi toucher certaines de ses œuvres, dont Surface à caresser avec ou sans gant (1971), mais plus Surface qui vous prend dans ses bras. Dommage !

PHOTO IDRA LABRIE, FOURNIE PAR LE MNBAQ

En 1978, dans le même musée, le visiteur avait été invité à se lover dans l’œuvre iconique Surface qui vous prend dans ses bras (1972) constituée de tissu en peluche. Mais pas cette année…« pour des raisons de préservation » de la création. Dommage !

Les œuvres colorées et douces de Cozic témoignent de la tendresse et du réconfort que le duo aime communiquer. Son art est une expérience à la fois esthétique, sensuelle et émotive. « On n’écrit pas de manifeste, mais on témoigne d’un regard poétique et souriant sur notre société », dit Yvon Cozic.

Changement d’idée avec les emblématiques cocottes et autres pliages de Cozic, une réflexion sur la banalité du quotidien et le statut de l’œuvre d’art. Une série qui l’a amené à réaliser par la suite des œuvres pliées abstraites en 3D comme Grand Pliage in situ, créé pour cette rétrospective.

« Notre aventure a toujours été guidée par notre capacité à nous surprendre nous-mêmes et à douter en même temps, dit Yvon Cozic. Le doute traverse notre esprit autant que l’émerveillement. » 

Un espace de l’expo rassemble de petits objets provenant de l’atelier de Cozic. Tous près, la commissaire Ariane de Blois a rassemblé des installations sculpturales, œuvres poétiques faites de matériaux imbriqués ou découlant de pliages devenus des silhouettes comme dans l’œuvre lumineuse Trapus fugitifs

La dernière salle déploie des créations des deux dernières décennies. Elles évoquent la science et la vie (comme Le trou noir et L’escargot géomètre), l’histoire de l’art ou la spiritualité. Enfin, on retrouve la série marquante de Cozic : son Code Couronne élaboré en 2006, qui combine esthétisme, prose et jeu. Une installation interactive permet d’ailleurs au visiteur de jouer au Mot caché avec une grille créée en Code Couronne.

Ayant appliqué le Code Couronne à la poésie et à la musique (le concert Code Couronne en synesthésie sera présenté à l’auditorium du pavillon Lassonde du MNBAQ le 9 novembre à 20 h), Cozic confie vouloir le pousser plus loin, en l’appliquant à d’autres domaines artistiques. À suivre… 

L’expo est accompagnée d’un audioguide original. Il s’agit d’une balade parmi les œuvres commentée par Yvon Cozic et Monic Brassard. Très bonne façon de terminer la visite… en refaisant le parcours différemment. On regrettera toutefois le manque de photographies dans cette exposition. Notamment celles des performances et des installations extérieures de Cozic, un pan important de leur production. 

La rétrospective demeure une réussite. Bravo à l’audace du MNBAQ d’avoir mis la pratique unique de Cozic sous les projecteurs ! Une pratique qui découle d’une « lente acclimatation de l’un pour l’autre », dit Yvon Cozic, « et d’une grande liberté », ajoute Monic Brassard. Mais quelle est la recette de Cozic pour avoir su créer et rester ensemble pendant plus d’un demi-siècle ? 

« Il y a l’amour d’abord et la communication franche, répond Yvon Cozic. Sans séparer l’action de créer de l’action de vivre ! Mais je ne sais pas si c’est une recette ! » 

PHOTO IDRA LABRIE, FOURNIE PAR LE MNBAQ

Yvon Cozic et Monic Brassard, lors de la visite de presse, mercredi dernier, de la rétrospective consacrée au duo Cozic par le Musée national des beaux-arts du Québec, dans la Vieille-Capitale

Cozic. À vous de jouer. De 1967 à aujourd’hui, au Musée national des beaux-arts du Québec, à Québec, jusqu’au 5 janvier