ELEKTRA, le festival international d’art numérique, présente sa 20e édition cette semaine à Montréal. Avec de nouvelles œuvres immersives ou performatives et des versions améliorées de créations qui ont marqué les éditions précédentes de cet événement qui a su, année après année, métisser la nouveauté.

Éric Clément Éric Clément
La Presse

ELEKTRA est une histoire de métissage. Dans les années 90, le compositeur de musique électronique Alain Thibault a commencé par « dévoyer » l’Association pour la création et la recherche électroacoustiques du Québec (dont il était le directeur artistique) pour ajouter des présentations vidéo aux concerts présentés à l’Usine C. Puis, en 1999, il lance ELEKTRA afin de greffer à la musique, à la fois l’image numérique, la robotique, le théâtre, la danse et la performance.

ELEKTRA s’est ainsi évertué, au fil des ans, à présenter des œuvres illustrant l’influence des nouvelles technologies sur l’art numérique. « J’ai toujours considéré qu’on avait un mandat évolutif, dit Alain Thibault en entrevue. Travaillant beaucoup avec des artistes visuels, on est passés d’un festival d’art électronique à un festival d’art numérique. Ce que ça va donner à l’avenir ? On ne le sait pas. Tout évolue vite. On vit une époque intéressante et transitoire. »

ELEKTRA a connu le passage de l’électronique analogique au numérique, ainsi que la montée du web, une transformation qui a changé la donne de l’art au sens large. « Le changement s’est fait du point de vue esthétique et opérationnel, dit Alain Thibault. Aujourd’hui, ça part dans tous les sens. De ce fait, on distingue la création numérique de la créativité numérique. La création numérique, ce sont les outils numériques qui sont entrés dans le processus de création des artistes, alors que la créativité numérique, c’est du divertissement. »

PHOTO JACOB KRIST, FOURNIE PAR ELEKTRA

Ergonomics, de Rocio Berenguer (2017-2018)

ELEKTRA est donc de retour à l’Usine C cette année. Outre les quatre créations incontournables de cette 20e édition, le festival propose la fiction chorégraphique Ergonomics, de l’artiste espagnole Rocio Berenguer, jeudi à 21 h, à l'Usine C. Au même endroit et à la même heure, l’artiste numérique québécoise Myriam Bleau propose sa performance Eternity Be Kind, en collaboration avec l’artiste virtuel LaTurbo Avedon. « Une mise en abyme collective », promet-on.

Pendant toute la semaine, les visiteurs de l’Usine C pourront interagir avec Colonisateur sonore, nouvelle installation d’art robotique de Jean-Pierre Gauthier. L’installation vidéo Co(AI)xistence, de l’artiste française Justine Émard, sur l’interaction sensuelle entre un danseur et un robot, sera par ailleurs présentée à la Cinémathèque québécoise jusqu’au 25 août.

Enfin, Alain Thibault suggère de ne pas rater, samedi à 21 h à l’Usine C, la version retravaillée de la création Laser Sound Performance, de l’artiste néerlandais Edwin van der Heide. « La meilleure performance laser et son que j’ai vue de ma vie, dit le directeur artistique d’ELEKTRA. C’est à la fois beau et fort. À ne pas manquer. »

ELEKTRA XX, à l’Usine C, à la SAT (jusqu’à dimanche) et à la Cinémathèque québécoise (jusqu’au 25 août)

Consultez le site du festival : elektramontreal.ca

Quatre incontournables d’ELEKTRA XX

FEED.X de Kurt Hentschläger (Autriche)

PHOTO FOURNIE PAR ELEKTRA

Vue de l’expérience immersive FEED.X, de l’artiste autrichien Kurt Hentschläger, qui sera présentée à l’Usine C, jeudi, vendredi et samedi à 23 h.

À l’Usine C jeudi, vendredi et samedi, à 23 h

Première nord-américaine de la très attendue version « amplifiée » de FEED que Kurt Hentschläger a présenté à ELEKTRA en 2007, 2008 et 2011. Une performance immersive et sensorielle de 45 minutes, le tout dans un environnement artificiel. À la fois collective et individuelle, elle combine modulations sonores de basse fréquence, vidéos 3D et effets lumineux. L’immersion dans une telle architecture kaléidoscopique peut conduire à l’extase ou à une expérience spirituelle, avertit Alain Thibault.

Repeat de Louis-Philippe Demers (Canada)

PHOTO FOURNIE PAR ELEKTRA

Repeat, de Louis-Philippe Demers (2019)

À l’Usine C jeudi, vendredi et samedi, à 20 h

Repeat associe quatre danseurs et un système d’exosquelette. Réalisée par Louis-Philippe Demers (coauteur avec Bill Vorn de la performance robotique Inferno), l’œuvre est une réflexion sur la robotisation et l’intelligence artificielle. Elle essaie de représenter les mouvements de danse d’un corps mi-humain, mi-robot, corps dit « augmenté » qui imite les duos de danseurs de ballet en les rendant reproductibles. « Ce n’est pas de la fiction, c’est le futur promis à l’ouvrier humain », dit son créateur.

Sending.movement 2.0 de NSDOS (France)

PHOTO HUGUES PASCOT, FOURNIE PAR ELEKTRA

Sending.movement 2.0, de NSDOS (2019)

À l’Usine C vendredi, à 21 h

Le musicien électronique français NSDOS (alias Kirikoo Des) est de retour à Montréal (après sa participation à la 4e Biennale d’art numérique, l’an dernier) avec sa dernière performance, Sending.movement 2.0. Elle combine danse et analyse numérique des mouvements que NSDOS fait sur scène et aboutit à la création d’une musique en temps réel. En pleine expansion médiatique, NSDOS était en résidence artistique, l’automne dernier, au Palais de Tokyo, à Paris.

Falaises d’Alexis Langevin-Tétrault, Guillaume Côté et Dave Gagnon (Canada)

PHOTO BRUNO DESTOMBES, FOURNIE PAR ELEKTRA

Falaises, Alexis Langevin-Tétrault (audio), Guillaume Côté (audio) et Dave Gagnon (visuel) (2018-2019)

À l’Usine C vendredi, à 21 h

En clôture de cette 20e édition, l’Usine C accueillera la performance audiovisuelle Falaises des artistes québécois Alexis Langevin-Tétrault, Guillaume Côté et Dave Gagnon. La création récente du trio évoque, dans un jeu d’ombrages et d’effets visuels, « une tempête lumineuse au bord de l’abîme ». « C’est assez fabuleux », estime Alain Thibault, directeur artistique d’ELEKTRA.