Face à face, les silhouettes allongées créées au siècle dernier par Alberto Giacometti dialoguent avec des chefs-d'oeuvre de Velazquez, El Greco ou du Tintoret, dans une exposition qui s'ouvre mardi au musée du Prado à Madrid.

AGENCE FRANCE-PRESSE

Les figures imaginées par le défunt artiste suisse (1901-1966) «intègrent, enrichissent et font mieux connaître» les oeuvres classiques, a expliqué lundi à la presse la commissaire de l'exposition Alberto Giacometti au Musée du Prado.

La volonté du musée est que «Giacometti se promène dans Le Prado de la façon la plus naturelle» qui soit, a insisté Carmen Giménes.

Dans une des salles les plus visitées du musée madrilène bicentenaire, L'Homme qui marche et deux autres de ses sculptures intitulées Grande femme forment un demi-cercle devant les célébrissimes Ménines (1656) de Diego Velázquez.

Dans une autre, un bronze de 1950, Le chariot - représentant une femme filiforme debout sur un char aux très grandes roues - est placée juste en face de l'imposant Portrait équestre de Charles Quint à Mühlberg, huile sur toile peinte par Le Titien en 1548.

L'exposition, comportant 18 sculptures et deux huiles sur toile, est visible dans la capitale espagnole jusqu'au 7 juillet.

«Nous avons voulu faire un clin d'oeil à l'histoire, inviter l'un des grands artistes du XXe siècle», qui était amoureux des grands maîtres et des musées comme le Louvre, «mais qui ne nous avait jamais rendu visite», a indiqué le directeur du Prado, Miguel Falomir.

Le fait que Giacometti ne soit jamais venu en Espagne ne signifie pas qu'il n'ait pas connu les oeuvres du Prado, au contraire: en 1939, il avait contemplé à Genève ses collections qui y avaient été transférées pour les sauver des bombes de la guerre civile espagnole.

Dans les carnets de dessin de l'artiste, figuraient ainsi des reproductions d'oeuvres d'El Greco, Velázquez, Goya ou Durero.

L'exposition ne confine pas les oeuvres de Giacometti dans une salle spécifique mais au contraire les répartit «dans certains des espaces les plus chargés de sens et d'histoire du musée», a fait valoir M. Falomir.

Une finissime Grande femme debout (1948-49) se hausse ainsi au centre d'une salle consacrée au Greco.

Les oeuvres présentées, issues de collections privées et publiques, sont un échantillon de sa création de la fin de la Seconde Guerre mondiale en 1945 jusqu'à sa mort en 1966.