Ancien patron d'une boîte de communications, André Desjardins s'est jeté corps et âme dans l'art en 2001. Le peintre et sculpteur de Magog s'est tourné vers les États-Unis en 2008, et il est parvenu à s'y faire un nom et une solide réputation. Après 10 ans d'euphorie américaine, il a maintenant des idées d'expansion en Europe...

ÉRIC CLÉMENT LA PRESSE

Oser. Si on devait choisir un mot pour définir André Desjardins, ce serait oser. Après ses études en design graphique à l'Université du Québec à Montréal (UQAM), il a fondé une boîte de communications en 1988. Quatorze ans plus tard, il a tout laissé tomber pour revenir à ses premières amours: l'art. Puis, il est parti tester le marché américain en 2008. Un défi qui s'est avéré payant. 

«Entre 2003 et 2007, j'avais vendu beaucoup de tableaux à Montréal, dit-il. Mais avec Hélène [Bélanger-Martin], qui est devenue ma femme, on voulait savoir comment mon travail serait perçu aux États-Unis. On a investi 25 000 $ et on a loué un kiosque à l'Artexpo de New York...» 

Gros lot

Des 26 peintures exposées à cette foire, il espérait en vendre 4. Il a tout vendu! Et le gros lot, André Desjardins l'a touché le dimanche, quand l'agence d'artistes Masterpiece Publishing est passée à leur kiosque... Peu après, il signait un contrat de 10 ans avec cette agence de Los Angeles connectée à des centaines de galeries et qui n'avait jamais représenté de peintre canadien. 

Il a connu un succès fou aux États-Unis. «J'y suis allé au moins 100 fois, dit-il. Masterpiece m'a permis de faire près de 50 vernissages. Ils ont aussi beaucoup investi dans l'ouverture, en 2009, de notre galerie montréalaise, Roccia, qu'on a transférée à Magog en 2017.» 

Grâce à Masterpiece, André Desjardins a énormément vendu au sud de la frontière et en Asie. «La demande était infernale. Par exemple, le galeriste Paul Zuger faisait tourner mes oeuvres partout. Aspen, Vail, Denver, Houston, Dallas. C'était parfait.»

Corno

Mais le rythme était devenu trop intense. L'an dernier, André Desjardins n'a pas renouvelé son contrat, choisissant de voler de ses propres ailes et de se donner une année de transition. Jusqu'à la mi-mai, il expose 11 sculptures dans le Vieux-Montréal, à la galerie Corno. 

Morte en 2016, la peintre Corno a joué un rôle notoire dans sa carrière.

«Une de ses toiles que j'avais vue au Whisky Café, dans le Mile End, m'a inspiré, dit-il. C'est tellement fougueux et libre. Et puis, j'ai appris de Corno de ne pas avoir peur. Elle fait un dessin, tout est beau, mais elle ajoute un splash qui pourrait tout gâcher! Ben non! C'est ça qui est beau, fort et différent.»

Intériorité

André Desjardins aime le corps et ses mouvements. Comme Corno. Mais dans un style moins coloré et avec plus d'intériorité. Ses agents californiens ont d'ailleurs qualifié sa signature d'«émotionnisme visuel», une expression qu'il trouve ampoulée. 

Cela dit, ses oeuvres sont apaisantes. Cet adepte de la méditation peint et sculpte l'âme, inspiré par des forces tranquilles, solides et rassurantes, «des êtres de bienveillance et de protection», dit-il. Comme le montre sa série des Gardiens, des sculptures qui évoquent notamment son père, un être protecteur et fort, mort quand il avait 12 ans.

PHOTO FOURNIE PAR L'ARTISTE

Exposition d'André Desjardins au Coral Springs Museum of Art,
 en Floride, en 2014

Androgynie

Les bronzes d'André Desjardins ont également des traits fins, souvent androgynes. «Quand tu sculptes un état d'âme, un état d'être, le genre disparaît, dit-il. Quand je sculpte, j'ai le sentiment de plus dessiner que quand je peins. La ligne en sculpture est franche alors que quand je peins, j'utilise mes mains, des pinceaux et des chiffons.» 

André Desjardins a sculpté une trentaine de bronzes dans sa carrière, dont la monumentale Recevoir Héroïque, installée dans des jardins privés au Canada et aux États-Unis, mais aussi en environnement urbain, comme à Shanghai, en Chine. 

Objectif Europe 

En 2009, le magazine américain Art Business News avait ciblé le peintre et sculpteur comme étant l'un des 10 artistes émergents les plus prometteurs aux États-Unis. 

Dix ans plus tard, son regard se tourne maintenant vers l'Europe. Mais le marché y est différent. Aux États-Unis, ses sculptures sont éditées jusqu'à 55 exemplaires. En Europe, les éditions sont plus restreintes, huit au maximum.

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

Le parcours (série Oser être libre), 2018, André Desjardins,
 33 po x 18 po x 12 po, Édition 3/8

Planification 

Il y a quelques semaines, André Desjardins et sa femme étaient au Mexique pour planifier leur avenir. Ils ont élaboré des plans pour agrandir leur galerie. 

André a dessiné les croquis de ses futures sculptures. Il veut maintenant se faire plus connaître au Québec. 

«J'ai le goût de répondre à des appels d'offres d'art public, dit-il. De travailler avec de nouvelles galeries, ici, à Toronto, dans l'Ouest canadien. En Europe, on a commencé à se créer des contacts. En Italie, à Londres, à Genève.» 

André Desjardins a aussi le goût de prendre un peu plus son temps après des années de frénésie. Mais il doit continuer de créer. «Mes dernières sculptures sont presque toutes vendues, alors si je trouve une galerie en Europe, ça me prend du stock! Donc j'entame une nouvelle période de création!»

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

Silence, 2012, André Desjardins, bronze, 28 po x 20 po x 24 po. «Une pièce de vent, de liberté, d'acceptation», dit l'artiste.

André Desjardins en quelques dates

1964: Naissance à Hauterive (Côte-Nord) 

1983: Études en design graphique à l'UQAM 

1988: Création de sa boîte de communications 

2001: Virage vers les arts visuels 

2003-2007: Expositions au Monument-National 

2008: Début de sa carrière aux États-Unis

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

Le Gardien IV, 2018, une sculpture en bronze d'André Desjardins encadrée par deux peintures de Corno, une artiste qui a profondément inspiré le sculpteur de Magog.