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Vidéos d'art: en anglais, sans sous-titres

Le Musée d'art contemporain présente en ce moment... (Photo Patrick Sanfaçon, La Presse)

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Le Musée d'art contemporain présente en ce moment Manifesto, l'oeuvre impressionnante de l'Allemand Julian Rosefeldt composée de vidéos en anglais mettant en vedette Cate Blanchett.

Photo Patrick Sanfaçon, La Presse

Manifesto, de Julian Rosefeldt, au Musée d'art contemporain. Liminals, de Jeremy Shaw, au Musée des beaux-arts. Nada: Act III et Tear Down and Rebuild, de Jasmina Cibic, à la fondation DHC/ART. TimeTravellerTM, de Skawennati, et Tulip Fever, d'Ed Fornieles, lors de la dernière Biennale internationale d'art numérique. Autant d'oeuvres d'art vidéo diffusées sans sous-titrage en français. Une tendance dans les lieux d'exposition de Montréal...

POURQUOI ONLY IN ENGLISH?

La langue de l'art contemporain est plus que jamais l'anglais. Il suffit de voyager pour le constater. La vidéo est aussi de plus en plus prisée par les artistes contemporains. «On voit plus d'oeuvres d'art vidéo en anglais qu'auparavant dans les musées et dans les centres d'artistes de Montréal», constate Lesley Johnstone, commissaire et conservatrice au Musée d'art contemporain de Montréal (MAC). 

Cette présence grandissante de vidéos d'art en anglais dans les lieux d'exposition québécois n'est pas contraire à la loi. Julie Létourneau, porte-parole de l'Office québécois de la langue française, explique que «l'expression culturelle n'est pas visée par la Charte de la langue française». Les oeuvres d'art vidéographiques en anglais peuvent donc être légalement exposées sans être traduites.

L'été dernier, lors de la dernière Biennale internationale d'art numérique (BIAN), des vidéos étaient diffusées sans sous-titrage en français, dont celles de l'artiste mohawk Skawennati et du Britannique Ed Fornieles. 

«Les artistes n'aiment pas voir de mots sur leur visuel, dit Alain Thibault, directeur artistique de la BIAN. Et je dois avouer que pour Skawennati, quand j'écoutais sa vidéo, je décrochais car je ne comprenais pas tout.»

«Une bonne réflexion à avoir»

Au Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM), lors de la Biennale de Montréal de 2016, l'Américain Kerry James Marshall avait refusé la traduction en français de sa bande dessinée que le musée avait fait faire. Pour comprendre la bédé, l'unilingue francophone devait se contenter de panneaux explicatifs.

Actuellement, le MBAM projette Liminals, de l'artiste canadien Jeremy Shaw, une vidéo diffusée en anglais seulement et parfois difficile à saisir car Shaw a voulu donner l'impression d'un vieux film tourné en 16 mm. 

En entrevue, il convient que l'anglais est un peu «abrasif» dans Liminals pour un public non anglophone. 

«Je souhaitais que les personnages aient l'air d'être d'un autre temps. Des sous-titres auraient interféré avec cette impression.»

La directrice générale du MBAM, Nathalie Bondil, estime que la question de la traduction est «une bonne réflexion à avoir». «Ça dépend de l'oeuvre, dit-elle. Pour Liminals, on ne peut pas mettre de surtitrage, comme à l'opéra. Ce ne serait pas possible, compte tenu des exigences de l'artiste par rapport aux conditions de présentation. Et ça interférerait avec l'intégrité de l'oeuvre. Par contre, on pourrait traduire le propos et le mettre sur des feuillets pour la visite. Je vais y réfléchir.» 

Les feuillets de Manifesto 

La traduction des textes sur des feuillets est la solution que le Musée d'art contemporain a choisie pour Manifesto, l'oeuvre impressionnante de l'Allemand Julian Rosefeldt, actuellement à l'affiche au MAC. L'actrice australienne Cate Blanchett y déclame en anglais des extraits de manifestes artistiques célèbres. 

Des feuillets plastifiés contenant la traduction de ces extraits ont été placés près des 12 écrans de diffusion de Manifesto ou sont vendus pour le prix de 1 $ à la boutique du musée. Le MAC estime qu'il aurait été trop coûteux d'imprimer ces extraits et de les rendre disponibles pour tous les visiteurs.

Ces traductions sont nécessaires afin de bien comprendre Manifesto, une oeuvre complexe, compte tenu de l'accent de l'actrice, de la rapidité de son jeu et de l'aspect touffu du texte. Pour pleinement apprécier les 12 films de Julian Rosefeldt, il faut en effet être capable de saisir les relations très subtiles, et parfois humoristiques, qu'il a établies entre le texte et l'image. 

«Même pour un anglophone, cela peut être difficile de comprendre car Manifesto est une oeuvre exigeante qui demande une grande attention», dit Lesley Johnstone. La conservatrice du MAC dit que le musée est «hyper sensible» à ce problème de vidéos diffusées seulement en anglais qui génère régulièrement des plaintes des visiteurs. 

Lors de l'exposition de l'Islandais Ragnar Kjartansson, en 2016, le musée avait reçu bien des reproches à propos d'une de ses vidéos projetées en anglais. 

«On ne pouvait pas tout traduire, donc on avait fait des synopsis, comme on l'a fait aussi pour l'expo de Lizzie Fitch et Ryan Trecartin, dit Lesley Johnstone. Chaque fois, on se demande comment on peut rendre le contenu disponible en français. La réflexion se fait avec les artistes. Pour Manifesto, Julian n'a pas voulu de sous-titrage. Pour des raisons visuelles et à cause de la complexité de la synchronisation des images.» 

La médiation est clé

Selon Annie Gauthier, directrice des collections et de la recherche au Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ), la médiation est la clé pour toute présentation qui implique la question linguistique. «On ne doit pas s'aliéner une partie de notre public, dit-elle. Une oeuvre d'art sert à communiquer quelque chose. Si on n'y comprend rien, il y a un problème.» 

La langue d'expression de la vidéo d'art peut devenir un critère quand on considère l'exposition d'une oeuvre, croit d'ailleurs Louise Déry, directrice de la galerie de l'UQAM.

«Si je programmais une expo avec un contenu à 100 % en anglais, j'aurais certainement des réactions.»

«En même temps, notre public cible, c'est les jeunes. Ils doivent apprendre l'anglais, précise-t-elle. Donc, c'est une préoccupation, cela prend des solutions ou sinon on n'expose pas.»

La fondation DHC/ART expose en ce moment des oeuvres de l'artiste slovène Jasmina Cibic. Un des films est seulement en français et deux autres, Nada: Act III et Tear Down and Rebuild, uniquement en anglais, sans sous-titrage. La commissaire Cheryl Sim assure qu'une traduction a été effectuée et sera bientôt disponible. 

Enfin, chez Vox, un centre d'artistes montréalais, on ne traduit pas les vidéos d'art systématiquement. À cause du coût. «Chaque fois, on essaie de trouver des solutions, dit Marie-Josée Jean, directrice de Vox. On a ainsi diffusé une oeuvre de Skawennati destinée à un jeune public, en français et en anglais, après avoir obtenu le financement nécessaire.» 

Au moment d'écrire ces lignes, l'entretien avec Skawennati diffusé sur le site de Vox était toutefois seulement en anglais. «Mais il sera sous-titré», assure Mme Jean.

«Le Ministère ne compte aucun programme d'aide financière... (Photo François Roy, La Presse) - image 2.0

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«Le Ministère ne compte aucun programme d'aide financière visant spécifiquement à soutenir la traduction d'oeuvres d'art cinématographique pour les musées ou les galeries d'art, indique Annie LeGruiec, porte-parole du ministère de la Culture et des Communications du Québec.

Photo François Roy, La Presse

DES TRADUCTIONS COÛTEUSES

Institution publique, le Musée d'art contemporain de Montréal aimerait pouvoir traduire systématiquement les oeuvres d'art numériques unilingues anglaises qu'il présente. Mais le coût de cette opération est très élevé. Pour Manifesto, la distribution de plusieurs dizaines de milliers de feuillets traduits aux visiteurs aurait représenté quelque 20 000 $, selon la commissaire et conservatrice du MAC, Leslie Johnstone. 

«On a des compressions du gouvernement du Québec, dit-elle en entrevue. Et il ne fournit aucune aide financière pour aider à la traduction.» 

Le ministère de la Culture et des Communications du Québec a confirmé à La Presse ne pas financer la traduction d'oeuvres diffusées en anglais. 

«Le Ministère ne compte aucun programme d'aide financière visant spécifiquement à soutenir la traduction d'oeuvres d'art cinématographique pour les musées ou les galeries d'art», indique Annie LeGruiec, porte-parole du ministère de la Culture et des Communications.

«Sachez toutefois que, dans le cadre de certains appels de projets, la traduction peut faire partie des dépenses admissibles», précise-t-elle. 

Il n'y a qu'Ottawa, semble-t-il, qui finance clairement la traduction des oeuvres d'art numériques dans une des deux langues officielles. «Pour notre exposition en ligne 150 ans | 150 oeuvres: l'art au Canada comme acte d'histoire, on a fait traduire tous les extraits vidéo grâce à une subvention du ministère du Patrimoine canadien», dit Louise Déry, commissaire et directrice de la Galerie de l'UQAM.

La porte-parole du ministère du Patrimoine canadien, Martine Rondeau, explique qu'en vertu de la Loi canadienne sur les langues officielles, «il incombe à toutes les institutions fédérales de veiller à favoriser l'épanouissement des minorités francophones et anglophones du Canada et à appuyer leur développement, ainsi qu'à promouvoir la pleine reconnaissance et l'usage du français et de l'anglais dans la société canadienne». 

Elle rappelle que les musées d'art, à l'exception des musées nationaux, peuvent soumettre au fédéral des demandes de financement pour des projets précis à travers le Programme d'appui aux musées. Ce financement peut couvrir les frais de traduction. 

Martine Rondeau ajoute que le sous-volet Appui à l'interprétation et à la traduction du programme Mise en valeur des langues officielles aide les organismes sans but lucratif qui veulent «offrir des services dans les deux langues officielles lors d'événements publics et diffuser des documents disponibles dans les deux langues officielles».

Toutefois, selon Marie-Josée Jean, directrice de Vox, il y a des contraintes quand on fait des demandes de subventions, par exemple de devoir placer le contenu traduit sur l'internet, ce qui ne se prête pas à un contenu d'exposition, dit-elle. 

«Donc, on est obligés de financer la traduction avec nos propres ressources, dit Mme Jean. C'est un problème. En plus, on apprend que des musées et des centres d'art se mettent à traduire les oeuvres dans les langues amérindiennes...»

Réaction de Québec

Nathalie Roy, ministre de la Culture et des Communications du Québec et ministre responsable de la Langue française indique que: «le gouvernement du Québec doit faire preuve d'exemplarité en matière de respect de la primauté du français et cela vaut aussi pour toutes les sociétés d'État, dont le Musée d'art contemporain. Une traduction des oeuvres devrait toujours être mise à la disposition du public. Il en va de l'accessibilité de l'art et de la culture dans notre langue commune, le français.»




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