Difficile de rendre l'exubérance de la Cité des Doges au XVIIIe siècle, bigarrée, raffinée et finissante: une exposition au Grand Palais réussit ce pari en réunissant les plus grands maîtres vénitiens, mais aussi de la musique, du mobilier, du théâtre et même de la danse.

Mis à jour le 26 sept. 2018
JEAN-LOUIS DE LA VAISSIERE AGENCE FRANCE-PRESSE

Jusqu'au 21 janvier, le musée parisien accueille Éblouissante Venise: Venise, les arts et l'Europe au XVIIIe siècle.

Piazzetta, Tiepolo père et fils, Canaletto, Guardi, Pellegrini, Ricci, Carriera, Longhi... Ces maîtres ont dépeint sans fin l'ambiance des canaux, des palais, des églises et des places de la Sérénissime. Pour certains, ils ont tellement séduit les visiteurs étrangers que ceux-ci les ont invités à apporter le raffinement vénitien jusque dans leurs pays, en Angleterre, France, Allemagne.

Le pari qu'ont osé la commissaire Catherine Loisel, conservatrice générale du patrimoine, et la directrice artistique, Macha Makeïeff, chargée de la scénographie, était de sortir du conventionnel pour restituer l'atmosphère de la Cité des Doges: elles ont bien mis en scène son théâtre permanent sur les places, comme le montrent des peintures foisonnantes de personnages truculents.

Les mercredis soirs, des performances de théâtre, musique et danse seront présentées pour restituer la sensualité de ce tableau vivant. Ces nocturnes incluront des séances de musiques improvisées et de musiques contemporaines.

Un monde qui se défait

Giandomenico Tiepolo, un des fils de Giambattista Tiepolo, moins connu que son père, laisse un chef-d'oeuvre en 1797, dernière année de cette période baroque et glorieuse: dans des couleurs pâles, sa fresque Polichinelles et saltimbanques dit tout de la dérision et de l'inquiétude sourde d'un monde qui se défait.

Cette même année, l'intervention de Napoléon Bonaparte provoquera la chute de la République de Venise, dont le pouvoir et l'économie s'étaient peu à peu sclérosés.

Cette exposition, souligne Mme Makeïeff, montre «la place de la théâtralité à Venise: tout y est affaire de regard, de qui regarde qui». Regards de moquerie, de convoitise, alors que la rigueur du pouvoir s'exerce sur les Vénitiens et que fourmillent les intrigues: alors, on se travestit, on livre sa fortune aux jeux de hasard, on fait la fête en musique, on écoute le castrat Farinelli pour oublier.

Dans ce contexte d'affinement général du regard, joue la fascination pour le «Mondo Novo», une sorte de lanterne magique qui montre les palais vénitiens différents de nuit et de jour à partir des mêmes gravures. La magie des miroirs optiques est alors une des grandes attractions.

À mesure qu'il progresse dans l'exposition, le visiteur va se sentir dans un salon, avec un jeu de miroir, une porte peinte de riches motifs, un fauteuil incrusté de verre bleu de Murano. Accompagné des musiques de Porpora et de Vivaldi, il va se laisser impressionner par le luxe des costumes (pour certains orientaux) ou intriguer par le port des masques lors des carnavals.

Un film est diffusé en boucle pour rendre, selon les propos de la scénographe, «la sensation organique, la poétique du délitement, la corrosion» de la cité des Doges: on y voit le clapotis permanent des flots verts, alors que les cloches sonnent à toute volée.

«Au XVIIIe siècle, son régime politique qui la distingue des monarchies, ses traditions artistiques et musicales la rendent singulière et attirante», relève Catherine Loisel. Mais, dans le même temps, «Venise a épuisé ses forces».