Ce qui se fait de mieux en art urbain à Montréal sera exposé dès jeudi à la promenade des Artistes, au centre-ville. On pourra y voir les oeuvres de 16 artistes locaux, dont les célèbres Labrona, Zilon, Roadsworth, Miss Me et Her. La Presse a rencontré des artistes participant à cet événement intitulé Surfaces, lors de leur phase de création.

Mis à jour le 20 août 2018
ÉRIC CLÉMENT LA PRESSE

Le Partenariat du Quartier des spectacles organise chaque hiver des expos dans le cadre de Luminothérapie. Durant l'été, les espaces autour de la place des Festivals sont pris par les événements culturels. Et à l'automne, ils sont un peu vides. Afin d'animer la promenade des Artistes (située entre la Maison symphonique et le pavillon Président-Kennedy), le Partenariat a réuni, pour la première fois à la même table, le monde montréalais du graffiti, du tag et de la murale. 

«On voulait exposer d'autres types d'artistes au centre-ville», dit Pascale Daigle, directrice de la programmation au Partenariat. «Et s'associer avec des organismes qui connaissent ça, l'art urbain. Les groupes ont accepté d'emblée et sont devenus les véritables commissaires de l'événement.»

Ces groupes phares de l'art urbain à Montréal, ce sont Under Pressure, LNDMRK, MASSIVart, MU, Ashop et Artgang. Mais il n'était pas évident de mettre tout ce beau monde ensemble, chacun menant son chemin à sa façon. Mais ça s'est bien passé, dit Fluke, artiste fondateur dAshop, qui s'est occupé de la gestion des artistes et de la préparation de l'événement. 

«Même si Montréal est une cour d'école, il y a eu des connexions inédites dans ce projet-là, dit-il. S'asseoir à la même table, c'est weird, mais ç'a été positif et on a pu se découvrir. Labrona habite à trois coins de rue d'Ashop et on ne s'était jamais vus alors qu'on se connaît depuis 20 ans!» 

Les organisateurs de l'événement ont souhaité que les artistes soient représentatifs de la diversité montréalaise. D'où la présence de plusieurs femmes, dont une anishinaabe, Cedar-Eve, une artiste d'origine suisse, Miss Me, une d'origine chilienne, Shalak Attack, une d'origine française (Klor du duo 123Klan) et une autre d'origine péruvienne, Her. 

Les artistes choisis ont réalisé leurs oeuvres dans les locaux d'Ashop, dans Hochelaga. Celles-ci seront placées en continu sur la promenade des Artistes, de la rue Jeanne-Mance à la rue Saint-Urbain, sur les infrastructures qui accueillent d'ordinaire d'autres activités, comme les balançoires de Mouna Andraos et Melissa Mongiat. 

Il y aura d'autres surfaces d'exposition, notamment un conteneur de 20 pieds de long qui sera utilisé par le duo d'artistes de 123KLAN. Un oeuvre sera créée in situ sur des blocs de béton par Roadsworth, et une voiture sera peinte en direct, demain et mercredi, par Garbage Beauty (Vincent Box et Romain Boz). 

«Ma démarche est basée sur les déchets, dit Romain Boz. Je fais de la calligraphie sur les déchets, pour leur donner un dernier souffle. Je vais mettre des punch line sur les pare-brise avant et arrière, dans les deux langues. Le reste de la carrosserie sera une saturation all over

Omen 

Pour le projet, Omen a dessiné une rose qui semble avoir été trempée dans du goudron et de la peinture, une oeuvre symbolique de 8 pieds sur 15 pieds, créée sur un panneau de contreplaqué avec du ciment pour donner l'impression que le dessin a été fait sur un mur de béton. Intéressant. 

Ashop

Ankh One et Monk.E, tous deux du collectif Ashop, se sont partagé une surface moitié-moitié. «Ankh One a élaboré la partie du cercle avec les nuages et moi, j'ai fait le jaguar, la femme et la calligraphie, dit Monk.E. On se complète bien, car on a une manière similaire de concevoir les couleurs et les compositions.» 

De son côté, Zek a créé une oeuvre de style graffiti très colorée qui contribue à la grande diversité de formes et de genres de cet événement. «On tenait à ce que toutes les pratiques d'art urbain soient représentées», dit Pascale Daigle. 

Labrona

Labrona a choisi un axe plus abstrait que d'ordinaire avec le dessin de deux doubles triangles dans lesquels on perçoit ses personnages aux yeux en amande. Le tout dans un quadrillage coloré de type tartan écossais, mais dans des couleurs vives. «Voir ton travail exposé comme ça en plein centre-ville de Montréal, c'est toute une occasion!», dit Labrona. 

Her n'avait pas terminé son oeuvre quand on l'a rencontrée chez Ashop. L'artiste d'origine péruvienne représente toujours la femme dans sa diversité. Pour cette occasion, elle a lancé un message d'amour avec de grands portraits de femmes. 

À noter qu'une oeuvre vidéo de trois minutes d'Axe Lalime et de Zoltan Veevaete, intitulée Pixel Vandal, sera projetée en boucle le soir sur la façade du pavillon Président-Kennedy de l'UQAM.

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Surfaces - l'expo d'art urbain, sur la promenade des Artistes, du 23 août au 28 octobre.

https://www.quartierdesspectacles.com/fr/evenement/207/surfaces-lexpo-dart-urbain/

Photo Marco Campanozzi, La Presse

L'oeuvre L'équilibre du nahual créée par Ankh One et Monk.E tire son origine d'une réflexion sur les Amérindiens du Mexique. La création parle de leurs animaux anges gardiens, les nahuals, et des rites d'initiation.