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André Michel: mettre un visage sur l'itinérance urbaine autochtone

Depuis près d'un demi-siècle, l'artiste André Michel, qui réside... (Photo Martin Chamberland, La Presse)

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Depuis près d'un demi-siècle, l'artiste André Michel, qui réside en Montérégie, met son talent et son temps au service des Premières Nations. En témoigne sa dernière exposition présentée à l'Écomusée du fier monde, à Montréal.

Photo Martin Chamberland, La Presse

L'artiste peintre André Michel expose à l'Écomusée du fier monde le fruit de deux années de travail passées auprès de membres des Premières Nations en situation d'itinérance à Montréal. Des dessins et des peintures sans complaisance qui évoquent ces autochtones devenus des « nomades citadins ».

L'univers autochtone, cela fait près d'un demi-siècle qu'André Michel le découvre, le côtoie, le partage et le promeut, sans se l'approprier pour autant, et ce, depuis que ses pas l'ont mené sur ceux des Premières Nations, quand cet Avignonnais de naissance s'est installé à Sept-Îles dans les années 70.

Depuis, il n'a de cesse de consacrer son temps et son énergie à leur cause. « Pour ne pas qu'ils disparaissent », dit-il.

C'est lui qui est à l'origine de la création, en 1975, du Musée de Sept-Îles, devenu plus tard le Musée régional de la Côte-Nord et qui, au départ, avait pour but de procurer un écrin aux nombreux objets d'art autochtone qu'il avait rassemblés.

Vingt ans plus tard, André Michel a créé le Musée des beaux-arts de Mont-Saint-Hilaire, puis, en 2000, la Maison amérindienne, fondée également au bord de la rivière Richelieu pour mettre en valeur les artistes autochtones.

« Dans leurs communautés, il n'y avait pas d'institutions pour exposer les artistes amérindiens du Québec, dit-il, et quand ils voulaient être montrés dans une galerie, il y avait tellement d'artistes non autochtones qu'ils n'étaient jamais choisis. »

On pourra difficilement accuser André Michel d'appropriation culturelle, tant il a travaillé, chassé, pêché et échangé avec ses amis amérindiens. Ce n'est pas un hasard si le catalogue de cette exposition intitulée Nomades ou itinérants - Peuples en danger a été rédigé par le commissaire autochtone Guy Sioui Durand et préfacé par Ghislain Picard, chef de l'Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador.

Sur les traces des autochtones 

André Michel a vadrouillé partout dans le monde pour faire le portrait d'autochtones, de l'Amérique latine jusqu'en Mongolie. Il a dessiné également bien des sans-abri, rencontrés à Tokyo, Séoul, Paris, New York ou encore Moscou.

« J'ai réalisé que la problématique de l'itinérance était la même à Montréal, Paris ou New York. Les gens se retrouvent dans la rue pour les mêmes raisons, à cause de la perte d'un emploi ou d'une séparation. Un jour, j'ai croisé à Montréal un autochtone itinérant que j'avais connu dans le Nord. »

- André Michel

Il a alors décidé d'aller voir ses amis du Centre d'amitié autochtone de Montréal et d'y faire du bénévolat, ce qui lui a permis d'aller à la rencontre de sans-abri autochtones. L'artiste a dormi dans la rue, partageant la réalité d'une cinquantaine d'autochtones sans abri. Il a alors convaincu une vingtaine d'entre eux d'accepter de participer à son projet pictural.

Sanguines et peintures

L'expo présentée à l'Écomusée du fier monde comprend 24 grands dessins à la sanguine et une dizaine de peintures à l'huile dont deux toiles de quatre pieds sur huit pieds représentant Paul, un géant autochtone qui a trouvé un emploi depuis, et Tommy, dessiné couché sur un banc public.

Les oeuvres d'André Michel sont magnifiques. Son trait est sûr, précis, d'une grande vérité, d'une belle humanité. Ses créations sont teintées de spiritualité, même si l'artiste d'origine française ne se prend pas pour un autochtone.

« Je ne fais que peindre des gens, dit-il. J'aime ces gens, mais je ne touche pas à leur spiritualité. C'est à eux. » 

« Dans ma tête, j'ai seulement décidé de laisser un témoignage d'un mode de vie qui est en train de disparaître et d'un mode de vie en train de se créer, soit cette itinérance urbaine. »

- André Michel

Il a souhaité mettre en valeur ces autochtones sans abri et le fait bien. Mais sans claironner les problèmes qu'ils rencontrent et leurs propres souffrances. Quand ils sont dessinés à côté d'une bouteille de bière ou de vin, c'est parce qu'ils ont insisté pour la conserver pendant qu'ils posaient.

Les portraits sont accompagnés de toiles qu'André Michel a peintes dans les années 70 et qui appartiennent à des collectionneurs. L'expo comprend aussi des objets qui témoignent de ses sorties dans les bois avec des Innus : un grand canot, des sacs en peau de phoque, des souliers tressés de perles, des raquettes, un porte-bébé, etc.

« Mettre le doigt sur le problème »

Peintre-ethnographe, André Michel ne cherche pas à vendre ses dernières toiles. Ce n'est pas l'endroit pour ça. Mais si on le contacte après l'expo et qu'il en vend quelques-unes, il reversera la moitié de ses gains à une épicerie qui ouvrira un compte pour que les sans-abri puissent venir y chercher de la nourriture. Mais pas de l'alcool.

« Le but de cette exposition est d'abord de mettre le doigt sur le problème de l'itinérance, dit-il. Faire en sorte que les gens en place soient plus sensibles et se posent des questions, car je pense qu'il faut avoir une approche différente avec l'itinérance autochtone. Et puis, le but est aussi de parler des autochtones, car, comme je dis souvent, plus on parle d'un peuple et plus il est difficile de le faire disparaître. »

Nomades ou itinérants - Peuples en danger, d'André Michel, à l'Écomusée du fier monde (2050, rue Amherst, Montréal), jusqu'au 26 août




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