Si vous avez déjà visité le Metropolitan Museum of Art de New York, vous avez sans doute déambulé dans les galeries d'art médiéval et byzantin, devant l'imposante grille de la cathédrale de Valladolid qui donne l'impression de monter jusqu'au ciel. C'est là que se déploie la première partie de l'ambitieuse exposition Heavenly Bodies : Fashion and the Catholic Imagination (Corps célestes : la mode et l'imaginaire catholique), une exposition qui s'intéresse, entre autres, à l'influence des vêtements ecclésiastiques sur la mode contemporaine.

Mis à jour le 31 juill. 2018
Nathalie Collard LA PRESSE

Au total, 55 créations des plus grands designers (Gaultier, Versace, Dolce & Gabbana, Dior, Valentino...) sont exposées ainsi qu'une quarantaine de pièces - tiares, mitres, capes, etc. - prêtées exceptionnellement par la chapelle Sixtine.

Comme un clin d'oeil à la trilogie du Père, du Fils et du Saint-Esprit, cette exposition des plus originales se décline dans trois lieux, dont l'Anna Wintour Costume Center, au sous-sol, ainsi que dans les Cloîtres du MET, dans le nord de Manhattan.

LA TOUCHE DE DIEU

Les univers de la mode et de la religion n'ont pas grand-chose en commun. D'un côté, l'extravagance et la créativité. De l'autre, l'austérité et la soumission. Mais les designers choisis par le curateur de l'exposition, Andrew Bolton, ont tous grandi dans la culture catholique, et l'influence est indéniable.

Dans la première salle, on admire des robes inspirées à divers degrés par l'iconographie catholique et les vêtements sacerdotaux. Dans une lumière scintillante, les robes lamées de Versace côtoient les gravures ornées d'enluminures. Plus loin, une tunique noire et austère de Dolce & Gabbana rappelle une soutane du sud de l'Italie. Rosaires, crucifix, chapelets... Les influences sont évidentes et il y a un véritable dialogue entre les vêtements et les oeuvres qui les entourent.

Certains morceaux sont carrément des commandes faites par les institutions aux créateurs de mode, comme cette vierge d'El Rocio imaginée par le grand Yves Saint Laurent pour la chapelle Notre-Dame-de-Compassion, à Paris. Cristaux et perles ornent magnifiquement la robe et le manteau de soie, de satin et de dentelles de Chantilly. La tiare, magnifique, a été conçue par le bijoutier parisien Goosens, qui a longtemps collaboré avec Chanel. Un peu plus loin, une robe de mariée Dior ornée d'ailes de dentelle diaphane a été confectionnée dans la tradition de l'école de Cuzco, un mouvement artistique catholique qui remonte au XVIe siècle. Dans un coin, un écran présente le défilé ecclésiastique du Roma de Fellini. La musique, envoûtante, ajoute à l'atmosphère solennelle de l'exposition.

LA MAÎTRISE DE L'ART

Un étage plus bas, dans les salles de l'Anna Wintour Costume Center, on peut examiner de près les morceaux prêtés par le Vatican. Sceptres dorés, capes de brocart, crucifix ornés de pierres précieuses. Quel faste ! On oublie que les dirigeants de l'Église catholique ont fait voeu de pauvreté. Mais quel savoir-faire ! Chaque morceau est une oeuvre d'art en soi. On aurait aimé en savoir plus sur les artisans qui ont conçu ces magnifiques morceaux et sur les techniques utilisées.

La pièce de résistance est sans aucun doute le manteau ayant appartenu à Benoît XV, pape de 1914 à 1922, offert par les Servantes du Sacré-Coeur. Au centre de la cape, on a reproduit l'Agneau de Dieu. Aux quatre coins, les animaux symboliques représentant les quatre évangélistes : le taureau ailé (Luc), l'aigle (Jean), l'ange (Matthieu) et le lion ailé (Marc). On dit que le pape Benoît XVI, qui a régné de 2005 à 2013 et qui était considéré par plusieurs observateurs comme une véritable carte de mode (!), a porté ce somptueux manteau à quelques reprises. Nous avons manqué de temps pour visiter la troisième partie de l'exposition présentée dans les Cloîtres appartenant au Musée, dans le nord de Manhattan, mais on en dit beaucoup de bien.

Une grande absente demeure : la femme. Disons que c'est l'éléphant dans la pièce. Car la plupart des vêtements présentés dans l'exposition sont féminins. Or, on sait la place (ou l'absence de place) que lui réserve la religion catholique. Il aurait été intéressant de creuser ce sillon qui aurait apporté une autre dimension à l'exposition. Mais il est clair que le but du conservateur n'était pas de choquer les visiteurs, mais bien de nous surprendre et de nous éblouir. Sur ce plan, c'est très réussi.

Jusqu'au 8 octobre au Metropolitan Museum of Art, à New York