Doué pour le dessin et inspiré par le pop art, le Montréalais Whatisadam a créé cette oeuvre sur le Plateau lors du dernier festival Mural. Une scène de camping rafraîchissante, remplie de références aux années 60...

ÉRIC CLÉMENT LA PRESSE

Qui est l'artiste? 

De son vrai nom Adam Vieira, Whatisadam vient de l'école du graffiti. Il a étudié à Concordia et a acquis un style qui mêle pop art et BD, reconnaissable grâce à ses éternelles boîtes de sirop d'érable qui rappellent celles de soupe Campbell d'Andy Warhol. Inspiré par les années 60 et les bandes dessinées de l'époque, le directeur artistique de la galerie d'art urbain Station 16 a choisi un nom d'artiste (Whatisadam) pour insister non pas sur qui il est, mais sur ce qu'il fait.

Rétro

Comme il n'y avait pas de parc près de l'intersection des avenues Coloniale et Duluth, Whatisadam a eu l'idée de créer une oeuvre liée à la nature. Summer 67 a une atmosphère un peu vintage, avec notamment un tourne-disque des années 70. «Vu qu'on est à Montréal, j'ai ajouté des touches québécoises: la boîte de sirop d'érable, les bouteilles de bière Labatt 50, la fleur de lys et les petits boutons d'Expo 67», dit-il. L'artiste a inscrit «WIA», l'abréviation de son nom d'artiste, à deux reprises, et reproduit sur la cuisse de la jeune fille à gauche le tatouage de rose qu'il porte sur le bras. Et on trouve un petit oiseau bleu et rouge, ses couleurs de prédilection.

Les personnages

Pour Summer 67, Whatisadam a représenté une jeune fille blonde, une jeune fille noire et une autre aux cheveux teints en rose pour illustrer la diversité montréalaise et canadienne. «Pour la jeune fille à gauche, vu qu'elle avait plein de tatouages, je voulais faire quelque chose de plus original pour ses cheveux, inspiré de ce qui se fait actuellement», dit l'artiste de 34 ans. «Des personnes m'ont dit qu'elles allaient se faire les cheveux comme ça!»

Whatisadam est de plus en plus invité à des festivals d'oeuvres murales, un peu partout sur la planète, mais son implication avec Station 16 lui prend beaucoup de temps. D'autant plus que la galerie montréalaise ouvrira dans quelques semaines une filiale à Denver. L'artiste y présentera à l'automne ses propres tableaux, en plein Crush Walls, festival d'art urbain de Denver pour lequel Station 16 apportera son expertise cette année et durant lequel se produiront pour la première fois des artistes canadiens.

Le fond orange

Le trio de personnages a été placé devant un fond orange traversé de graffitis. «Ce sont des tags qui viennent de Montréal, dit-il. Je prends souvent des photos de portes et de murs qui ont été tagués et je les utilise pour mes travaux.» Quelques jours après sa réalisation, Whatisadam a d'ailleurs constaté l'apparition d'un graffiti sur son oeuvre. Il l'a ôté avant de rencontrer La Presse. «J'avais reçu plein de messages de gens, notamment du quartier, qui me demandaient de venir réparer la murale, alors je l'ai fait.» Si le respect du travail des autres n'est pas toujours acquis en art urbain, il considère toutefois que «c'est les règles de la rue».

Photo David Boily, La Presse

Peinte sur la façade de la maison située à l'intersection de l'avenue Duluth et de la rue Coloniale, l'oeuvre murale Summer 67 de l'artiste Whatisadam décrit une scène de camping.

Whatisadam est content d'avoir réalisé son oeuvre dans le quartier portugais de la métropole, car ses parents d'origine portugaise ont grandi non loin de là. Il a mis sept jours à peindre Summer 67. Très visible, l'oeuvre circule déjà beaucoup sur le web. «Chaque jour, je constate que trois ou quatre nouvelles photos de Summer 67 apparaissent sur les réseaux sociaux. Et depuis Mural, j'ai environ 100 personnes de plus qui s'abonnent à mon compte Instagram chaque semaine. C'est beaucoup!»

Commandite

Pour se financer, le festival Mural a fait commanditer ce mur par Roots Canada. «Ça ne m'a pas dérangé, car j'ai déjà travaillé avec eux et je partage leur vision et leur éthique, dit Whatisadam. Avec eux, je conserve ma liberté d'artiste.» Sur Summer 67, on reconnaît le castor de la marque sur un t-shirt, ainsi que le mot-clic #rootsiscanada dans le coin en haut à droite. Whatisadam dit travailler de temps en temps avec des entreprises privées, mais plus pour des projets de réalisation artistique à l'intérieur d'édifices, notamment dans des bureaux.

Photo David Boily, La Presse

Whatisadam a reproduit sur la cuisse d'un des personnages de Summer 67 le tatouage de rose qu'il porte au bras gauche.