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Jean-Michel Othoniel: la violence dans la légèreté

L'artiste français Jean-Michel Othoniel expose ses plus récentes créations... (Photo André Pichette, La Presse)

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L'artiste français Jean-Michel Othoniel expose ses plus récentes créations au Musée des beaux-arts de Montréal jusqu'au 11 novembre.

Photo André Pichette, La Presse

Éric Clément
La Presse

Le Musée des beaux-arts de Montréal expose, jusqu'au 11 novembre, cinq sculptures monumentales récentes de Jean-Michel Othoniel. Des tornades de perles en mouvement qui reflètent, avec élégance et spiritualité, les inquiétudes de l'artiste français, soucieux de l'état politique et environnemental de la planète.

Le Musée des beaux-arts (MBAM) avait acquis, il y a deux ans, Le noeud pivoine de Jean-Michel Othoniel, pour l'installer près d'une immense baie vitrée de son nouveau Pavillon pour la Paix Michal et Renata Hornstein. La sculpture suspendue constituée de 212 perles de verre miroité était une création multicolore dédiée à la beauté, à la jeunesse, à la joie et à l'espoir.

Mais depuis, le vent a tourné dans l'esprit créatif d'Othoniel. Si la maturité joue des tours à l'artiste de 54 ans, les intempéries de l'actualité internationale également. Ses créations des trois dernières années découlent d'une réflexion qui a débuté à la suite du séisme et du tsunami de 2011 qui ont provoqué l'accident nucléaire de Fukushima, au Japon.

Inquiétudes

«En tant qu'artiste, on ne peut pas être indifférent au monde», dit Jean-Michel Othoniel, inquiet des changements climatiques et de l'atmosphère politique mondiale dégradée des dernières années. «On est matraqués par des informations chaque jour plus atroces, ajoute l'artiste. Alors si mon travail a souvent été très autobiographique, aujourd'hui, il s'ouvre vers des préoccupations d'ordre global.»

Avec leur allure de tornades, les oeuvres exposées en bouquet dans le Carré d'art contemporain du musée sont donc un peu plus sombres que ce à quoi Jean-Michel Othoniel nous a habitués, même si elles incluent toujours une part de merveilleux.

Tornado, 2018, Jean-Michel Othoniel, inox poli, miroir. Avec l'aimable... (Photo André Pichette, La Presse) - image 2.0

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Tornado, 2018, Jean-Michel Othoniel, inox poli, miroir. Avec l'aimable concours de la galerie Perrotin.

Photo André Pichette, La Presse

«Ce noir qui arrive dans mon travail est pour moi aussi une source d'émerveillement et de curiosité, comme des formes qu'on découvre dans la nuit.»

Les perles de verre qui sont sa signature ont été remplacées par des boules métalliques qui donnent l'illusion du verre. Il a en effet utilisé de l'aluminium et de l'acier inoxydable, le métal ayant été martelé avant d'être poli et chromé pour qu'il acquière un fini réfléchissant.

Harmonie

Les sculptures sont toutes suspendues à un fil d'acier, après obtention d'un équilibre parfait qui en fait des oeuvres délicates, harmonieuses et à l'apparente légèreté malgré leur poids de 150 kg.

«Du point de vue technique, ce sont peut-être les oeuvres les plus complexes que j'ai réalisées, dit Jean-Michel Othoniel. Car comme elles sont suspendues à un seul point, elles pourraient se déformer sous leur propre poids. On a donc dû travailler en équipe, avec des ingénieurs et des programmeurs, pour que cela fonctionne, même si l'oeuvre peut paraître simple à première vue.»

Exposées plus tôt cette année à la galerie Perrotin, à Paris, ces «tornades» bougent s'il y a des courants d'air dans la pièce. Mais à Montréal, l'artiste a innové en ajoutant un système cinétique pour chacune d'elles qui les fait tourner comme des spirales, ce qui évoque notamment la double hélice de l'ADN.

Black Tornado, 2016, Jean-Michel Othoniel, peinture sur toile, encre... (Photo André Pichette, La Presse) - image 3.0

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Black Tornado, 2016, Jean-Michel Othoniel, peinture sur toile, encre sur feuille d'or blanc. Avec l'aimable concours de la galerie Perrotin.

Photo André Pichette, La Presse

DERVICHES TORSADÉS

Le visiteur peut ainsi s'approcher des cinq «tornades» et même frôler l'une d'entre elles quand elle tourne lentement sur elle-même. Il peut jouer à Narcisse en appréciant son image qui se reflète dans les perles ou encore s'asseoir sur un banc et regarder ce ballet de sculptures tels des derviches torsadés qui seraient effleurés par des fantômes. Une atmosphère méditative qui tombe bien, à quelques mois de la rétrospective consacrée par le MBAM à Alexander Calder, le maître du mobile pour lequel Othoniel n'a que de l'admiration.

«Avec Jean-Michel Othoniel, on est dans une beauté, un émoi, une connaissance de la matière qui invite le visiteur à faire de son regard une partie de l'oeuvre», indique Diane Charbonneau, conservatrice des arts décoratifs modernes et contemporains au MBAM.

À noter que sur les murs du Carré d'art contemporain, Jean-Michel Othoniel a accroché sept oeuvres faites de peinture sur toile et d'encre sur feuille d'or blanc. Des peintures en écho timide aux ombres que les «tornades» forment sur le sol.

À cette exposition montréalaise est associée une autre présentation estivale de Jean-Michel Othoniel, dans sa ville natale de Saint-Étienne, en France. Intitulée Face à l'obscurité, elle comprend des oeuvres qui contiennent de gros blocs d'obsidienne, pierre volcanique d'un noir d'encre qui reflète, elle aussi, les préoccupations de l'artiste à l'égard du monde naturel et humain. 

«Si mes oeuvres peuvent parfois évoquer le conte, elles en dévoilent aujourd'hui la face sombre», dit Jean-Michel Othoniel.

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Motion - Émotion, de Jean-Michel Othoniel, au Musée des beaux-arts de Montréal (1380, rue Sherbrooke Ouest, Montréal), jusqu'au 11 novembre.




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