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Niki de Saint Phalle sous toutes ses facettes à Paris

Black Rosy de Niki de Saint Phalle... (Photo: Reuters)

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Black Rosy de Niki de Saint Phalle

Photo: Reuters

Antoine Froidefond
Agence France-Presse
Paris

Tout le monde connaît ses «nanas» aux formes opulentes et aux vêtements multicolores, mais une rétrospective au Grand Palais à Paris donne à voir un autre versant de Niki de Saint Phalle: féministe, torturé, engagé, sans concession.

«Peindre calmait le chaos qui agitait mon âme. C'était une façon de domestiquer ces dragons qui ont toujours surgi dans mon travail», a écrit l'artiste.

À travers les 200 oeuvres et archives (dont beaucoup inédites) réunies par Camille Morineau, commissaire de l'exposition, Niki de Saint Phalle apparaît comme une créatrice radicale, aux avant-postes de son temps, dénonçant violemment la société patriarcale, la religion ou le racisme.

En 1961, quatre ans avant les premières «nanas», elle entame ainsi la série des «tirs», des panneaux où sont fixés des objets symboliques et des sacs de couleur, le tout recouvert de plâtre blanc. Niki, aidée parfois d'amis ou d'assistants, tire ensuite sur ces surfaces à la carabine, répandant ainsi les couleurs.

Particulièrement frappant, un grand panneau, intitulé King Kong (1963), associe entre autres une attaque aérienne contre des tours d'une grande ville - étrange présage du 11 septembre -, des masques de dirigeants politiques, dont le général de Gaulle, et un accouchement - thème récurrent de son oeuvre.

Elle s'attaque aussi à l'église catholique à travers la série des autels. Sur Autel O.A.S de 1962 (OAS comme Organisation armée secrète, organisation clandestine française qui a tenté d'empêcher par les armes et des attentats l'indépendance de l'Algérie), une énorme chauve-souris voisine avec des armes de poing et des crucifix.

Trois ans plus tard, les premières «nanas» apparaissent. «Des femmes puissantes, joyeuses, très dynamiques, souvent plus grandes que nature - et que les hommes - et qui dansent», souligne Mme Morineau.

Leur réunion dans une grande salle est jubilatoire. L'une d'elles, noire, tête en bas, est déjà une danseuse de hip hop. Une autre porte le nom de Rosa Parks, figure de la lutte contre la ségrégation raciale. «Je pense que le temps est venu d'une nouvelle société matriarcale», déclare alors Niki de Saint Phalle qui commença comme mannequin et sut anticiper le pouvoir des médias.

Pour un art accessible à tous

Mais chez elle, les femmes sont aussi des «mères dévorantes», des sculptures troublantes, massives, présentées dans l'exposition dans de grandes boîtes rouge vif. «J'ai déjà représenté la bonne mère avec les «nanas», je me consacre désormais à son antithèse, à cette mère qu'on aimerait ne pas être», écrit l'artiste.

Un couple inquiétant promène une araignée, symbole fréquent dans son oeuvre, anticipant Louise Bourgeois. Dans Les funérailles du père, Niki enterre son propre géniteur, Alexandre de Saint Phalle, issu d'une lignée de nobles remontant au 13e siècle, alors que sa mère est américaine.

Un an plus tard, en 1972, elle tourne son premier long métrage Daddy où est évoqué très directement l'inceste vécu avec son père à onze ans. Elle en parlera en 1994 dans un livre de mémoires, Mon secret.

Mais, au-delà de ces tourments et de ces obsessions, c'est aussi le choix d'un art accessible à tous qui a dominé son travail.

Influencée par Gaudi ou le Facteur Cheval (un facteur français qui a construit un «palais», référence mondiale de l'Art brut), Niki de Saint Phalle, décédée en 2002 à l'âge de 71 ans, n'a eu de cesse de créer des oeuvres monumentales, d'une imagination débridée, ouvertes au grand public et qu'elle a presque intégralement financées.

En 1966 déjà, celle qui a partagé la vie de Jean Tinguely construit à Stockholm avec deux autres artistes une «nana» monumentale, Hon, dont il ne subsiste qu'une maquette. L'accès des visiteurs se faisait par son sexe.

Mais son projet le plus ambitieux est sans conteste Le jardin des Tarots en Toscane, oeuvre d'une vie (de 1978 à 1996), inspirée notamment par le Parc Güell (Gaudi) à Barcelone et le jardin de Bomarzo, près de Viterbe en Italie, où se déploient des bâtiments à la forte charge symbolique.

L'exposition présente aussi pour la première fois une sculpture monumentale en métal Le rêve de Diane où se lit l'influence de Jean Dubuffet, le peintre ayant inventé l'expression art brut, pour lequel Niki de Saint Phalle avait une grande admiration.

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Du 17 septembre au 2 février - puis du 27 février au 7 juin 2015 au Musée Guggenheim de Bilbao - Catalogue publié par les Éditions RMN-Grand Palais - 368 pages.




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