La rétrospective de tous les superlatifs

L'artiste Jeff Koons pose devant l'une de ses... (Photo: archives Reuters)

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L'artiste Jeff Koons pose devant l'une de ses créations, le Balloon Dog jaune.

Photo: archives Reuters

Yves Schaeffner

Collaboration spéciale

La Presse

(NEW YORK) Artiste américain de toutes les démesures, Jeff Koons fait l'objet d'une rétrospective à la hauteur de son succès. L'artiste le plus cher de sa génération occupe l'entièreté du Whitney Museum à New York. Une première.

Il faut rendre à Jeff Koons ce qui appartient à Jeff Koons: aucun artiste n'est plus doué que lui pour repousser les limites. Toutes les limites, même celles du bon goût. Il produit les oeuvres les plus chères, les plus démesurées, les plus kitsch. Et il provoque peut-être les réactions les plus vives qui soient.

Il est donc approprié que sa toute première rétrospective new-yorkaise, à 59 ans, soit placée sous le signe de la démesure. Pour la première fois de son histoire, le Whitney Museum - qui s'apprête à déménager - a décidé de consacrer l'entièreté de son bâtiment aux oeuvres d'un seul et même artiste. En tout, on parle de 150 oeuvres disséminées sur quatre étages.

Les hits sont là: le Michael Jackson et son chimpanzé en porcelaine, le Balloon Dog jaune (le chien orange a récemment été vendu pour 58 millions de dollars), la tenue de plongée en bronze, le ballon en équilibre, le lapin en acier inoxydable, le buste de Louis XIV, les galipettes porno-kitsch avec son ex-femme Ilona Staller (La Cicciolina). Surtout, toutes les oeuvres ont de l'espace pour se révéler.

Naturellement, vu la taille et l'ambition des pièces de Koons, l'organisation d'une telle rétrospective s'est révélée une opération quasi pharaonique. Pour la première fois, le musée a dû démonter ses immenses portes d'entrée et créer des reproductions grandeur nature de certaines oeuvres afin de voir comment elles pouvaient être acheminées aux étages.

Tout le personnel du Whitney et les quelque 130 assistants de Jeff Koons n'ont pas suffi à la tâche. Il a fallu faire appel à des ingénieurs et à d'autres spécialistes pour permettre à l'immense Balloon Dog et aux autres sculptures herculéennes d'être acheminées jusqu'aux étages de l'édifice.

Gorilla, sculpture en granite, a par exemple causé son lot de maux de tête. Elle a beau imiter l'apparence d'une figurine de plastique, elle pèse près de sept tonnes (!) et les ascenseurs de l'institution n'étaient pas conçus pour une telle charge.

Une rétrospective classique

Derrière la démesure se cache toutefois une rétrospective plutôt classique dans sa forme. Les oeuvres sont présentées chronologiquement. Cela va des premiers ready-mades datant de 1979 (des fleurs gonflables provenant de boutiques bon marché de New York) jusqu'à Play-Doh (une immense sculpture trompe-l'oeil en aluminium représentant de la pâte à modeler). Cette dernière, fascinante par sa taille (trois mètres de hauteur!) et sa fausse simplicité, a été achevée juste à temps pour la rétrospective.

Le conservateur Scott Rothkopf, qui travaille à l'expo depuis cinq ans, confie à la blague que «c'est le genre de projet qui fait ou annihile une carrière». Si on comprend sa nervosité - il s'agit après tout de l'expo la plus chère jamais conçue au Whitney -, on ne s'inquiète guère pour son avenir. La rétrospective démontre hors de tout doute à quel point Jeff Koons est devenu une figure iconique et emblématique.

Symbole de tous les excès, de l'art devenu objet de spéculation pour le 1% (le baron de la finance Steven Cohen et le roi du luxe François Pinault ont notamment prêté des oeuvres), Jeff Koons a atteint un statut d'indétrônable. Il est loin le temps où, ruiné, il a dû se réfugier chez ses parents en Floride ou travailler à Wall Street pour financer ses oeuvres.

La rétrospective met également en lumière les nombreuses obsessions et contradictions de l'artiste. À la fois joyeusement innocentes et régulièrement hypersexuelles, jouant sur les apparences, multipliant les clins d'oeil à l'histoire de l'art, les pièces de Koons ne pèchent peut-être pas par excès de profondeur ou de complexité, mais elles suscitent la fascination.

Et ce n'est sans doute pas un hasard si un bon nombre d'entre elles sont suffisamment brillantes pour que l'on puisse s'y refléter, au sens propre comme au figuré.

Au Whitney Museum de New York, jusqu'au 19 octobre.




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