Le musée Pointe-à-Callière présentera à partir de mercredi Vies de Plateau, un portrait du Plateau Mont-Royal. La réalité territoriale et architecturale du Plateau, son histoire, sa créativité et sa démographie y sont traitées dans le but de mieux faire connaître ce quartier emblématique de la métropole.

Éric Clément LA PRESSE

«Dans le cadre de notre mission, qui est de montrer Montréal, on a cherché à présenter des rues emblématiques, comme la rue Sainte-Catherine ou le boulevard Saint-Laurent, ou l'histoire de quartiers, comme le Vieux-Montréal, alors on était rendu au Plateau Mont-Royal, explique Francine Lelièvre, directrice du musée Pointe-à-Callière. On évoque dans Vies de Plateau l'aspect imaginaire de ce quartier ainsi que des faits réels.»

Le musée a collaboré avec des historiens, l'arrondissement du Plateau-Mont-Royal et les habitants du quartier pour recueillir des objets, des photos ou des témoignages. L'exposition comprend aussi des oeuvres littéraires, théâtrales et cinématographiques issues du Plateau, ainsi qu'une installation d'art numérique de l'artiste contemporain François Quévillon, créée pour l'occasion.

Événements marquants

Vies de Plateau rappelle les grands événements qui ont marqué ce quartier assez récent dans l'histoire montréalaise (environ 1850) si on le compare à d'autres endroits du centre-ville. On aborde sa situation géographique, en bas du mont Royal et encadré par le chemin de fer, et ses nombreux parcs naturels. On présente ses caractéristiques architecturales, avec ses triplex, ses ruelles et ses escaliers courbés, de même que les personnages célèbres qui y ont vécu, notamment les religieux, comme Mgr Ignace Bourget, et les citoyens qui ont marqué sa scène sociale et politique.

«Il y a eu Léa Roback, la pionnière du féminisme, le très populiste Camillien Houde, le fasciste Adrien Arcand, le communiste Fred Rose, le libéral Robert Bourassa ou le nationaliste Gérald Godin, dit Francine Lelièvre. Le Plateau a toujours été une pépinière d'idées, un quartier chef de file.»

L'exposition évoque aussi comment l'immigration a changé son portrait sociodémographique, avec l'arrivée des Irlandais, puis des Juifs, des Grecs, des Portugais, des populations d'Afrique du Nord et des Français. «Il y a eu une mutation avec différentes ethnies et différentes cultures avant qu'il n'acquière la réputation du quartier le plus créatif en Amérique du Nord, dit Mme Lelièvre. Il ne faut pas oublier que Refus global est né là. Borduas vivait sur le Plateau, comme d'autres automatistes.»

L'oeuvre de Michel Tremblay est bien sûr très présente dans l'exposition. «Il a décrit à partir d'un mélange d'imaginaire et de réel la vie de ce quartier, dit la directrice du musée. Ont également participé à son histoire culturelle effervescente L'Osstidcho de Charlebois, tout comme Paul Buissonneau avec le Théâtre de Quat'Sous. Et ça continue aujourd'hui avec la scène musicale... C'est un quartier qui a du caractère et un certain leadership. L'exposition va donc donner des outils aux Montréalais et aux touristes pour mieux découvrir et apprécier le Plateau.»

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Au musée Pointe-à-Callière, du 23 octobre 2013 au 2 septembre 2014.

Le retour des anges

Deux sculptures qui ornaient jusqu'en 1978 la façade de l'église Saint-Enfant-Jésus du Mile End (à l'angle de la rue Saint-Dominique et du boulevard Saint-Joseph) feront partie de l'exposition Vies de Plateau... avant de retrouver l'an prochain leur emplacement sur l'édifice religieux.

Les deux groupes sculpturaux d'anges, L'étoile de Bethléem et Le jugement dernier, sont l'oeuvre de l'artiste Olindo Gratton (1855-1941), celui qui a sculpté les 13 grandes statues qui surplombent la basilique-cathédrale Marie-Reine-du-Monde du boulevard René-Lévesque. Les anges ont été retirés il y a 35 ans de l'église du Plateau à cause de leur état. Ils embellissaient sa façade depuis 1909.

Longtemps demeurées au sous-sol de la basilique-cathédrale, ces statues de bois recouvertes d'une chape de cuivre ont été restaurées au cours des dernières années par le Centre de conservation du Québec, à la suite d'une intervention de la Société d'histoire et de généalogie du Plateau Mont-Royal et de l'historien Bernard Mulaire, qui souhaitaient les voir revenir sur leur édifice d'origine. Il s'agissait ainsi de célébrer le 150e anniversaire de l'église réalisée par l'architecte Joseph Venne et inaugurée le 25 décembre 1858 par Mgr Bourget.

«La paroisse a eu la générosité d'accepter qu'on les présente au musée avant de les remettre dans leur lieu d'origine, dit Francine Lelièvre, directrice de Pointe-à-Callière. Ce sont les vedettes de l'exposition. Même si elles sont oxydées avec le temps, elles ont beaucoup de panache.»