Une exposition de photos peut-elle changer le destin de milliers de jeunes filles qui s'apprêtent à être mariées sans leur consentement ? Probablement pas, reconnaît Samia Shariff. Mais l'Algérienne d'origine n'a pas hésité à appuyer une exposition photographique organisée à Montréal par Amnistie internationale pour dénoncer les mariages d'enfants.

Mis à jour le 15 août 2013
Éric-Pierre Champagne LA PRESSE

Samia Shariff est aujourd'hui âgée de 54 ans et elle vit à Montréal depuis plusieurs années. Elle a connu le " mariage forcé " en Algérie. Ses parents l'ont obligée à épouser un homme qu'elle ne connaissait pas, alors qu'elle n'avait que 16 ans. " Ma nuit de noces a été la nuit la plus affreuse de toute ma vie ", rappelle-t-elle, en étouffant un sanglot. Les photos de Stephanie Sinclair exposées à Montréal jusqu'à la fin du mois de septembre ont donc une résonance toute particulière pour elle.

Amnistie internationale présente en effet au Gesù, à Montréal, l'exposition de photographies Trop jeunes pour le mariage réalisées par la photographe américaine Stephanie Sinclair. Une trentaine de photos sont exposées, évoquant la problématique au Yémen, en Afghanistan, en Éthiopie, au Népal et en Inde.

«C'est un cri du coeur d'Amnistie internationale, lance Anne Ste-Marie, responsable des communications pour le Canada francophone de l'organisme international. Il y a encore un écart important entre les efforts mis de l'avant et la situation sur le terrain ", dénonce-t-elle. Dans plusieurs pays d'Afrique et d'Asie, l'immense pauvreté est souvent à l'origine de ces mariages forcés. Des familles vendent leurs filles pour subvenir à leurs besoins.

Évidemment, rares sont les jeunes filles qui auront le cran de dire non et de fuir leur famille pour éviter un tel mariage. Surtout que la pression de la famille est souvent trop forte, signale Samia Shariff. " C'est ma tante qui m'a conduite dans la chambre où je devais retrouver mon mari. Je l'ai suppliée de ne pas me laisser seule. Mais elle m'a répondu qu'elle ne pouvait rien faire, qu'elle devait quitter la chambre avant que mon mari n'arrive. »

«J'ai haï mon mari dès le premier soir, ajoute Mme Shariff. Et tous les soirs, pendant 15 ans, j'ai prié pour qu'il ne rentre pas à la maison. " Si tous les mariages forcés ne tournent pas au drame, la situation inquiète néanmoins Amnistie internationale. Selon l'organisme, si la tendance se maintient, c'est le sort qui attend chaque jour 40 000 filles dans les 10 prochaines années.

Samia Shariff aura bien sûr réussi à faire mentir les statistiques, du moins en partie. Elle a fui l'Algérie avec ses enfants, se promettant que ses filles ne subiraient pas le même sort. Elle a publié un livre en 2006 pour raconter son histoire. " Je disais à mes filles qu'un jour nous partirions d'ici et que je raconterais notre histoire dans un livre. Mes filles me traitaient de folle. Elles disaient que nous allions mourir ici en Algérie. J'ai décidé de fuir pour mes filles. »

En chiffres

48 %: Au Burkina Faso, pourcentage des jeunes filles qui sont mariées avant d'avoir 18 ans.

50 000: Adolescentes qui meurent chaque année de complications liées à la grossesse et à l'accouchement, selon l'UNICEF

50%: Risques supplémentaires que les bébés meurent si la mère a moins de 18 ans par rapport à plus de 20 ans.