Le sculpteur Jean-Robert Drouillard raconte le Québec avec des statues de bois peint, emblématiques de notre cohabitation avec la nature. Ses dernières créations sont exposées à la galerie Lacerte.

Mis à jour le 12 nov. 2012
Éric Clément LA PRESSE

S'il y a une chose qui frappe quand on entre chez les collectionneurs québécois Alexandre Taillefer et Debbie Zakaib, c'est la statue créée par Jean-Robert Drouillard. Je suis la nature représente un homme coiffé d'un panache d'orignal, les bras croisés et chaussé de bottes de plastique. Un homme simple et solide, assumant fièrement son identité et son attachement au terroir.

Jean-Robert Drouillard, originaire de Gaspé, puise dans nos valeurs traditionnelles pour créer des oeuvres d'art originales.

Après son exposition Nous sommes la nature, présentée en 2010 à Chicoutimi, sur les concepts du clan, il revient à Montréal avec Nous étions humains, une réflexion sur «nos instincts primaires et notre appétit de l'autre». L'artiste s'exprime dans des mises en scène théâtrales avec des statues en bois de tilleul, grandeur nature, réalisées à partir de photos de sa femme, de ses enfants et de lui-même.

La statue d'un homme torse nu aux oreilles de mule tend la main à une femme coiffée d'une tête de loup, en maillot de bain. «Mule-moi», dit l'homme. «Louve-moi», répond la femme. À quelques pas, deux statues de femmes coiffées de têtes de loup semblent indifférentes face à un homme à tête de mule qui tient un économe à la main. Une immense carotte en bois est posée aux pieds de l'homme.

«À l'origine, c'était censé être plus agressif, mais mon côté humoristique ressort sans que je le fasse exprès», dit Jean-Robert Drouillard, âgé de 42 ans. «Il y a un an, tout ça devait être de la taxidermie. Je voulais inclure de vraies parties d'animaux, mais financièrement et compte tenu du temps, ce n'était pas possible.»

Controversé

Drouillard ne laisse jamais indifférent. La conservatrice Ville de Québec a d'ailleurs écarté, en 2010, une de ses sculptures à la suite d'un concours, malgré l'avis d'un jury d'experts. L'artiste est pourtant une star dans la région de Québec.

Très attaché à Saint-Jean-Port-Joli, où il participe régulièrement à la Biennale de sculpture, Jean-Robert Drouillard enseigne au collégial et travaille à Limoilou au sein de la Coop Le Bloc 5 qu'il a cofondée.

«Je revendique une filiation avec les artisans de Saint-Jean-Port-Joli, dit-il. Je me considère comme un artisan en arts visuels, qui veut insuffler du sens à mes objets pour les amener dans une certaine contemporanéité.»

Oeuvres récentes

Les oeuvres exposées chez Lacerte ont presque toutes été réalisées depuis avril.

Le fils de l'artiste, Cédric, a inspiré iDeer, une sculpture d'un ado torse nu, coiffé de bois de chevreuil, et dont les bras démesurément grands pendent le long du corps. Il a le regard soucieux et la bouche songeuse et porte une pomme sur la tête. Une sorte de fils de Guillaume Tell moderne.

Sa sculpture d'un ado avec un chandail du Canadien de Montréal et un bâton de hockey est exposée près des oeuvres de Serge Lemoyne.

Shade of Gray de tes yeux est une statue plus grave, splendide de vérité sur l'ado d'aujourd'hui. Et Drouillard propose deux bustes, Mule-moi, avec des oreilles d'ânes, et Contrapposto du buste (avec chapeau), une oeuvre finement travaillée.

«Le buste pour moi, c'est un peu comme le peintre qui fait des études, dit-il. Caché dans mon désir de faire de la sculpture, il y a le rapport à la statuaire qui est banni aujourd'hui de l'art actuel.»

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Jean-Robert Drouillard chez Lacerte, au 6345, boulevard Saint-Laurent, à Montréal, jusqu'au 21 novembre.