Cinq ans après avoir posé ses pinceaux à New York, l'artiste québécois Marc Séguin y fait de plus en plus sa marque en y présentant sa troisième exposition.

Mis à jour le 13 sept. 2012
Yves Schaëffner, collaboration spéciale LA PRESSE

À 9 h 15, au lendemain du vernissage, l'artiste a le teint étonnamment frais. Même s'il n'a pas vraiment dormi, Séguin a le sourire. Plusieurs de ses nouvelles toiles ont déjà trouvé preneurs et il sent que sa notoriété s'est considérablement accrue depuis qu'il a décidé d'installer son atelier à New York, en 2007.

«Hier, j'ai rencontré des Brésiliens, des gens de Shanghaï, des gens de Toronto. Jamais je ne pourrais rencontrer un pareil éventail de collectionneurs à Montréal», dit-il.

Marc Séguin a une autre raison de se réjouir: l'influent site Artinfo a inclus sa nouvelle expo dans sa liste des 40 plus attendues à New York cet automne. Soulignant qu'il s'agit de sa deuxième expo dans la Grosse Pomme en moins de deux ans, Artinfo vante tout à la fois «l'esprit» et le côté parfois «cinglant» de Séguin.

Alors que sa précédente exposition se concentrait en grande partie sur la violence humaine (fours crématoires, portraits de Lee Harvey Oswald, etc.), cette fois, le peintre semble avoir été particulièrement inspiré par la violence économique, avec des toiles qui évoquent entre autres Occupy Wall Street et le culte de l'argent pour l'argent.

Dans une pièce intitulée Nous sommes en sécurité aussi longtemps que les pauvres ont la foi, on découvre ainsi une fille prise en étau entre deux coyotes empaillés et dont la gueule semble suinter du goudron. Une autre, nommée Le Dieu Roman, est un gigantesque portrait du multimilliardaire russe Roman Abramovich, dont les yeux semblent pétiller de diamants.

Marc Séguin, qui considère le controversé oligarque russe comme un criminel, croit qu'il résume bien les dérives de notre époque. «On lui confère un statut d'icône, de demi-dieu, alors que ce n'est qu'un gars riche. J'ai voulu m'en moquer en faisant un portrait géant, un portrait de propagande communiste», explique-t-il.

Souvent caustique, l'artiste ridiculise également la fascination qu'exerce le monde de la finance. Un de ses tableaux montre un personnage doté d'un nez de clown tenant trois ballons disant: «Embauchez-moi», «Je suis enceinte», «J'aime les banquiers».

Évidemment, Marc Séguin est bien conscient qu'une bonne partie des collectionneurs d'art sont justement des pontes de la finance, et convient qu'il a une relation paradoxale avec ce milieu. «J'aime penser que même si une de mes oeuvres se retrouvent dans l'appartement d'un banquier, d'autres gens vont les avoir vues avant. Et j'aime aussi l'idée que l'oeuvre soit un peu comme un cheval de Troie», dit-il.

Si environ la moitié des toiles de sa précédente exposition avait été achetée par des amateurs canadiens, Marc Séguin se réjouit aujourd'hui en voyant son public s'élargir. «Là, il y a plusieurs tableaux qui s'en vont vers le Nevada, la Floride ou le Colorado. Cela devient tentaculaire et c'est ce que je souhaite: être vraiment présent sur le marché américain», ajoute-t-il.

Hormis son immense toile A Million Dollar qui représente ironiquement l'entrée d'une sorte de dépotoir et dont le titre correspond à l'extravagant prix de vente, les pièces de sa dernière exposition se vendent entre 20 000$ et 52 000$.

L'expo, présentée jusqu'au 13 octobre à la Mike Weiss Gallery, sera suivie d'une autre, en novembre, au Musée de l'Holocauste de Los Angeles. En décembre, Marc Séguin s'envolera vers South Beach, où se tient la foire d'art contemporain de Miami. Bref, on l'aura compris: si les dernières toiles de l'artiste montrent un peu l'envers du rêve américain, le sien semble fort bien se porter...