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Tom Wesselmann au MBAM: célèbre inconnu

Tom Wesselmann devant son tableau, Nu au crépuscule... (La photothèque de La Presse)

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Tom Wesselmann devant son tableau, Nu au crépuscule avec odalisque de Matisse.

La photothèque de La Presse

Jocelyne Lepage
La Presse

De tous les peintres célèbres classés sous l'étiquette «pop art américain», Tom Wesselmann est le moins bien traité par les musées américains. Ils ont peur de lui. Trop impudique. Vraiment? Ne serait-il pas plutôt un descendant de Matisse? La réponse au Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM) qui consacre au célèbre inconnu sa première grande rétrospective en Amérique du Nord.

Tom Wesselmann (1931-2004) ne se considérait pas comme un artiste «pop», dit Stéphane Aquin, le conservateur de l'art contemporain au Musée des beaux-arts de Montréal. Il n'aimait pas ce label qu'il trouvait réducteur et qui attirait l'attention sur ce qui était superficiel dans son oeuvre: le contenu. «Wesselmann est un plasticien, précise-t-il, un artiste sérieux, un peintre d'atelier qui va d'expérience en expérience. Lui-même se disait formaliste.» Grand admirateur de Willem de Kooning, il estimait ne pas pouvoir aller plus loin dans l'abstraction, que tout avait été dit. Il a donc décidé de revoir l'histoire de l'art à sa manière, en en retenant les principaux genres: nus, natures mortes, paysages. Une manière figurative, une structure abstraite. Tom Wesselmann est un figuratif abstrait.

Les nus

Quand on pense à Warhol, on a la soupe Campbell en tête. Lichtenstein est associé aux comics américains. De Wesselmann, on retient surtout ses Great American Nudes, grands tableaux mettant en scène des femmes nues aux formes parfaites, affichant un érotisme joyeux, sans gêne, qui convenait à l'hédonisme des années 60. Mais avec le mouvement féministe, dans les années 70, le vent a changé.

«Il s'est fait rentrer dedans!», dit Stéphane Aquin, commissaire de cette exposition avec Marco Livinstone. On l'a perçu comme un macho qui exploite le corps des femmes alors qu'il ne faisait que suivre la tradition.» Comme Matisse à qui il fait souvent référence dans son oeuvre. Et son modèle était presque toujours sa femme.

L'incompris

Les musées américains n'ont pas célébré Wesselmann comme ils l'ont fait pour les autres artistes pop, en leur accordant de grandes rétrospectives. Ils ont eu peur, semble-t-il, des réactions d'un public très prude qui n'hésite pas à se soulever contre les institutions «fautives», comme ce fut le cas pour une exposition de photographies de Robert Mapplethorpe qui fit scandale dans les années 80. Wesselmann souffrait de cette indifférence même si elle ne s'étendait pas au marché de l'art qui le traite bien. Il en était assez indigné pour écrire lui-même sa biographie sous un pseudonyme: Slim Stealingworth. Une biographie tellement bien faite qu'elle est devenue incontournable pour les historiens d'art, estime Stéphane Aquin.

À chacun son temps

Matisse peignait à une époque donnée, dans des paysages de son temps. Les paysages que voyait Wesselmann étaient pleins d'immenses enseignes publicitaires. C'est ce paysage qui intéressait l'artiste, un paysage typiquement américain en ces années de multiplication miraculeuse des produits de consommation. Il a fait de nombreuses démarches auprès des entreprises pour acquérir ces panneaux-réclames dont il s'est servi pour construire des tableaux, forcément gigantesques. On en verra plusieurs dans l'exposition. Cette oeuvre, par exemple, qui contient une bouteille de 7 UP de 5 pieds de hauteur (Still Life no 49). Cette autre que l'on présentera sur une estrade, Volkswagen comprise (Landscape no 5). D'autres oeuvres intègrent un lavabo (à côté d'une reproduction d'un tableau de Mondrian) ou encore une porte de réfrigérateur, un poste de radio allumé, un téléviseur... Le plaisir de Wesselmann, c'est de se mesurer à ces objets. De «composer» avec ces formes imposantes.

Dans la plupart de ses oeuvres, Wesselmann cite des artistes célèbres en reproduisant un de leurs tableaux (Les Tournesols de Van Gogh, par exemple, La Joconde de Vinci ou en leur empruntant la structure, celle de Mondrian en particulier. S'il insère son oeuvre dans l'histoire de l'art, il y impose aussi des symboles américains: le drapeau et ses étoiles, les présidents Lincoln et Kennedy, les appareils ménagers, la pub joyeuse... Bref, l'«American Way of Life».

Une exposition imaginaire

Au moment de notre visite au MBAM, il n'y avait encore rien d'installé dans les salles, sauf des feuilles de cahier à anneaux représentant toutes les pièces qui seront exposées (150 au total). Nous avons donc fait le tour d'une exposition imaginaire en compagnie du commissaire Aquin dont l'enthousiasme était contagieux.

L'exposition est divisée en quatre thèmes, explique-t-il. Le genre, la forme, la ligne, la composition. La rétrospective respecte l'ordre chronologique. Ce qui permet de comprendre le processus de travail de l'artiste souhaitant résoudre les problèmes plastiques au fur et à mesure qu'ils surviennent. On commence donc par des petits collages. Puis des peintures sur panneaux-réclames qu'il travaille à la manière d'un collagiste. Les Great American Nudes, les Still Life et Landscapes en font partie. Ensuite les dessins en acier, les steal drawings. C'est ici un autre aspect intéressant du travail de Wesselmann: le recours aux techniques industrielles qu'il a poussées dans ses retranchements. Comme il aime la réflexion sur l'art, les contrastes, les affrontements plastiques, il a décidé de transposer des dessins aux lignes fragiles en dessins en acier. Le mur est ainsi devenu le fond du tableau, qui n'est plus un tableau, mais un objet, accroché au mur. Le résultat, dans le catalogue, est impressionnant. Enfin, dans la dernière partie de sa vie, Wesselmann se réconcilie avec l'abstraction, mais reste en même temps fidèle à la figuration.

Tout cela est formidable sur papier! On a hâte de voir le résultat. La musique sera au rendez-vous, comme c'est le cas ces dernières années dans les expositions du Musée des beaux-arts de Montréal. Ce sera la musique de Tom Wesselmann, chanteur et compositeur country. La guitare était son violon d'Ingres.

Tom Wesselmann: Au-delà du Pop, du 18 mai au 7 octobre 2012, au Musée des beaux-arts de Montréal, pavillon Desmarais, 1380, rue Sherbrooke Ouest, niveau 3.

Pop ou pas?

Tom Wesselmann n'aimait pas le label pop art auquel on l'associait, le trouvant réducteur. Mais d'où vient ce terme? «Il vient des Britanniques», dit Stéphane Aquin, conservateur de l'art contemporain au MBAM et commissaire de l'exposition. «Mais le terme s'appliquait à beaucoup de choses, pas seulement aux arts visuels. Le pop art n'est pas un mouvement organisé, il n'y a pas de manifeste. C'est un phénomène que l'on a d'abord qualifié de New Realism en Europe. Ce qui caractérise ceux que l'on a regroupés sous l'étiquette pop art aux États-Unis Andy Warhol, Roy Lichtenstein, Tom Wesselmann, Jim Dine, Oldenburg , Rosenquist c'est l'utilisation du matériau environnant comme les produits de consommation, par exemple, la publicité, le désir de rendre compte de la vie américaine.»

Chanteur country

Wesselmann était un passionné de musique country, lui-même musicien et compositeur accompli. Il a écrit plus de 400 chansons. «Il y avait une guitare dans l'atelier», explique Monica Serra, assistante et amie de l'artiste, dans le catalogue de l'exposition. Un jour, il a chanté pour elle une chanson qui s'intitulait Pictures on the Wall of Your Heart. «J'ai été impressionnée par la fraîcheur de sa voix et la sincérité de son interprétation.» Une de ses chansons I Love Doing Texas With You, interprétée par Kevin Trainor, a connu une certaine notoriété. Elle est dans la bande sonore du film d'Ang Lee, Brokeback Mountain. Les chansons country étaient complètement éloignées de l'univers de Wesselmann, selon Monica Serra: «Tom était un homme sérieux, marié et père de famille, qui ne fumait pas et ne buvait pas...»

Cachez ce sexe

«Wesselmann réactive l'aura scandaleuse de ces images licencieuses (Olympia...) devenues aujourd'hui des symboles de beauté paradoxalement décoratifs. Visages sans regard, toutes lèvres ouvertes, mamelons dressés, orgasmes explicites, gros plans hypersexualisés... Comme Rodin ou Klimt dans ses dessins, il est dans le désir... Faudra-t-il attendre le siècle prochain pour regarder avec détachement ces tableaux politiquement incorrects car ils ne dénoncent rien et ne montrent que la beauté? ... Cette liberté non censurée de jouer des images, ce plaisir ostentatoire donné à des femmes qui assument une liberté décomplexée de jouir de leur corps, c'est féministe et moderne... loin des chastes Suzanne ou des Vénus pudiques antiques qui s'offraient à un voyeurisme masculin drapé de mythologies.» - Nathalie Bondil, directrice du MBAM.




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