Le sexe, cru, parfois choquant, est à l'affiche à Londres avec une rétrospective consacrée à Tracey Emin, égérie du mouvement contemporain des «Young British Artists», et une exposition exceptionnelle de dessins érotiques de l'artiste viennois Egon Schiele.

Publié le 18 mai 2011
Marie-Pierre Ferey AGENCE FRANCE-PRESSE

À la question «Quels sont vos artistes préférés», l'artiste britannique de 47 ans répond sans hésiter «Egon Schiele», avec Edvard Munch, Louise Bourgeois et Picasso.

De fait, certains de ses dessins rappellent étrangement les portraits de femmes nues de l'artiste viennois du début du 20e siècle (1890-1918).

«Certains dessins restent choquants pour beaucoup», reconnaît le marchand d'art Richard Nagy, qui expose jusqu'au 30 juin plus de 45 dessins d'Egon Schiele appartenant à des collectionneurs du monde entier, dont la moitié n'ont jamais été montrés.

100 ans après, nus féminins et autoportraits du jeune homme (il est mort à 28 ans) gardent tout leur mordant.

Chez Schiele comme chez Tracey Emin, le sexe est explicite. La rétrospective que la Hayward Gallery consacre à l'artiste britannique jusqu'au 29 août n'escamote rien, fidèle à l'auteur pour qui «garder ses secrets est la chose la plus dangereuse qui soit».

On verra donc un montage vidéo de 125 dessins d'une femme se masturbant (Those who suffer love), ou encore une installation sur l'avortement, avec des tampons ensanglantés et un test de grossesse accompagnés d'une lettre sur «ces 23 ans de saignement menstruel qui m'ont aidé à être ce que je suis».

Elle reconnaît être aujourd'hui «embarrassée» par cette oeuvre de 1999, mais «à l'époque cela semblait parfaitement naturel».

Sa démarche se nourrit étroitement de sa vie - trop pour Richard Nagy, qui juge «problématique dans l'art contemporain qu'on s'intéresse d'abord à la vie de l'artiste, avant son art».

Une vie qui n'a certes pas manqué de traumatismes, avec un viol à 13 ans, suivi d'une adolescence agitée. Après avoir quitté l'école très jeune, elle reprend des études et décroche un diplôme du Royal College of Art en 1989.

Avec les Young British Artists, lancés par l'exposition Freeze dirigée par Damien Hirst en 1988, elle bouscule la scène artistique, à coup de provocations mais aussi de travail acharné et d'esprit d'entreprise. N'a-t-elle pas démarré en 1992 avec une souscription appelant 80 donateurs à investir 10 livres sur son «potentiel»?

Le résultat est souvent poignant, comme dans cette vidéo où sa mère lui répète en boucle qu'elle ne doit pas avoir d'enfants si elle veut réussir.

Elle n'en aura pas, mais les bébés absents sont là, avec de petits chaussons brodés («Tracey» et «Emin») et des vêtements de bébé.

Ses deux oeuvres emblématiques, «la tente» (Everyone I have ever slept with 1963-1995) et «My Bed», un lit aux draps souillés entouré de mégots de cigarettes et autres détritus, ne sont pas exposés: la tente a brûlé, et le lit sera montré à la galerie Saatchi pour les JO de 2012.

Et c'est tant mieux: «Tracey Emin est l'une des artistes les plus célèbres de sa génération, mais le public ne connaît qu'une toute petite fraction de son oeuvre, nous avons voulu présenter toute sa diversité», souligne le directeur de la Hayward Gallery, Ralph Rugoff.

Parmi 170 objets exposés, 12 tentures géantes, sortes de patchwork colorés et brodés où l'artiste relate sa vie. Ou encore un film cocasse, où elle dialogue avec un chien.

Des néons colorés renvoient à la station balnéaire populaire de Margate, «où j'ai grandi avec les néons des cafés, des bars et des salles de jeu», dit-elle. Ils écrivent aujourd'hui en lettres vibrantes le titre de l'exposition: «Love is what you want».