Commandée par la Banque de Montréal pour la galerie d'art de son siège social torontois, l'installation You Are Here (Vous êtes ici) de l'artiste montréalais Luc Courchesne est inaugurée aujourd'hui dans la Ville reine. L'oeuvre permettra aux visiteurs de voyager en trois dimensions sur place et... dans le ciel de Toronto.

Éric Clément LA PRESSE

Espace artistique créé en 2009 au 68e étage de la BMO, la «Project Room» accueille chaque année une nouvelle oeuvre commandée, mais qui retourne ensuite à l'artiste. Les deux premières étaient All Is Vanity (Mirrorless Version) du Montréalais Adad Hannah en 2009, et I Am the Coin de Micah Lexier, l'an dernier. Pierre-François Ouellet, le galeriste montréalais de Luc Courchesne, avait suggéré à la commissaire artistique de la BMO, Dawn Cain, de choisir l'artiste-professeur-président de la Société des arts technologiques (SAT) pour relever un tel défi.

«Nous avons retenu la proposition de Luc, dit Mme Cain, car il fait un grand nombre d'interventions pour montrer combien il est possible de poser un geste artistique sans être dans une galerie. C'est un artiste remarquable et un poète.»

Luc Courchesne a donc créé une oeuvre qui propulse le visiteur dans une autre dimension. L'installation utilise la photographie, un logiciel 3D et un système de projection de 360 degrés. Elle découle d'un long travail de réflexion et de recherche du créateur du Panascope, un dispositif de projection d'images à partir duquel on peut «virtuellement» s'échapper.

Dans You Are Here (voir les photos à www.youarehere2011.info), le «voyageur» est muni d'une manette et se tient debout au centre de l'installation. Il peut importer des images, des portraits ou poser des questions qui s'affichent sur l'écran circulaire, notamment à Luc Courchesne. L'artiste apparaît et peut répondre aux questions.

D'autres personnages apparaissent, notamment Dawn Cain et le gardien de sécurité de l'étage! Chacun «bouge», grâce à un préenregistrement de photos prises sous plusieurs angles. On peut traverser les murs, pénétrer dans les salles contiguës, admirer virtuellement les oeuvres exposées sur l'étage et même cliquer sur ces oeuvres pour avoir plus d'informations. «Quand tu entres dans l'oeuvre, c'est comme si tu entrais dans son espace onirique ou dans la tête de l'artiste», dit Luc Courchesne.

Mais le plus original c'est qu'on peut aussi... sortir de l'édifice, passer par une des fenêtres et être propulsé depuis le 68e étage jusqu'au niveau de King Street. On peut ainsi apercevoir l'animation de la rue et entrer dans les édifices. La visite virtuelle peut devenir aérienne si on décide de remonter dans les airs, de survoler la tour BMO et celle du CN, voire d'aller plus haut, au-dessus de Toronto. Plus on s'éloigne, plus l'atmosphère est nuageuse et floue.

L'expérience de propulsion dans le ciel est aussi auditive, a constaté La Presse en testant un prototype de l'oeuvre à Montréal. On prend conscience des bruits urbains qui, se mêlant, deviennent sourds. Plus on s'éloigne, plus le son devient une composition abstraite, un paysage sonore fabriqué et plus le ciel devient blanc.

«Cinquante ans après Le saut dans le vide, un photomontage d'Yves Klein, je voulais rappeler son geste symbolique, dit Luc Courchesne. C'est pourquoi je suis assis sur le bord de la fenêtre dans Vous êtes ici, au bord du vide.»

Espaces immersifs

Le 11 septembre 2001, Luc Courchesne était à New York et a vu la catastrophe de près. «J'ai vu les gens sauter dans le vide, donc ça m'habite un peu.» En entrant dans son oeuvre, on a accès à son CV visuel et on peut consulter des images de la tragédie qu'il a filmées le 11 septembre. Photographe n'ayant pas voulu le devenir, Luc Courchesne crée des espaces immersifs depuis des années. Il avait été fasciné par ses premières expériences d'immersion à Expo 67.

«Le cinéma a tué le panorama, dit-il. Pourquoi vivre seulement dans le rectangle de la télévision, de l'ordinateur ou de l'écran du téléphone? L'immersion permet à l'homme d'être au centre des choses comme dans la vie. C'est un symbole fort et on a beaucoup à apprendre et à ressentir de l'expérience immersive.»

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Pour plus d'informations: www.youarehere2011.info