L'Égypte, où un Van Gogh estimé à 55 millions de dollars a été volé samedi, a promis mardi de renforcer ses efforts pour protéger ses musées, mais la tâche reste à la hauteur du patrimoine culturel et archéologique du pays: immense.

Mis à jour le 24 août 2010
Riad Abou Awad AGENCE FRANCE-PRESSE

Le vol en plein jour de cette toile, «protégée» par des alarmes en panne et des caméras vidéo hors service, a poussé les autorités, accablées de critiques, à réagir.

Les 23 musées publics égyptiens actuellement ouverts «sont entièrement sécurisés par des caméras et des systèmes d'alarme contre les vols et les incendies, en plus de la présence permanente de la police du tourisme et des antiquités», a assuré le chef du service des antiquités, Zahi Hawass.

Dix-huit autres musées en cours de construction ou de restauration seront aussi dotés de systèmes perfectionnés.

«Une salle de contrôle centrale va être créée pour relier les salles de surveillance qui existent dans chaque musée par un réseau électronique», a-t-il promis dans un communiqué.

Reconnaissant toutefois implicitement les défaillances qui ont permis de subtiliser le tableau, M. Hawass a promis «de réviser tous les systèmes» de protection.

Mais de nombreux journaux et commentateurs estimaient que la formation défaillante du personnel des musées égyptiens et les effectifs insuffisants étaient aussi en cause.

Sous le titre «Les musées en danger», le quotidien gouvernemental Al-Ahram affirmait mardi que «l'un des principaux problèmes est le manque de personnel qualifié et bien formé».

«Il ne suffit pas de parler de sécuriser les musées de manière exemplaire pour empêcher les vols», a déclaré à l'AFP Abdel Halim Noureddine, ancien chef des antiquités égyptiennes, suggérant l'emploi de gardiens «invisibles» qui puissent surveiller en toute discrétion.

Le critique d'art Oussama Afifi raconte quant à lui avoir testé sous forme de canular, il y a 18 ans, avec des amis, la sécurité d'un musée en mettant une statue dans un sac sans que personne ne s'en aperçoive.

«Compte tenu de la quantité d'objets et d'oeuvres dans les musées égyptiens, il est extrêmement difficile d'avoir tout le personnel nécessaire pour tout sécuriser», estime-t-il.

Les défis ne manquent pas dans un pays qui abrite des antiquités pharaoniques uniques, un patrimoine islamique de premier ordre, des antiquités chrétiennes et juives mais aussi des collections d'origine extérieure comme celle dont provenait le tableau volé, Coquelicots.

Le musée d'art islamique du Caire, le plus grand du genre dans le monde, qui vient de subir huit années de rénovation, a pu être mis aux normes de sécurité les plus exigeantes, affirment les pouvoirs publics.

Si quelque 2000 objets de grande valeur sont destinés à être présentés au public, plus de 100 000 sont stockés dans les entrepôts du musée.

Pour le Musée égyptien, qui abrite notamment le fabuleux trésor funéraire du pharaon Toutankhamon, il a fallu sécuriser tant bien que mal un bâtiment vétuste datant de 1902, en attendant son transfert sur un site moderne proche des pyramides de Guizeh.

En 2004, un voleur avait réussi à se faire enfermer en fin de journée à l'intérieur du musée. C'est en sortant trop précipitamment le lendemain matin qu'il avait été repéré et arrêté par les gardiens.

A Louxor, Assouan ou Abou Simbel, des efforts importants -parois vitrées, surveillance renforcée...- ont été faits pour protéger les antiquités autrefois victimes des pilleurs d'antiquités, aujourd'hui menacées par le tourisme de masse.

Mais le simple touriste peut toujours constater la présence de graffitis sur des hiéroglyphes inestimables. Ou se voir proposer par un gardien, contre un modeste pourboire, de prendre des photos dans des endroits où cela est interdit.