Le martyre de Saint-Laurent, un tableau présenté dans un premier temps comme de la main du Caravage (1571-1610), n'est finalement pas du maître du clair-obscur, ce qui ne l'empêche pas d'être «très intéressant», ont estimé mardi des experts à Rome.

AGENCE FRANCE-PRESSE

«Ce n'est pas un Caravage, mais c'est tout de même un tableau très intéressant. La lumière contrastée en fait de toute certitude une oeuvre de l'école caravagesque», tranche Mina Gregori, professeur émérite de l'Université de Florence et présidente de la Fondation Longhi, lors d'une présentation de l'oeuvre à Rome.

«Le Caravage, c'est plus élégant. Par exemple, le geste ordinaire, un peu vulgaire du personnage (de Saint Laurent) aurait été peint d'une autre façon par le maître», explique-t-elle dans un entretien à l'AFP.

«Les caravagesques sont très rares, et quand on trouve une nouvelle oeuvre, il faut toujours la prendre en considération», souligne-t-elle. «Maintenant, notre problème c'est de trouver l'origine de ce tableau : Rome est à exclure, peut-être vient-il de Naples, ou de Malte ou encore de Sicile».

Le martyr de Saint Laurent a été peint «avant 1625, c'est certain», selon Mina Gregori, qui rappelle que le tableau a été récemment retrouvé dans un couvent de jésuites avant d'être restauré par l'Association bancaire italienne (ABI).

Comment expliquer cette longue «éclipse»? Mina Gregori a sa petite idée: «Le XVIIe a toujours été considéré comme un siècle secondaire en matière de peinture, c'est seulement au cours du siècle dernier qu'on a commencé à le redécouvrir, c'est pour cette raison qu'on retrouve aujourd'hui tant de tableaux abandonnés ou laissés de côté au fond des greniers», dit-elle.

Le tableau est composé de quatre personnages: au premier plan Saint Laurent sur son gril, entouré de ses deux bourreaux et d'une troisième figure qui «se masque le visage non à cause de l'odeur de la chair brûlée mais en raison de la chaleur du feu».

À la mi-juillet, l'Osservatore Romano, le quotidien du Vatican, avait fait sensation en annonçant la découverte d'un nouveau Caravage, mais le journal a fait machine arrière lundi avec un article signé du directeur des musées du Vatican, Antonio Paolucci avec un article intitulé: «Un nouveau Caravage? Pas vraiment».

Saint-Laurent est mort martyr sur un gril en 258 à Rome. La légende rapporte qu'il subit son martyre sans plainte, priant pour l'Église de Rome jusqu'à son dernier soupir. Lors de son agonie, on lui prête les paroles suivantes: «voici, misérable, que tu as rôti un côté, retourne l'autre et mange».

Un personnage aussi spirituel n'aura pas manqué d'intéresser Le Caravage, décrit au théâtre, au cinéma et dans la littérature comme l'un des peintres les plus tourmentés de l'histoire. Une grande exposition lui a été consacrée cette année à Rome et a attiré un nombre record de 580 000 visiteurs.