Du sommet de la montagne jusqu'à la rue Cartier, de nouveaux paysages ont fait leur apparition le long de l'avenue du Mont-Royal. Certains sont rutilants, d'autres très discrets. Ils disparaîtront sous peu. On les appelle Paysages éphémères.

Jocelyne Lepage LA PRESSE

Le plus éblouissant de ces paysages se dresse devant la station de métro Mont-Royal. Il y a là une forme pyramidale faite d'une matière miroitante dans laquelle le ciel se reflète de même que les environs, les passants et les autobus. Cette masse semble donner naissance à un rocher qui a la forme d'une montagne. Elle s'appelle L'envolée (de Marc Dulude). On risque d'y perdre le sens de l'orientation.

L'oeuvre de Julia Dantonnet (À l'ombre des couleurs) est plus discrète. Elle a attaché aux vraies branches des arbres du mont Royal (belvédère Camillien-Houde) et de l'avenue du même nom de fausses branches garnies de fausses feuilles transparentes et de couleurs estivales et automnales. On se rend compte de leur présence quand le soleil frappe les fausses feuilles qui dessinent leur reflet sur les trottoirs.

Si vous longez l'avenue du Mont-Royal et traversez de l'autre côté de l'avenue du Parc, vous vous retrouverez devant une énigme. Il y a là une cabane de jardin. Cette cabane est traversée par un arbre comme si celui-ci, les racines en l'air, avait été lancé du ciel avec férocité. Le plus curieux, c'est que la tête de l'arbre est enfouie dans le sol, comme si les racines poussaient des deux extrémités. Cette énigme, oeuvre de Reinhard Reitzenstein, s'intitule Defense/Defiance.

À l'autre bout de l'avenue du Mont-Royal, au parc des Compagnons-du-Saint-Laurent, rue Cartier, se dresse une montagne en forme de four et de tour. Le soir, vers 22h, le sculpteur André Fournelle vient y mettre le feu, rappelant ainsi le mythe des origines volcaniques du mont Royal. Pas très loin de ce four, deux chaises longues sont placées dos à dos. Le parasol censé protéger les occupants du soleil est troué. Les perforations sont faites en braille. On voit les trous, mais on ne sait pas ce qui est écrit. Comme si on était à son tour handicapé. (Point de vue sur la montagne, de Daniel Hogue.)

Jusqu'à lundi

Les Paysages éphémères devraient disparaître lundi. Mais d'autres survivront jusqu'au 22 août, à l'abri des intempéries, à la Maison de la culture du Plateau-Mont-Royal.

C'est là que s'est installée, sur vidéo, l'artiste multidisciplinaire Sylvie Laliberté. Son paysage est simple. La montagne est représentée par un bol vert; le Plateau, par un plateau de service à carreaux vert et blanc. Et entre les deux, dit-elle, il y a une échelle: c'est l'échelle sociale. Et elle y va d'une chansonnette où il est question de bien vivre, de faire rien (et non de ne rien faire) sur des images bonbons qui tournent autour du bol. On peut voir la même vidéo à la caisse populaire Desjardins voisine de la Maison de la culture. Là, il y a de plus un message qui se déroule sous la forme d'une enseigne lumineuse au-dessus de l'entrée: «Avoir des biens, c'est bien, c'est bien, bien, bien, mais être bien, c'est mieux.»

D'autres artistes offrent leurs paysages aux côtés de Sylvie Laliberté dans une exposition pleine de sens et de charme. Il s'agit de Catherine Bolduc, Laurent Gagnon, Cécile Martin, Roberto Pellegrinuzzi et Reinhard Reitzenstein.

Paysages éphémères, sur le mont Royal et l'avenue du Mont-Royal, jusqu'au 25 juillet.

Correspondance pour le mont Royal, jusqu'au 22 août. Ouvert du mardi au jeudi, de 13h à 19h; du vendredi au dimanche, de 13h à 17h. Entrée libre.