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Centre canadien d'architecture: le retour de Maurice Demers

Maurice Demers... (Photo André Tremblay, La Presse)

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Maurice Demers

Photo André Tremblay, La Presse

Jocelyne Lepage
La Presse

Le nom de Maurice Demers est inscrit dans l'histoire de l'art contemporain. Les événements d'art global qu'il a créés au Québec entre 1965 et 1975 sont restés gravés dans les mémoires. Mais M. Demers, lui, ne répond plus depuis de nombreuses années. Le voici qui revient sur scène, à 73 ans, grâce à une exposition présentée au Centre canadien d'architecture.

Maurice Demers n'est pas le seul artiste à qui l'exposition du CCA est consacrée. On y retrouve aussi les Edmund Alleyn, Jean-Paul Mousseau, François Dallegret, Richard Lacroix, Gilles Boisvert et Marco Lepage. Tous des hommes qui, entre 1965 et 1975, ont conçu des environnements-événements faisant appel à des gens de différentes disciplines et à la participation du public. Il s'agissait d'en mettre plein les yeux, les oreilles, le corps entier, pour brasser la cage.

 

Au CCA, on appelle cela Environnement total. C'est dans le titre donné par la commissaire Alessandra Ponte, de l'Université de Montréal. On peut dire aussi art global, architecture éphémère, théâtre intégral, art psychédélique, multidisciplinaire... Pensez au Drug, de François Dallegret, qui était à la fois un bar, une discothèque, une galerie, au design intérieur organique. À la Mousse Spathèque de Mousseau remplie de mannequins de magasins où étaient projetées des images sur les murs et sur les clients. À l'Introscaphe, d'Edmond Alleyn, une voiture en forme d'oeuf qui se refermait sur le visiteur courageux, prisonnier de son cocon regardant des images sur un écran, images qu'il n'avait pas demandé à voir. Ou encore aux sculptures gonflables de Gilles Boisvert.

Le cas de Maurice Demers est particulier. Venu du milieu de l'art commercial, «straight» comme on disait à l'époque - alors marié, trois enfants - il est souvent considéré comme le plus flyé de tous. «Qu'est-ce que ça aurait été si j'avais pris de l'acide comme tout le monde!» disait-il cette semaine en nous montrant ses oeuvres - il en reste des photos - sur son ordinateur.

Ce n'est pas simple de décrire les événements organisés par Maurice Demers. C'est tellement gros! Prenons un exemple, Femmes, présenté au Centre national des arts à Ottawa en 1971. Femmes raconte la révolution des femmes qui sortent de leur enfermement pour devenir elles-mêmes. «On s'est d'abord réuni à l'Abbaye de Saint-Benoît-du-Lac pendant trois jours, explique l'artiste. Quinze femmes, quinze hommes. Il y a là des artistes, des musiciens, mais aussi des sociologues et des gens spécialisés dans la dynamique de groupe. On lance des idées. Il s'agissait pour moi de mettre tout ça en ordre.» Il lui fallait tout coordonner, les sons environnants, les jeux de lumière, les prestations des comédiennes, la mécanique, les diverses technologies. Il y avait place à l'improvisation puisque les réactions du public étaient intégrées. «Il s'est passé des choses incroyables, tout le monde participait.»

Demers s'est promené pendant 10 ans avec ses événements participatifs qui avaient aussi une fonction politique ou sociale. À Expo 67 au Pavillon de l'insolite; dans le milieu de l'éducation, en 1971; dans le quartier Ahuntsic en 1973... Peu importe les lieux où ces événements se déroulaient, les critiques d'art le suivaient. Et s'emballaient. Dix ans à croire qu'avec de pareils spectacles, on poussait l'art au «boutte», pour reprendre l'expression d'un autre «participatif», Raôul Duguay, et on changeait le monde. Après ces 10 années intenses, l'utopiste Maurice Demers, épuisé, s'est retiré. «Pour écrire, dit-il. Et réfléchir.» Le fruit de ses réflexions devrait bientôt faire l'objet un livre.

Selon lui, les expériences multidisciplinaires et participatives des années 60 et 70 ont eu une incidence sur ce qui a suivi. On peut penser à La chambre nuptiale, de Francine Larivée, en 1976, au théâtre contemporain qui fait appel à la technologie, au Cirque du Soleil qui a mis du théâtre et de la beauté dans le cirque, à la présentation des expositions dans les musées qui ont recours aux nouvelles technologies et à la participation active des visiteurs. M. Demers pense en particulier à ce qui se passe aujourd'hui sur le net: l'art collectif, la participation de tous au même projet artistique. La «culture libre», qui sera d'ailleurs au coeur de la Biennale de Montréal tout le mois de mai.

Environnement total: Montréal, 1965-1975, jusqu'au 23 août, au CCA, 1920, rue Baile. Droits d'entrée, adultes: 10$.

 




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