Faisant flèche de tout bois, comme Cupidon, quelques expositions en ce moment abordent la thématique du couple : Claudie Gagnon à sa façon au Musée de Joliette, et À deux c'est mieux de Luc Guérard à la maison de la culture Frontenac. Au même endroit, Véronique Savard nous parle aussi de cybersexe et de cyberdrague avec Priorie on line. Se saisissant de ce prétexte pour parcourir avec ces artistes une nouvelle carte du Tendre, voici un tour de piste de ces expos coups de coeur.

Mis à jour le 14 févr. 2009
René Viau LA PRESSE

Au deuxième étage du Musée de Joliette, sur une musique de tango rétro, une vidéo fait défiler les scènes de vaudeville. Lui en smoking. Elle en robe de mariée. Maquillés à outrance, les personnages se donnent des baisers langoureux. Ils s'échangent des fleurs. Ils se lancent des oreillers qui se déchirent tandis que les plumes se confondent à la neige. Dans cette performance enregistrée par la caméra comme dans ses sculptures-installations, Claudie Gagnon carbure aux images d'Épinal du couple.

 

Sa méthode est celle de l'accumulation d'objets. Un bric-à-brac kitsch s'entasse dans les salles de musée. De la verrerie avec laquelle elle dresse des tables ou fabrique un étrange lustre, mais aussi des objets usuels et de la nourriture périssable. Pâtisseries, gâteaux, petits fours et vieux instruments de cuisine composent ces installations mettant en scène des centaines d'objets quotidiens sur lesquels Claudie Gagnon prend appui. C'est précisément sur le quotidien que se brise ici le rêve. Au départ jubilatoire, cet univers délirant et polymorphe avec ses associations imprévues se fait, petit à petit, inquiétant et claustrophobe. Cette transformation, Claudie Gagnon l'introduit insidieusement.

Un lit repose sur du vrai gazon. Au-dessus, le déversement d'un liquide s'est figé dans le bec d'une théière suspendue. C'est en réalité un bas de nylon qui y est accroché. Ailleurs sur les murs, le linge de maison et les vêtements s'étalent à la manière du papier peint. Tantôt merveilleux ou fantaisistes, les objets hétéroclites annoncent maintenant la confusion. L'élan s'est brisé. Le souffle s'est figé. Dans les salles du bas, une gangue de poussière s'est incrustée sur les restes de la fête. Aux objets d'apparat ont succédé vadrouilles et balais. Le couple est devenu «ménage». Les verres se sont cassés en éclats. Matériaux et objets les plus divers sont les acteurs d'un drame plastique. Malgré tout, le constat doux et amer demeure ludique tant l'artiste combine avec brio ses rebuts. Portant au départ sur le couple, l'interrogation déborde sur le temps qui passe.

À deux c'est mieux !

Rêve ou cauchemar chez Claudie Gagnon, le couple est pour Luc Guérard un prétexte à faire se lover les formes plastiques en mouvement. Comment représenter la fusion des corps qui font l'amour? À cette question, ce peintre abstrait, aussi sculpteur, répond par des spirales qui tournoient, des plages colorées et vibratoires, des volutes et des traits de couleurs qui se font liens ou passerelles. L'amour en version psychédélique, quoi!

L'amour au temps de l'internet

Chez Véronique Savard, dans la salle d'à côté, la chair est décidément virtuelle. Ce que l'on voit, ce sont des algorithmes, des codes-barres, des signes informatiques, des diagrammes qui s'alignent sur des grands formats peints. Quelques mots, là «free porn» et ailleurs d'autres expressions plus explicites, nous renvoient à l'univers du sexe sur l'internet en brisant la continuité de ces schémas. Hors d'atteinte, les représentations érotiques se retrouvent visuellement déplacées par ce que nousmontre le flot de pixels qui les transporte. Véronique Savard nous parle de l'échange des solitudes sexuelles sur l'internet et de la peinture face aux nouvelles technologies. «Vous pouvez maintenant étreindre votre ordinateur «, pourraient nous suggérer ses toiles.

Temps de glace : une rétrospective, volet 2, de Claudie Gagnon, au Musée de Joliette jusqu'au 26 avril.

À deux c'est mieux, de Luc Guérard, à la maison de la culture Frontenac jusqu'au8mars.

Priorie on line, Véronique Savard, à la maison de la culture Frontenac jusqu'au 8 mars.